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	<title>Ateliers Travail &amp; D&#233;mocratie</title>
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		<title>Ateliers Travail &amp; D&#233;mocratie</title>
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		<title>D&#233;mocratie du travail : un enjeu politique majeur mais encore n&#233;glig&#233;...</title>
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		<dc:date>2026-09-28T09:53:16Z</dc:date>
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		<dc:creator>Collectif d'animation des Ateliers Travail &amp; D&#233;mocratie</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Alors que s'ouvre une s&#233;quence &#233;lectorale d&#233;cisive, l'un des enjeux majeurs de notre vie collective - le travail et son organisation - est n&#233;glig&#233; par les forces politiques en pr&#233;sence. On parle salaire, emploi, temps de travail, et il faut bien s&#251;r en parler. Mais personne ne parle de la souffrance et de l'humiliation que vivent quotidiennement des millions de personnes dans leur travail, et qui nourrissent l'abstention et le vote RN. On parle encore moins des tr&#233;sors d'imagination et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Prises-de-position" rel="directory"&gt;Prises de position&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que s'ouvre une s&#233;quence &#233;lectorale d&#233;cisive, l'un des enjeux majeurs de notre vie collective - le travail et son organisation - est n&#233;glig&#233; par les forces politiques en pr&#233;sence. On parle salaire, emploi, temps de travail, et il faut bien s&#251;r en parler. Mais personne ne parle de la souffrance et de l'humiliation que vivent quotidiennement des millions de personnes dans leur travail, et qui nourrissent l'abstention et le vote RN. On parle encore moins des tr&#233;sors d'imagination et de d&#233;vouement dont elles font preuve pour faire malgr&#233; tout leur travail, encore moins des initiatives syndicales ancr&#233;es dans l'analyse du travail qui ont permis de favoriser la pr&#233;vention, de sauver des vies et parfois des entreprises. Le travail vivant pourrait &#234;tre le ferment d'un renouveau d&#233;mocratique, &#224; condition de prendre au s&#233;rieux ses enjeux politiques et de donner de nouveaux droits aux travailleuses et travailleurs et &#224; leurs repr&#233;sentant.es, pour peser sur l'organisation, les modalit&#233;s et les finalit&#233;s-m&#234;mes de leur travail. Il faut pour cela d&#233;velopper &#224; grande &#233;chelle les pratiques d'enqu&#234;tes et d'actions syndicales sur le travail r&#233;el, mais aussi r&#233;nover en profondeur la loi Auroux de 1982 sur le droit d'expression directe des travailleuses et des travailleurs et remettre en place des CHSCT renouvel&#233;s et renforc&#233;s. C'est la perspective d&#233;fendue par les Ateliers Travail et D&#233;mocratie dans le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Mon travail a perdu son sens &#187; ressentent beaucoup de travailleurs et de travailleuses. La gouvernance par les nombres, le Lean management et le New Public Management intensifient et d&#233;shumanisent le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul du pouvoir d'agir sur le travail est un poison pour la sant&#233; physique et mentale, c'est un enjeu de sant&#233; publique (700 accidents du travail mortels par an, si l'on s'en tient aux statistiques officielles de la CPAM qui excluent notamment les agriculteurs et les fonctionnaires). C'est aussi un enjeu d'efficacit&#233; &#233;conomique et d'&#233;cologie. Ne pas pouvoir agir sur son travail est enfin &#8211; c'est l'objet de ce Manifeste &#8211; un poison pour la d&#233;mocratie, ce pouvoir de chacun de contribuer aux d&#233;cisions qui impactent sa vie et celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail est toujours ambivalent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail peut &#234;tre v&#233;cu comme lieu d'ali&#233;nation ou d'exploitation, mais il peut aussi produire de l'&#233;mancipation, du vivre-ensemble et de la solidarit&#233; &#8211; du moins &#224; la condition que les salari&#233;&#183;es aient le pouvoir d'agir individuellement et collectivement sur leurs situations de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redonner ce pouvoir d'agir aux salari&#233;s passe par toute une s&#233;rie de figures et de conditions que ce Manifeste s'efforce de mettre en lumi&#232;re et de promouvoir. Il faut notamment rappeler le potentiel d'&#233;mancipation qui existe dans la recherche continue, par les salari&#233;&#183;es, du travail bien fait. Il faut s'int&#233;resser au travail r&#233;el par lequel les travailleurs&#183;es produisent le travail vivant et gr&#226;ce auquel ils peuvent se r&#233;aliser. Il faut construire les leviers de la libre parole, la possibilit&#233; de d&#233;battre du travail entre coll&#232;gues, de parler de son travail, de sa conception du travail bien fait, sans contrainte ni jugement. Dans ces d&#233;bats se situe un formidable potentiel de r&#233;sistance et d'&#233;mancipation, source d'&#233;nergie d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans le d&#233;bat politique, le travail est rejet&#233;, voire sanctifi&#233;. L'extr&#234;me droite prolif&#232;re sur le d&#233;sarroi d'une soci&#233;t&#233; o&#249; le travail ne fait plus lien. La suppression des CHSCT (Comit&#233; d'Hygi&#232;ne, de S&#233;curit&#233; et des Conditions de Travail) a r&#233;duit la place du travail dans le d&#233;bat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons d'abord de reconstruire une d&#233;mocratie &#171; par le bas &#187;. L'action syndicale peut constituer une ressource essentielle pour le processus de d&#233;mocratisation, &#224; condition de ne pas rester referm&#233; sur un syndicalisme de repr&#233;sentation. Les syndicalistes peuvent promouvoir, par des enqu&#234;tes sur le terrain, la compr&#233;hension du travail r&#233;el des salari&#233;&#183;es et sa mise en d&#233;bat dans les collectifs. Le Manifeste donne de nombreux exemples de cette dynamique, d&#233;j&#224; localement mise en &#339;uvre par des instances des diverses organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces initiatives se heurtent au manque de moyens (temps, formation &#8230;) des syndicalistes. C'est pourquoi le r&#244;le des politiques est important pour favoriser &#171; par le haut &#187; la d&#233;mocratie au travail, par exemple en r&#233;instaurant par la loi des CHSCT compos&#233;s de repr&#233;sentant&#183;es du travail r&#233;el et en instituant dans l'organisation des temps pour les d&#233;bats sur le travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;paisseur du travail r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute situation de travail est une rencontre entre une personne, porteuse d'une histoire, de valeurs et de projets, un groupe de coll&#232;gues, et des moyens et objectifs d&#233;finis par l'organisation. Il y a un travail prescrit &#224; r&#233;aliser. Mais, quelle que soit la pr&#233;cision de la prescription, il surgit toujours de nombreuses variabilit&#233;s dans la situation. Tout ne se passe pas comme pr&#233;vu, m&#234;me dans le temps bref d'un cycle de travail &#224; la cha&#238;ne ! Si les travailleur&#183;ses se contentaient de faire ce qui est prescrit, la production ne sortirait pas. Elles et ils compensent en permanence, dans leur activit&#233;, ce qui n'est pas pr&#233;vu par les proc&#233;dures. Cette activit&#233; r&#233;elle comporte le plus souvent une dimension collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; de travail engage le corps et la subjectivit&#233; du travailleur ou de la travailleuse. Si elle ou il parvient &#224; produire un travail qui ait forme humaine et le regarder avec fiert&#233;, cela contribue positivement &#224; sa sant&#233;. Si, au contraire, l'organisation du travail ne lui permet de ne produire que du travail ni fait ni &#224; faire &#8211; de son point de vue &#8211;, et qu'elle ou il ne peut pas en discuter avec les coll&#232;gues et la hi&#233;rarchie, les conflits intra-psychiques se multiplient. C'est par l&#224; que les salari&#233;.es se sentent d&#233;poss&#233;d&#233;.es de leur travail et c'est le principal m&#233;canisme d'apparition des risques psychosociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail a besoin de marges de man&#339;uvre pour g&#233;rer les variabilit&#233;s. Mais ces marges de man&#339;uvre sont pr&#233;cis&#233;ment ce que les exigences d'efficacit&#233; et de rentabilit&#233; viennent rogner : elles sont ce que les r&#233;organisations r&#233;p&#233;t&#233;es s'efforcent d'abolir, ce que les diverses prescriptions font mine d'ignorer. Ainsi, le travailleur ou la travailleuse ne souffre pas seulement de ce qu'elle ou il fait, mais de ce qu'elle ou il voudrait faire et ne parvient pas &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative permanente de chercher &#224; faire un travail de qualit&#233; sur fond de manque de marges de man&#339;uvre n'est pas spontan&#233;ment accessible &#224; la conscience de chaque travailleur ou travailleuse. C'est la &#171; p&#233;nombre de l'activit&#233; &#187; : quand, par exemple, un analyste du travail pr&#233;sente &#224; un travailleur ou une travailleuse les observations faites de son activit&#233;, l'int&#233;ress&#233;&#183;e r&#233;pond souvent &#171; je ne savais pas que je faisais tout cela. &#187;. Les travailleurs et les travailleuses ne produisent pas le m&#234;me travail r&#233;el. Si, par exemple, il est impossible de faire vite, bien, et en s&#233;curit&#233;, chacun&#183;e privil&#233;giera certains crit&#232;res. Si ces conflits de valeurs ne sont pas discut&#233;s, si leur cause n'est pas attribu&#233;e &#224; l'organisation du travail, il peut en r&#233;sulter des tensions entre les salari&#233;&#183;es, et l'apparition de diff&#233;rents groupes en opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Construire le d&#233;bat dans les collectifs de travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diversit&#233; des r&#233;actions face &#224; l'organisation du travail rend difficile la discussion avec la hi&#233;rarchie, tant qu'il n'y a pas eu discussion dans le collectif du travail. Dans beaucoup d'entreprises, le syndicalisme de repr&#233;sentation n&#233;gocie une am&#233;lioration des conditions mat&#233;rielles de travail, une diminution des risques. Mais il est rare qu'il s'appuie sur le formidable potentiel d'&#233;mancipation que repr&#233;sente, lorsqu'elle est identifi&#233;e et mise en d&#233;bat, la tentative permanente des salari&#233;&#183;es d'essayer de faire un travail qui ait forme humaine et du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut regarder ce qu'ont fait plusieurs syndicats, souvent avec une aide ext&#233;rieure (chercheur&#183;se, consultant&#183;e, militant&#183;e form&#233;&#183;e) : faire le pari d'analyser l'activit&#233; de salari&#233;&#183;es, identifier leurs tentatives invisibles de donner forme humaine &#224; leur travail, en modifiant les prescriptions de l'organisation qui l'emp&#234;chent. Par exemple, essayer de rendre un vrai service aux client&#183;es, plut&#244;t que de leur fournir la prestation standard d&#233;finie par les proc&#233;dures. L'enqu&#234;te oblige les syndicalistes &#224; sortir de leurs perceptions du travail uniquement ali&#233;nant. Elle permet de red&#233;finir le travail comme une activit&#233; de soin de la situation, de soin apport&#233; aux destinataires du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes, mis en &#233;vidence par les militant&#183;es sont ensuite mis en d&#233;bat dans le collectif de travail. Il en r&#233;sulte de nouveaux rapports entre le syndicat et les salari&#233;-es, y compris souvent avec l'encadrement. Et aussi de nouvelles forces dans la n&#233;gociation entre les repr&#233;sentant&#183;es du personnel et la direction : &#171; la compr&#233;hension fine du travail nous donne de l'autorit&#233; &#187;, disent certains syndicalistes. Le discours simplificateur de la direction ne peut en effet plus passer face &#224; des observations d&#233;taill&#233;es. Ces d&#233;marches syndicales sont souvent &#224; l'origine d'un regain d'int&#233;r&#234;t des salari&#233;s aux &#233;lections de leurs repr&#233;sentant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre issue majeure de ce type d'enqu&#234;te est de vitaliser le collectif de travail avec les conditions de vrais d&#233;bats. Chacun&#183;e peut &#233;voquer les difficult&#233;s qu'il ou elle rencontre, dans un cadre d'&#233;coute, de respect et de solidarit&#233;. Chacun peut se rendre compte qu'il connait des situations voisines et &#233;voquer la fa&#231;on dont elles ou ils s'en sont sorti&#183;es. Les diversit&#233;s de traitement des situations sont prises non comme un probl&#232;me mais comme une ressource, et chacun&#183;e peut s'enrichir des trouvailles des autres. Le syndicat devient alors un passeur de parole, qui favorise la solidarit&#233; de tou&#183;tes par la compr&#233;hension des points de vue des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat dans les collectifs est bien souvent le pr&#233;alable &#224; une n&#233;gociation r&#233;ussie avec la hi&#233;rarchie. Le d&#233;bat avec elle peut alors porter sur les causes organisationnelles des difficult&#233;s, et pas seulement sur la diversit&#233; des mani&#232;res de les traiter. L'ancrage dans le travail r&#233;el peut aussi &#234;tre une occasion d'int&#233;resser certain&#183;es ing&#233;nieur&#183;es et managers au travail syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour un soutien du politique &#224; l'action &#171; par en bas &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage d'une d&#233;marche de d&#233;l&#233;gation &#224; une d&#233;marche d'&#233;mancipation des salari&#233;&#183;es, &#224; partir de la compr&#233;hension du travail r&#233;el, est un enjeu de revivification du syndicalisme. Il suppose de mettre les droits non seulement au service de l'activit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;es, mais aussi au service des d&#233;bats dans les collectifs de travail &#8211; y compris dans le cas des expertises demand&#233;es par le CSE. Le travail syndical bas&#233; sur la compr&#233;hension du travail, l'&#233;coute, et la discussion entre salari&#233;&#183;es est au c&#339;ur d'une possibilit&#233; de transformation d&#233;mocratique. Encore faut-il que les syndicats aient les ressources, le temps et les espaces n&#233;cessaires. Faire de l'&#233;coute des salari&#233;&#183;es le premier principe de pr&#233;vention dans le Code du travail serait un premier progr&#232;s important. Mais cela ne suffit pas : il faut mettre en place les moyens de l'attention au travail r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te sur le travail r&#233;el comme renouveau du travail syndical et comme promoteur de la d&#233;mocratie au travail n&#233;cessite des moyens pour les syndicalistes et les salari&#233;&#183;es : r&#233;tablir des CHSCT r&#233;nov&#233;s, renforc&#233;s par des repr&#233;sentant&#183;es du travail r&#233;el disposant du temps n&#233;cessaire pour mener de vraies enqu&#234;tes de terrains et les mettre en d&#233;bat dans les collectifs de salari&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut instaurer sur le &#171; temps de travail directement productif &#187;, des lieux et moments de discussion entre salari&#233;&#183;es, sur le travail, sur ses variabilit&#233;s, sur les conditions de faire un travail de qualit&#233;. Plusieurs exemples montrent qu'un authentique droit de discussion sur le travail, d'abord sans, puis avec la hi&#233;rarchie, est largement efficace sur le plan &#233;conomique. Il permet de traiter dans la lumi&#232;re des dysfonctionnements jusque-l&#224; r&#233;solus dans l'ombre par le travail des salari&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question qui est aussi &#233;cologique et politique &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte des dilemmes des salari&#233;&#183;es tentant de faire bien leur travail n'est pas seulement une question d'am&#233;lioration de leurs conditions de travail. Les salari&#233;&#183;es sont aussi les t&#233;moins-vigies des atteintes &#224; la s&#233;curit&#233;, &#224; l'environnement, de d&#233;lits &#233;cologiques de ce qui leur est demand&#233; de faire. Une entreprise vend &#224; grande &#233;chelle de la viande de cheval au lieu de b&#339;uf ? Une autre trafique les r&#233;sultats des tests anti-pollution de ses v&#233;hicules ? Une autre encore d&#233;ploie des tr&#233;sors de communication pour cacher les m&#233;canismes d'un grand accident industriel ? Des femmes et des hommes, ouvrier&#183;es, technicien&#183;nes, managers, ing&#233;nieur&#183;es sont sur le terrain et savent ce qu'il se passe. ils sont broy&#233;&#183;es par le silence qui leur est impos&#233;, alors qu'ils voudraient &#171; prendre soin du monde &#187;. Le mensonge organisationnel ne peut &#234;tre combattu que par la d&#233;mocratie du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique du travail doit &#234;tre remise au premier plan, avec une valorisation renouvel&#233;e des lanceur&#183;ses d'alerte. Plus g&#233;n&#233;ralement, il s'agit de satisfaire les exigences de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et de justice des travailleur&#183;ses, prises comme une question de dignit&#233;, mais aussi de lutte contre l'extr&#234;me droite. Les salari&#233;&#183;es ab&#238;m&#233;&#183;es par leur travail et l'absence de d&#233;bats sont moins disponibles pour s'informer, s'ouvrir &#224; la diff&#233;rence et participer &#224; la vie locale, culturelle, politique. Ceux qui ne peuvent s'exprimer sur aucun sujet ont plus de tendance &#224; s'abstenir ou &#224; voter pour le RN. Le d&#233;ni de d&#233;mocratie dans le travail se r&#233;percute dans toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renouveau du regard et de la r&#233;flexion que permet l'int&#233;r&#234;t pour le travail r&#233;el est aussi n&#233;cessaire pour reconstruire de nouveaux partages du travail dit domestique ou reproductif. La d&#233;mocratisation du travail est une condition de la revitalisation de l'esprit d&#233;mocratique de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; produit par le Collectif* qui a r&#233;dig&#233; le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail, avec la contribution de Fran&#231;ois Daniellou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Aur&#233;lien Alphon-Layre, Catherine Arnaud, Iwan Barth, Yves Baunay, Bernard Bouch&#233;, Fabrice Bourgeois, Catherine Buisson, Thomas Coutrot, Damien Cru, Alexis Cukier, Christine Eisenbeis, Olivier Frachon, Marie Lesage, Julien Lusson, Dominique Malon, Christine Martin, Pascale Molinier, Anne-Claire Pignal, Muriel Pr&#233;vot-Carpentier, Corinne Savart-Debergue, Nicolas Spire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contacter les Ateliers Travail et D&#233;mocratie, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous &#233;crire &#224; l'adresse atelierstravailetdemocratie@gmail.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Comment d&#233;mocratiser le travail ?</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Comment-democratiser-le-travail</link>
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		<dc:date>2026-09-07T15:42:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif d'animation des Ateliers Travail &amp; D&#233;mocratie</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le compte-rendu int&#233;gral de la table-ronde du 12/05/2026 &#224; Sciences Po&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Initiatives" rel="directory"&gt;Initiatives&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les responsables politiques ont-ils quelque chose &#224; dire sur le travail ? On peut se poser la question tant ils &#233;voquent rarement le travail r&#233;el, ce que vivent les gens au quotidien dans leur boulot. C'est peut-&#234;tre en train de changer. En tout cas la table-ronde du 12 mai 2026 &#224; Sciences-Po, avec des responsables politiques de haut niveau, voulait y contribuer. La retranscription des d&#233;bats montre qu'il y a des avanc&#233;es certaines et encore un peu de chemin &#224; faire pour placer la d&#233;mocratie du travail au coeur des enjeux politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE POINT DE VUE DES POLITIQUES&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Actes de la table-ronde &#034;Comment d&#233;mocratiser le travail&#034; du 12 mai 2026 &#224; Sciences Po&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
co-organis&#233;e par le Liepp et les Ateliers Travail et D&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'extr&#234;me-droite semble poursuivre sa marche inexorable vers le pouvoir, divers travaux scientifiques r&#233;cents montrent que sa progression chez les salari&#233;&#183;es s'explique en grande partie par l'effritement de leur autonomie, leur isolement, le sentiment de ne pas &#234;tre &#233;cout&#233;s : bref, un manque de d&#233;mocratie au travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant les travailleurs et travailleuses aspirent profond&#233;ment &#224; pouvoir peser dans les d&#233;cisions qui les concernent au quotidien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail, publi&#233; par les Ateliers Travail et D&#233;mocratie, souhaite rendre visibles et promouvoir les initiatives d'enqu&#234;tes, de luttes et d'alternatives qui se fondent sur la puissance du travail vivant et rompent ainsi avec la r&#233;signation. Ce Manifeste propose des mesures qui rejoignent ou compl&#232;tent celles d&#233;j&#224; avanc&#233;es dans le cadre du projet et de l'ouvrage &#034;Travailler Mieux&#034;, coordonn&#233;s par Christine Erhel et Bruno Palier, et dans le rapport &#034;Deux promesses &#224; celles et ceux qui travaillent : voix et propri&#233;t&#233;&#034;, coordonn&#233; par Isabelle Ferreras &#224; la demande du gouvernement espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La table-ronde du mardi 12 mai tenue &#224; Sciences Po Paris, rue des Saints-P&#232;res, a &#233;t&#233; co-organis&#233;e par le Liepp (Laboratoire interdisciplinaire d'&#233;valuation des politiques publiques) et les Ateliers Travail et D&#233;mocratie, avec la participation d'Isabelle Ferreras (Universit&#233; de Louvain, chercheuse associ&#233;e &#224; Harvard). Elle visait &#224; pr&#233;senter ces propositions de fa&#231;on succincte et &#224; les mettre en d&#233;bat avec des responsables politiques. Nous publions ci-dessous la retranscription des d&#233;bats, qui sont &#233;galement visibles en ligne ici. Nous remercions vivement Bruno Palier, directeur de recherche au CNRS et membre du Liepp-Sciences Po, pour sa contribution majeure &#224; l'organisation de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables politiques &#233;taient invit&#233;s &#224; r&#233;agir &#224; des propositions, issues des travaux cit&#233;s ci-dessus, et que nous leur avions adress&#233;es avant la table-ronde. &#201;taient pr&#233;sent&#183;es ce soir-l&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mentine Autain (d&#233;put&#233;e, L'Apr&#232;s)&lt;br class='autobr' /&gt;
Hadrien Clouet (d&#233;put&#233;, co-responsable du programme de LFI)&lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier Faure (d&#233;put&#233;, Premier secr&#233;taire du Parti Socialiste)&lt;br class='autobr' /&gt;
Franck Morel (ancien conseiller social d'Edouard Philippe, secr&#233;taire national de Horizons en charge du travail et de l'emploi)&lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;ois Ruffin (d&#233;put&#233;, Debout !)&lt;br class='autobr' /&gt;
Marine Tondelier (Secr&#233;taire nationale des &#201;cologistes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion retranscrite ici montre que la consigne a &#233;t&#233; respect&#233;e : ils et elles &#233;voquent les propositions, plut&#244;t pour les reprendre &#224; leur compte, en tout ou partie (sauf Franck Morel, qui a bien voulu jouer le r&#244;le de repr&#233;sentant de la droite dans cette table-ronde). La responsabilit&#233; du management autoritaire du travail dans l'actuelle crise d&#233;mocratique a &#233;t&#233; rappel&#233; par plusieurs participant&#183;es, et donc l'urgence d'en sortir. Il s'agit en particulier de d&#233;mocratiser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; par en haut &#187;, en augmentant jusqu'&#224; la parit&#233; (50%) la repr&#233;sentation des salari&#233;&#183;es aux conseils d'administration des entreprises et en favorisant par les politiques publiques la gouvernance d&#233;mocratique des entreprises (proposition du rapport coordonn&#233; par Isabelle Ferreras),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; par en bas &#187;, en instaurant un &#171; mot &#224; dire sur le travail &#187; avec la cr&#233;ation de temps r&#233;guliers de d&#233;lib&#233;ration sur le travail dans les bureaux, chantiers et ateliers, anim&#233;s par des &#171; repr&#233;sentant&#183;es du travail r&#233;el &#187; &#233;lu&#183;es &#224; cet effet (proposition du Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail port&#233; par les Ateliers Travail et D&#233;mocratie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pr&#233;tendre faire une synth&#232;se du d&#233;bat, nous nous contenterons ici de commenter bri&#232;vement l'accueil r&#233;serv&#233; &#224; cette derni&#232;re proposition, d&#233;cisive selon nous pour une d&#233;mocratie r&#233;elle au travail. M&#234;me si plusieurs participant&#183;es, comme Cl&#233;mentine Autain ou Fran&#231;ois Ruffin, l'ont reprise &#224; leur compte, il n'est pas certain que sa justification profonde ait &#233;t&#233; tout &#224; fait comprise. Le &#171; travail r&#233;el &#187; n'est pr&#233;sent, dans le discours des responsables politiques, que comme une exp&#233;rience de souffrance et d'exploitation. Lors des visites de terrain &#233;voqu&#233;es par les participant&#183;es, elles et ils rencontrent bien s&#251;r des salari&#233;&#183;es qui leur parlent de leur exp&#233;rience du travail. Mais la richesse de ce v&#233;cu et les ressources qu'il peut repr&#233;senter, leur restent en partie insaisissables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences du travail, en premier lieu l'ergonomie, ont montr&#233; que le travail r&#233;el d&#233;borde largement le travail prescrit, les consignes et proc&#233;dures officielles, toujours insuffisantes : les salari&#233;&#183;es doivent sans cesse d&#233;ployer leur ing&#233;niosit&#233; et leur cr&#233;ativit&#233;, leur travail vivant, pour faire face aux impr&#233;vus, r&#233;aliser correctement leur travail et donner forme humaine au monde. Or les exemples rapport&#233;s, collect&#233;s aupr&#232;s d'ouvriers de la logistique, de caissi&#232;res, de professionnelles de l'aide sociale, de soignant&#183;es&#8230;, relatent exclusivement des plaintes. Des deux dimensions constitutives de l'exp&#233;rience du travail &#8211; ali&#233;nation et affirmation de libert&#233; &#8211; que d&#233;crivent les sciences du travail et que documente le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail, la seconde est quasiment absente des repr&#233;sentations et des discours spontan&#233;s des politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadrien Clouet, sociologue du travail avant de devenir d&#233;put&#233;, reconna&#238;t la f&#233;condit&#233; des savoirs ouvriers, qu'il illustre avec le projet de reconversion de la raffinerie Total de Grandpuits ou les AG des salari&#233;&#183;es de stations de ski pyr&#233;n&#233;ennes. Il affirme &#171; la sup&#233;riorit&#233; de l'intelligence collective du travail sur les instincts imm&#233;diats du capital &#187;. Cependant il est, avec Marine Tondelier, l'un des deux participants de gauche &#224; ne pas reprendre explicitement la proposition de &#171; repr&#233;sentant&#183;e du travail r&#233;el &#187;. Son appel &#224; &#171; combler le gouffre entre travail r&#233;el et travail prescrit &#187; semble oublier que cet &#233;cart, constitutif du travail humain, ne saurait &#234;tre combl&#233; : il ne s'agit pas tant, comme il le dit, de &#171; moduler le travail prescrit pour le rapprocher du travail r&#233;el &#187; dans une perspective fonctionnaliste de l'humain au travail, que de reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention des salari&#233;&#183;es pour renormaliser en permanence leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Faure souligne, en s'appuyant sur le Manifeste (qui a selon lui &#171; mis des mots sur quelque chose dont nous avions l'intuition sans savoir l'exprimer &#187;), que le d&#233;veloppement d'enqu&#234;tes syndicales sur le travail r&#233;el peut aider &#224; &#171; d&#233;sinstitutionnaliser &#187; le travail syndical et &#224; resserrer les liens entre le syndicat et les salari&#233;&#183;es. Il d&#233;veloppe une critique judicieuse de la loi Auroux sur l'expression directe de 1982 ; reprenant l'expression employ&#233;e plut t&#244;t dans le d&#233;bat par Cl&#233;mentine Autain, il pr&#244;ne une &#171; loi Auroux 2.0 &#187; qui reprendrait largement nos propositions. Malheureusement, le projet tout r&#233;cemment publi&#233; par le Parti socialiste ignore ces questions ; la d&#233;mocratie au travail y est cantonn&#233;e &#224; la d&#233;marche &#171; par en haut &#187; (parit&#233; capital-travail dans les conseils d'administration au-del&#224; de 500 salari&#233;&#183;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats ici retranscrits montrent n&#233;anmoins des r&#233;flexions de grande qualit&#233;, que nous souhaitons continuer &#224; alimenter dans l'optique de la n&#233;cessaire d&#233;mocratisation du travail. Il nous reste &#224; mieux faire valoir dans le d&#233;bat public l'urgence de s'appuyer sur l'intelligence et la cr&#233;ativit&#233; individuelles et collectives que d&#233;ploient les personnes dans leur travail r&#233;el, &#224; l'insu de leurs chefs et souvent d'eux-m&#234;mes, pour revivifier l'action collective &#233;mancipatrice et la d&#233;mocratie. L'invisibilit&#233; de ce travail r&#233;el est l'un des d&#233;fis majeurs &#224; surmonter pour le syndicalisme. Cela passe par des d&#233;marches d'enqu&#234;te et de discussion au quotidien avec les salari&#233;&#183;es, n&#233;cessitant une mutation du mod&#232;le d'action syndicale, une ambitieuse strat&#233;gie de formation militante, et si possible un soutien des politiques publiques via l'institution d'un nouveau droit politique &#224; d&#233;lib&#233;rer des finalit&#233;s et de l'organisation du travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Ateliers Travail et D&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction : Bruno Palier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, bonjour &#224; toutes et &#224; tous. Merci beaucoup &#224; tous les intervenants qui sont pr&#233;sents. Merci beaucoup d'&#234;tre l&#224; pour cet &#233;v&#233;nement que nous avons co-organis&#233;, Isabelle Ferreras, Thomas Coutrot et moi-m&#234;me, Bruno Palier, sur la th&#233;matique de comment d&#233;mocratiser le travail. En guise d'introduction, je voudrais situer un peu ce qu'on a essay&#233; de faire &#224; Sciences Po et au Liepp autour des questions du travail. Pourquoi estimons-nous que ce sont des sujets extr&#234;mement importants d'un point de vue social, politique, environnemental ? Et pourquoi nous sommes nous inscrits avec Isabelle, qui a pu le faire un peu partout depuis longtemps, mais en Espagne en particulier, derni&#232;rement, et avec Thomas ? Pourquoi estimons-nous important d'essayer de faire en sorte que le d&#233;bat politique porte aussi sur le travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, je voudrais remercier particuli&#232;rement nos invit&#233;s qui incarnent des voix politiques importantes et qu'on a h&#226;te d'entendre sur les questions du travail. Juste pour vous dire un peu comment on va proc&#233;der cet apr&#232;s-midi : dans un premier temps, apr&#232;s mes mots d'introduction, Isabelle va pr&#233;senter le rapport qu'elle a produit pour le gouvernement espagnol avec deux propositions phares. Elle nous dira peut-&#234;tre le destin de ces propositions en Espagne et puis aussi l'&#233;cho que cela rencontre. Ensuite, Thomas pr&#233;sentera le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail, publi&#233; par les Ateliers Travail et D&#233;mocratie, qui a &#233;t&#233; mis en ligne dans une version provisoire en d&#233;but d'ann&#233;e et qui est en vente depuis le 17 avril. On va essayer de prendre pas trop de temps et de montrer l'exemple, il faut qu'on tienne en 5 minutes ! Moi, j'ai deux, parce que j'ai le mot de bienvenue... Mais on va essayer de montrer l'exemple puisqu'on va attendre de nos invit&#233;s de tenir aussi le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s nos br&#232;ves introductions, on a demand&#233; &#224; nos invit&#233;s de bien vouloir pr&#233;parer quelques pr&#233;sentations autour de trois grandes questions. La premi&#232;re question tourne autour des manifestations des difficult&#233;s au travail, si jamais il ou elle trouve qu'il y a des difficult&#233;s au travail. La deuxi&#232;me question, qui sera formul&#233;e par Isabelle, concerne les moyens de la d&#233;mocratisation au niveau de la gouvernance d'entreprise ; la troisi&#232;me question, qui sera formul&#233;e par Thomas, tourne autour de la reconnaissance du travail r&#233;el. On vous a envoy&#233; les questions avant&#8230; Vous venez &#224; l'universit&#233;, donc on a envoy&#233; les questions avant, on va vous &#233;couter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant cela, j'aimerais rappeler ce qu'on a essay&#233; de faire au Liepp, &#224; Sciences Po, autour de la question du travail. En fait, personnellement, je travaille plut&#244;t, en tant que chercheur CNRS, sur les r&#233;formes de la protection sociale. J'ai &#233;t&#233; marqu&#233; par l'incompr&#233;hension et la difficult&#233; du d&#233;bat public en 2023, &#224; l'occasion de la r&#233;forme des retraites, &#224; aborder la question des conditions de travail, &#224; essayer de comprendre pourquoi les Fran&#231;ais ne souhaitaient pas travailler deux ans de plus dans ces conditions. Et pour moi, tout est &#171; dans ces conditions &#187;. Il s'agissait d'essayer d'apporter au d&#233;bat public des informations qui permettraient de faire comprendre que les Fran&#231;ais ne sont pas feignants. Les analyses montrent que la productivit&#233; des Fran&#231;ais est &#233;quivalente, que le nombre d'heures travaill&#233;es, s'il est inf&#233;rieur, c'est simplement parce qu'il y a moins de jeunes et moins de seniors au travail, mais que les Fran&#231;ais qui travaillent, travaillent autant que les autres, voire plus quand on regarde la productivit&#233; horaire et l'intensification du travail. En plus, ils aiment travailler et ils sont satisfaits de leur travail, beaucoup d'enqu&#234;tes le montrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, on voulait essayer de montrer &#231;a, mais qu'en m&#234;me temps, il y a ce que j'ai appel&#233; une grande d&#233;ception, c'est-&#224;-dire beaucoup d'attentes, beaucoup d'attachement au travail et, en fait, trop souvent, pas toujours, mais trop souvent, des conditions de travail difficiles, une absence de reconnaissance du travail effectu&#233;, une absence d'&#233;coute dans les d&#233;cisions qui sont prises, du fait d'un management vertical, distant, par les chiffres. Des chercheurs le disent depuis tr&#232;s longtemps, mais depuis que le rapport de l'IGAS a mis l'estampille de la haute fonction publique, c'est maintenant cr&#233;dibilis&#233; dans le d&#233;bat public. Et puis aussi un manque de reconnaissance, un manque d'&#233;coute, un manque aussi d'autonomie au travail, avec de nombreux travaux comparatifs qui montrent des diff&#233;rences fortes sur les caract&#233;ristiques du travail pour beaucoup de Fran&#231;ais par rapport &#224; d'autres pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, je n'ai que cinq minutes, donc je fais des grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s. Il faudrait distinguer les difficult&#233;s sp&#233;cifiques aux cadres, &#224; certains secteurs ou m&#233;tiers. Des travaux ont &#233;t&#233; faits, que nous avons essay&#233; de rassembler dans le premier ouvrage publi&#233; en 2023, &#171; Que sait-on du travail &#187;, pour essayer de documenter, de donner des informations &#224; partir d'enqu&#234;tes scientifiques men&#233;es par les coll&#232;gues. Certains sont dans la salle d'ailleurs, pour alimenter le d&#233;bat. Et puis, lors de diff&#233;rents &#233;v&#233;nements qu'on a pu organiser autour de cet ouvrage, la question, &#233;videmment, a &#233;merg&#233; : &#171; mais maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? C'est bien gentil de constater qu'il y a des difficult&#233;s. Est-ce qu'il y a des solutions ? &#187; Isabelle se pose la question depuis tr&#232;s longtemps, elle a publi&#233; dans beaucoup de langues, mais notamment en fran&#231;ais avec Dominique M&#233;da, une r&#233;f&#233;rence incontournable sur la question, un ouvrage intitul&#233; &#171; D&#233;mocratiser, d&#233;polluer, d&#233;marchandiser &#187;. Et puis, il y a les analyses que Thomas Coutrot et Coralie Perez ont pu faire autour du sens du travail, et aujourd'hui les propositions du manifeste des Ateliers Travail et D&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, avec Christine Erhel, nous avons essay&#233; de rassembler dans cet ouvrage, &#171; Travailler mieux &#187;, un ensemble de propositions, non pas pour qu'elles soient reprises exactement telles quelles, mais pour que, dans le d&#233;bat public, on puisse dire qu'il y a des difficult&#233;s, mais aussi des solutions. Nous invitons les politiques, en particulier celles et ceux qui ont r&#233;pondu pr&#233;sents ce soir, &#224; se saisir des points de d&#233;bat que nous soulevons et des points de proposition, pour savoir comment, vous, vous envisagez ces choses-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer cette introduction, je voudrais insister sur le fait que cet enjeu-l&#224;, il se joue certes au niveau des individus. Il y a beaucoup de gens qui sont en grande difficult&#233; au travail. Regardez le nombre d'inaptitudes, quand on arrive &#224; le calculer, mais certains ont contribu&#233; &#224; le calculer ici... Le nombre de personnes qui ne sont plus en &#233;tat de travailler avant m&#234;me l'&#226;ge de la retraite, le nombre de personnes pour qui le travail a perdu du sens, &#231;a fait beaucoup de monde. Donc, il y a un probl&#232;me qui est v&#233;cu au niveau individuel. Mais c'est un probl&#232;me qui est aussi &#233;conomique : dans &#171; Travailler mieux &#187; un chercheur en gestion montre qu'il y a beaucoup de co&#251;ts engendr&#233;s par les probl&#232;mes de management, par des situations qui m&#232;nent &#224; de l'absent&#233;isme, &#224; du turnover, &#224; des maladies professionnelles. Et plut&#244;t que de dire &#171; c'est parce que les Fran&#231;ais fraudent que les cong&#233;s maladie augmentent &#187;, peut-&#234;tre faut-il regarder un peu quelles sont les causes de tout &#231;a. Donc, il y a des enjeux &#233;conomiques, des pertes s&#232;ches pour les entreprises, moins de productivit&#233;, moins d'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a des enjeux politiques. Je terminerai l&#224;-dessus. Thomas a publi&#233; un texte qui s'appelle &#171; Le bras long du travail &#187;. Mais il y a aussi beaucoup de chercheurs europ&#233;ens qui montrent que moins on a de voix au travail, sur son propre travail, moins on peut s'exprimer, plus la probabilit&#233; est forte de voter pour les partis d'extr&#234;me droite. Donc &#231;a, c'est d&#233;montr&#233; par de multiples enqu&#234;tes. &#192; l'inverse, plus on a son mot &#224; dire sur le travail, plus la probabilit&#233; de voter pour des partis de gouvernement et plut&#244;t &#224; gauche augmente. Il y a un lien tr&#232;s fort qui est d&#233;montr&#233; par de nombreux travaux scientifiques. M&#234;me chose pour le manque d'autonomie. Le manque d'autonomie correspond aussi au sentiment de ne pas avoir suffisamment de reconnaissance sur ses capacit&#233;s propres. &#199;a peut donner &#224; la fois un d&#233;sengagement au travail, mais aussi un d&#233;sengagement politique, soit l'abstention, soit aussi, l&#224; encore, du vote pour l'extr&#234;me droite. Donc, nous avons tous les trois la conviction que le malaise qu'on peut constater et l'absence de d&#233;mocratie au travail sont un des &#233;l&#233;ments explicatifs de la crise d&#233;mocratique que nous traversons, mais pourraient aussi participer des solutions envisageables pour essayer d'am&#233;liorer les choses. Voil&#224; pourquoi on se retrouve aujourd'hui autour de ces questions, en tout cas, selon mon point de vue. Et je passe la parole &#224; Isabelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Ferreras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci beaucoup. Je suis ravie d'&#234;tre avec vous. Merci, Bruno, de nous accueillir ici. Merci, Thomas, d'avoir pens&#233; cette soir&#233;e. Merci &#224; vous tous et toutes d'&#234;tre l&#224; pour cet &#233;change. Effectivement, j'ai eu le plaisir et l'honneur de coordonner ce rapport, qui est convergeant avec tout ce que vous allez entendre, &#224; la demande du Gouvernement espagnol. Dans le cadre de sa Constitution, l'Espagne dispose d'un Article qui parle de la participation des personnes qui travaillent aux d&#233;cisions prises par l'entreprise et de leur acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; des moyens de production. C'est un Article qui date de la transition d&#233;mocratique de l'Espagne, 1978, la sortie du franquisme : il n'avait pas &#233;t&#233; mis en &#339;uvre. L'Espagne est dans une situation, on pourrait dire, au niveau des relations collectives de travail, assez semblable &#224; la France. Donc, il y a des comit&#233;s d'entreprise, comit&#233;s sociaux-&#233;conomiques, au niveau des entreprises, &#224; partir de 50 travailleurs. Mais il n'y a m&#234;me pas un repr&#233;sentant des travailleurs dans les conseils d'administration. Depuis la loi Pacte en France, il y a, dans les grandes entreprises, un ou deux repr&#233;sentants des personnes qui travaillent, ce qui est &#224; mes yeux un id&#233;al de d&#233;mocratie ridicule, mais en m&#234;me temps qui est significatif de quelque chose &#8230;par rapport &#224; rien. En Espagne, il n'y a donc&#8230; rien. Donc, nous avons produit ce rapport, si vous voulez le t&#233;l&#233;charger, il est en ligne &#224; cette adresse. L'introduction et le r&#233;sum&#233; sont d'ailleurs traduits en Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il y a urgence. Bruno vous l'a dit, le constat est clair, et le constat que nous faisons dans ce rapport est limpide. Si nous ne parvenons pas &#224; faire vivre le projet de la d&#233;mocratie dans le champ &#233;conomique, nous allons perdre la d&#233;mocratie dans le champ politique. Vous pouvez regarder aux Etats-Unis, si vous voulez, pour voir une anticipation de ce que cela veut dire. Mais nous allons aussi d&#233;finitivement perdre les conditions d'habitabilit&#233; de la plan&#232;te. Donc, les enjeux sont &#233;normes. Nous avons fait un diagnostic sur les neuf grandes crises que nous traversons aujourd'hui, et qui toutes nous ram&#232;nent &#224; la question, au fond, de la structure de l'entreprise. Rassurez-vous, je ne vais pas d&#233;tailler les neuf crises. C'est pour juste vous donner un avant-go&#251;t et vous inviter, &#233;videmment, &#224; aller lire le rapport, lire au moins le r&#233;sum&#233;. Le rapport fait plus de 400 pages, mais le r&#233;sum&#233; en fran&#231;ais en fait 40. Pour vous donner un peu plus le go&#251;t de l'analyse qui vous convaincra, je pense, qu'effectivement, le mod&#232;le de gouvernement d'entreprise que nous avons aujourd'hui, qui est dans les mains de ceux qui apportent du capital, et uniquement ou quasi uniquement ceux-l&#224;, est un mod&#232;le qui g&#233;n&#232;re effectivement un profit pour eux, mais qui laisse de c&#244;t&#233; la r&#233;alit&#233; de l'entreprise. La r&#233;alit&#233; de l'entreprise, c'est qu'en fait, on la d&#233;crit tr&#232;s, tr&#232;s mal en la limitant &#224; ses actionnaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre diagnostic est ancr&#233; dans deux grandes id&#233;es. La premi&#232;re id&#233;e, c'est que les ressources humaines, comme on les appelle en g&#233;n&#233;ral, n'existent pas. Ce qui existe, ce sont des personnes, des citoyens, des citoyennes qui sont au travail et qui investissent leur personne dans le travail, qui investissent par-l&#224; leur sant&#233; physique, leur sant&#233; mentale, qui investissent la plupart du temps le meilleur d'elles-m&#234;mes et qui font face &#224; des risques tr&#232;s, tr&#232;s r&#233;els. Mais en m&#234;me temps, ces personnes sont gouvern&#233;es par les d&#233;cisions de l'entreprise et n'ont aucun pouvoir sur ces d&#233;cisions. Et donc, c'est la seconde id&#233;e, les entreprises, bien qu'on aime &#224; penser que ce sont des entit&#233;s plut&#244;t techniques ou &#233;conomiques, sont mieux d&#233;crites comme des entit&#233;s politiques, c'est-&#224;-dire des syst&#232;mes de gouvernement, des micro-gouvernements qui gouvernent la vie de ceux qui investissent. Ces syst&#232;mes aujourd'hui sont largement extractivistes, puisqu'ils ne veillent qu'aux int&#233;r&#234;ts de ceux qui ont apport&#233; du capital. Alors que notre enjeu aujourd'hui, en 2026, c'est l&#224; qu'il y a aussi une bonne nouvelle, c'est qu'il y a une solution. Ce n'est pas un tableau terrifiant non plus qu'on d&#233;crit, puisqu'il est possible de se demander comment inscrire l'entreprise dans le projet d&#233;mocratique. D&#233;mocratiser l'entreprise, d&#233;mocratiser sa structure de pouvoir, pour que ceux qui sont gouvern&#233;s par les normes de l'entreprise puissent effectivement peser sur son gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, ce que nous avons propos&#233; au Gouvernement espagnol, c'est assez simple : nous avons fait une proposition d'une strat&#233;gie double pour sortir de l'orni&#232;re, avec d'abord une sorte de mise &#224; niveau, pour amener l'Espagne au niveau des premiers de la classe en Europe, donc avoir des seuils minimaux de participation qui vont rattraper les meilleurs &#233;l&#232;ves europ&#233;ens ; et en m&#234;me temps, l'enclenchement d'une dynamique, une trajectoire de d&#233;mocratisation, pour que chaque entreprise espagnole - et &#231;a pourrait &#234;tre fran&#231;aise, europ&#233;enne&#8230; - avance dans sa trajectoire de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier volet est donc celui des nouveaux seuils : nous proposons que l'Espagne rattrape imm&#233;diatement les meilleurs &#233;l&#232;ves europ&#233;ens, la Su&#232;de, l'Allemagne... Pour les entreprises de 50 &#224; 1000 employ&#233;s, un tiers des si&#232;ges dans les conseils d'administration pour les travailleurs, et la moiti&#233; dans les entreprises de plus de 1000. Nous proposons &#233;galement un nouveau droit, un droit de cod&#233;cision pour les salari&#233;s, c'est &#224; dire un droit de participer r&#233;ellement aux d&#233;cisions en mati&#232;re d'IA, d'intelligence artificielle, qui est une technique de gouvernement. Il s'agit de cod&#233;cision, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me &#224; double majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me volet, la trajectoire. L'id&#233;e est de ne pas s'arr&#234;ter &#224; la mise &#224; niveau. Parce qu'on pourrait dire, l'Allemagne, &#231;a fait 70 ans qu'elle a instaur&#233; la cod&#233;termination, et il ne s'est plus rien pass&#233; depuis. Au contraire, on a recul&#233;. Donc il faut lancer une trajectoire, une v&#233;ritable dynamique de d&#233;mocratisation. Nous proposons un instrument, nouveau, original, l'Indice de D&#233;veloppement d&#233;mocratique de l'entreprise, sur une doubl&#233; &#233;chelle : voix et propri&#233;t&#233;. Chaque entreprise se verra class&#233;e sur une &#233;chelle de six points pour savoir o&#249; elle se situe du point de vue de la capacit&#233; des travailleurs &#224; peser sur les d&#233;cisions strat&#233;giques de l'entreprise. Est-ce qu'il y a un repr&#233;sentant dans les conseils d'administration ? Est-ce qu'il y a un tiers ? Est-ce qu'il y a une moiti&#233; ? Est-ce qu'il y a un syst&#232;me de co-d&#233;cision ? Est-ce que comme dans une coop&#233;rative de travailleurs, la totalit&#233; des d&#233;cisions sont dans les mains de ceux qui investissent en travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil pour la propri&#233;t&#233;, parce que l'id&#233;e, c'est qu'&#233;videmment, il faut penser la trajectoire de d&#233;mocratisation d'une &#233;conomie non seulement sur les droits politiques de peser sur les d&#233;cisions, mais aussi sur la richesse qui s'accumule dans le giron des entreprises et qu'il faut pouvoir partager avec ceux qui la produisent. Sur cette base, nous proposons que l'Etat mobilise tous ses incitants (taux d'imposition des soci&#233;t&#233;s, subventions publiques, aides &#224; l'emploi, acc&#232;s aux march&#233;s publics&#8230;), en fonction de la double notation re&#231;ue par l'entreprise. L'enjeu est de cr&#233;er un cadre de politique publique enfin clair et vertueux pour un avenir d&#233;mocratique et soutenable : les entreprises vertueuses, et qui avancent sur leur chemin de d&#233;mocratisation, se verront encourag&#233;es par des taux et des acc&#232;s plus favorables, et les autres, p&#233;nalis&#233;es. Ainsi, ces p&#233;nalit&#233;s g&#233;n&#233;reront les ressources permettant &#224; la puissance publique de r&#233;parer les externalit&#233;s n&#233;gatives g&#233;n&#233;r&#233;es par un mod&#232;le extractiviste d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci beaucoup, Isabelle. Je passe tout de suite la parole &#224; Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot&lt;br class='autobr' /&gt;
Merci, Bruno. Je m'exprime ici au nom des Ateliers Travail et D&#233;mocratie, une association qui regroupe des chercheurs, des syndicalistes, des sp&#233;cialistes du travail, des intervenants en sant&#233; et travail, des citoyens et des citoyennes qui se posent les m&#234;mes questions qu'Isabelle : comment sauver la d&#233;mocratie en d&#233;veloppant la d&#233;mocratie au travail, pour le dire tr&#232;s vite. La question de la souffrance au travail, de la d&#233;gradation des conditions de travail, elle est pos&#233;e, en tout cas dans notre pays, depuis au moins 30 ans. C'est d'ailleurs un ph&#233;nom&#232;ne international, puisque c'est &#224; la fin des ann&#233;es 1990, qu'en Occident les grands groupes s'ouvrent &#224; la gouvernance actionnariale, aux fonds de pension et d'investissement, et que les administrations se convertissent au New public management, qui est un d&#233;calque du Lean management instaur&#233; dans le priv&#233;. A ce moment-l&#224;, en France et dans beaucoup de pays, commence un d&#233;bat lancinant autour de l'intensification du travail, du harc&#232;lement moral, de la souffrance au travail, des risques psychosociaux au travail. Des millions de salari&#233;s sont touch&#233;s. Chaque ann&#233;e, d'apr&#232;s les chiffres officiels de la S&#233;curit&#233; sociale, plus de 100 000 salari&#233;s s'effondrent psychiquement. Et il n'y a aucun signe d'am&#233;lioration, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de ce ph&#233;nom&#232;ne sont bien connues et document&#233;es par toute une litt&#233;rature scientifique. Des objectifs chiffr&#233;s impos&#233;s d'en haut ; un chamboulement permanent et autoritaire de l'organisation du travail ; la sous-traitance d&#233;velopp&#233;e &#224; outrance, tout &#231;a amenant &#224; un sentiment massif de perte de sens du travail. Les collectifs de travail formels ou informels, qui autrefois d&#233;fendaient tant bien que mal leur conception du travail bien fait, sont aujourd'hui atomis&#233;s, d&#233;mantel&#233;s. Le m&#233;pris organis&#233;, le silence impos&#233; dans les organisations nourrissent la ranc&#339;ur, l'impuissance. Et dans les urnes, l'abstention ou le vote d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pourtant un consensus sur les rem&#232;des. C'est vraiment un ph&#233;nom&#232;ne qu'il faut souligner : il y a un consensus chez les chercheurs, chez les pr&#233;venteurs et chez les syndicalistes pour dire que les solutions doivent &#234;tre trouv&#233;es du c&#244;t&#233; des transformations de la gouvernance, certes, mais peut-&#234;tre aussi et surtout de la possibilit&#233; pour les salari&#233;s de reprendre la main sur leur travail. Et pour cela, il faut reconstruire ce qui a &#233;t&#233; d&#233;truit par l'intensification du travail, c'est-&#224;-dire des temps et des lieux de discussion entre pairs, pour mettre en commun ce qu'on sait de notre travail r&#233;el, des possibilit&#233;s qu'on a de s'y d&#233;velopper et de mieux travailler, de d&#233;velopper un dialogue professionnel, comme on dit aujourd'hui dans le d&#233;bat social, pour contribuer aux d&#233;cisions sur notre travail ; en bref, de cr&#233;er des contre-pouvoirs dans l'organisation du travail. Alors &#231;a, c'est un d&#233;bat qui se d&#233;veloppe assez vigoureusement, du c&#244;t&#233; du dialogue social, des syndicats, m&#234;me si le patronat ne veut pas en entendre parler. Mais dans la sph&#232;re politique, rien. Pour l'instant, dans aucun programme de parti politique jusqu'&#224; ce jour, j'esp&#232;re que &#231;a va changer dans les semaines et mois qui viennent, il n'y a quoi que ce soit sur la question de la d&#233;mocratie au quotidien, dans ce travail o&#249; se construit - ou se d&#233;truit - la sant&#233; et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, les programmes parlent de reconnaissance du burn-out. Cela ne serait pas inutile, bien s&#251;r, mais vous conviendrez qu'on est quand m&#234;me bien loin du c&#339;ur du probl&#232;me. Et pourtant, combien de travailleurs, de travailleuses, combien d'&#233;lecteurs et d'&#233;lectrices seraient int&#233;ress&#233;es par un projet qui leur proposerait le droit, le temps et les moyens d'avoir leur mot &#224; dire sur leur travail, leur travail quotidien. Le droit de faire valoir leur connaissance de leur travail r&#233;el pour discuter et proposer des modifications du travail prescrit, de l'organisation du travail. De retrouver le sentiment d'un travail digne, reconnu et utile. A notre avis, beaucoup de monde serait int&#233;ress&#233; par &#231;a. C'est pourquoi nous avons &#233;crit ce Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un texte qui s'adresse d'abord aux acteurs du mouvement social, militants associatifs, syndicalistes, pour leur proposer des pistes d'action imm&#233;diate dans le cadre juridique actuel. Mais ce texte s'adresse aussi aux responsables politiques en leur disant &#171; vous avez le devoir aujourd'hui de r&#233;fl&#233;chir &#224; des &#233;volutions du cadre juridique qui facilitent la prise de parole et la prise de pouvoir des salari&#233;s sur leur travail &#187;. Alors, ce que nous proposons dans le dernier chapitre du bouquin, c'est &#224; la fois modeste et radical. Modeste parce que ce sont trois heures de r&#233;union chaque mois entre coll&#232;gues pour discuter du travail r&#233;el et des possibilit&#233;s d'am&#233;liorer l'organisation. C'est aussi l'&#233;lection de repr&#233;sentants &#233;lus du personnel pour animer ce dialogue entre pairs sur le travail et porter ensuite les propositions aupr&#232;s du management. Et c'est enfin l'obligation pour les managers de r&#233;pondre aux propositions. Pas forc&#233;ment de r&#233;pondre positivement, ce n'est pas encore l'autogestion, mais en tout cas d'apporter une r&#233;ponse concr&#232;te et argument&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce droit &#224; dire son mot sur son travail, ce n'est pas un luxe de nantis. Ce n'est pas quelque chose qui n'int&#233;resserait que des cadres &#224; l'abri du besoin. Le mal-travail fait des d&#233;g&#226;ts &#224; tous les niveaux de la hi&#233;rarchie sociale. On tombe malade partout, des aides-soignantes jusqu'aux ing&#233;nieurs, quand on perd le sens de son travail. Redonner du sens, ce n'est pas d&#233;laisser les revendications traditionnelles sur le salaire, l'emploi ou la dur&#233;e du travail. C'est au contraire reconstruire du commun, retrouver le go&#251;t de faire ensemble, redynamiser l'action syndicale. On a des travaux de recherche sur des exp&#233;riences syndicales qui nous montrent &#231;a, et qu'on d&#233;taille dans le Manifeste. Au bout du compte, la question qu'on voulait vous poser, soumettre &#224; votre sagacit&#233;, c'est : &#171; peut-on d&#233;mocratiser le travail et donc la cit&#233; sans instituer la reconnaissance du travail r&#233;el, par un droit des collectifs de travail &#224; d&#233;lib&#233;rer et peser sur l'organisation de leur travail et les finalit&#233;s de ce travail ? &#187; Merci de votre attention !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci beaucoup, Thomas. Donc, on va maintenant laisser la place aux personnes qu'on avait tr&#232;s envie d'entendre, les repr&#233;sentants du personnel politique. Si vous voulez bien venir vous asseoir autour de la table. Il y a une place pour tout le monde. Comme je l'ai annonc&#233; tout &#224; l'heure, le but, c'est vraiment de leur donner la parole. Donc, ils auront en tout chacun 15 minutes. Il n'y a pas de gros compteur comme &#224; la t&#233;l&#233;, mais je sais que vous allez &#234;tre hyper disciplin&#233;s. Je vais rester debout pour vous indiquer le temps. D'abord, je tenais vraiment beaucoup &#224; remercier Cl&#233;mentine Autain, Olivier Faure, Marine Tondelier, Fran&#231;ois Ruffin, Hadrien Clouet et Franck Morel d'avoir accept&#233; de participer &#224; ce d&#233;bat. Donc, inutile de pr&#233;ciser, mais je le pr&#233;cise quand m&#234;me, on a invit&#233; plus de monde que les personnes qui ont accept&#233;. Je ne donnerai pas de noms&#8230; Vous pouvez trouver que la table est d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, mais nos invitations ne l'&#233;taient pas. Nous sommes &#224; Sciences Po, maison du pluralisme et de la diversit&#233;. Il n'y a aucun souci l&#224;-dessus. Donc, l'id&#233;e, c'est d'entendre successivement nos six invit&#233;s autour de trois grandes questions que nous avons chacun pos&#233;. J'ai demand&#233; &#224; chacun d'entre elles et d'entre eux de revenir sur leur point de vue sur les manifestations principales du malaise au travail en France. Quelles sont les causes ? Donc, l'id&#233;e, c'est de ne pas r&#233;p&#233;ter six fois la m&#234;me chose que ce que nous avons dit, mais d'&#233;voquer ce qui vous para&#238;t le plus important. Il y aura la prime &#224; la premi&#232;re personne qui parle. Et puis, Isabelle rappellera sa question, la deuxi&#232;me question qui sera pos&#233;e, puis Thomas, qui a d&#233;j&#224; annonc&#233; la question qu'il posera. Et donc, je donne la parole pour commencer &#224; Cl&#233;mentine Autain pour cinq minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mentine Autain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonsoir &#224; toutes et tous. D'abord, je voudrais dire merci &#224; celles et ceux qui ont organis&#233; cette rencontre et aussi pour leurs travaux, parce qu'en tant que responsable politique, notre connaissance de la r&#233;alit&#233; au travail, qui est indispensable pour pouvoir imaginer des solutions, elle est li&#233;e aux personnes que l'on rencontre, notamment dans les luttes, dans les mobilisations sociales, mais aussi aux travaux. Et donc, je voudrais vraiment les saluer parce que sans cela, on serait moins aff&#251;t&#233;s sur la question. Donc, puisque c'est la question du diagnostic, je vais aller directement &#224; l'essentiel et dire que je pense qu'on paie la financiarisation de l'&#233;conomie qui valorise toujours plus le capital, toujours moins le travail, et la destruction du code du travail avec des lois et des ordonnances qui ont lib&#233;ralis&#233; les normes de l'emploi. Donc, on a des protections pour les producteurs de richesses qui se sont effondr&#233;es. Et nous assistons &#224; un mal-&#234;tre. Vous l'avez dit tout &#224; l'heure, je ne vais pas m'&#233;tendre plus que &#231;a, mais le dire quand m&#234;me, &#224; quel point le mal-&#234;tre physique et psychique est en forte hausse, en explosion en r&#233;alit&#233;, et qu'on assiste &#224; un gigantesque mouvement de perte de sens qui, je crois, fait partie du malaise que traversent aujourd'hui les salari&#233;s. Autrement dit, ce sont 40 ans, et m&#234;me plus, de politiques n&#233;olib&#233;rales qui ont d&#233;truit &#224; la fois les s&#233;curit&#233;s pour les salari&#233;s, et d'ailleurs pour ceux qui sont m&#234;me plus salari&#233;s avec l'ub&#233;risation, mais aussi plus profond&#233;ment les savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux insister tout de suite sur la question du management, j'y reviendrai tout &#224; l'heure. C'est quelque chose dont on parle peu, or &#231;a fait partie du mal profond dans le quotidien de millions de gens qui produisent des richesses. C'est le Lean management dans le priv&#233;, le New public management qui est une mauvaise copie du Lean management. Et au fond, c'est soit la comp&#233;titivit&#233;, soit l'aust&#233;rit&#233; comme argument. Mais au final, c'est une intensification du travail, de l'automatisation, du reporting, des N+1 partout et le sentiment qu'on ne ma&#238;trise plus rien, qu'on ne sait plus &#224; quoi &#231;a sert, ce qu'on fabrique. C'est quand m&#234;me un mal assez profond. Je ne m'attarde pas sur la question des maladies professionnelles, les accidents graves, les troubles psychiques et les arr&#234;ts maladie. Mais quand m&#234;me, pour dire qu'on est quand m&#234;me des champions en la mati&#232;re, on compte plus d'un million d'accidents du travail en 2024. Je crois qu'on est &#224; 1300 morts. On est dans une situation qui devrait nous alarmer, d'autant plus que ce sont &#233;videmment les classes populaires, les jeunes, qui en paient le prix le plus lourd. Mais quand on regarde la question des burn-out, l&#224;, on voit bien que ce mal travail, cette souffrance, ces atteintes &#224; la sant&#233; touchent toutes les cat&#233;gories y compris les cadres. Donc, quand on parle du travail, pour moi, il faut en parler dans toutes ces dimensions. Toutes les cat&#233;gories sociales aujourd'hui sont concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les probl&#232;mes, j'en &#233;nonce quelques-uns. Il y a les &#233;carts de salaire qui me paraissent &#234;tre vraiment quelque chose qui ne va pas du tout. On a des PDG qui gagnent 200, 300, 400 fois le SMIC. Moi, je revois les caissi&#232;res au moment du Covid qui d&#233;couvraient qu'Alexandre Bompard gagnait 400 fois leur salaire. Il y a un moment, on est au-del&#224; de la perte de sens. Ou les profs qui dans les ann&#233;es 1980, gagnaient 2,2 fois le SMIC quand ils d&#233;marraient et aujourd'hui gagnent 1,2 fois le SMIC. On est dans un pays o&#249; un trader, un courtier en assurance gagnent infiniment plus qu'un soignant ou des m&#233;tiers qui sont indispensables &#224; la satisfaction de nos besoins. Je pense que c'est un probl&#232;me de perte totale de rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'on est aussi devant un probl&#232;me d'impossibilit&#233; pour les gens de faire correctement leur travail. Or, les gens sont attach&#233;s &#224; bien faire leur travail et &#231;a, c'est important de le dire. En fait, ils sont emp&#234;ch&#233;s de bien le faire. Je parlais des caissi&#232;res tout &#224; l'heure, quand vous &#234;tes dans une caisse et qu'il y a un truc qui dysfonctionne, il y a un bip. Et on emp&#234;che la caissi&#232;re de r&#233;pondre &#224; ce probl&#232;me-l&#224;. Il faut qu'elle appelle le N + 1. C'est dans tous les domaines qu'il y a cette d&#233;possession, qui est aussi acc&#233;l&#233;r&#233;e par les ph&#233;nom&#232;nes de sous-traitance qui donnent moins de pouvoir aux salari&#233;s et qui les pressurent, qui atomisent aussi les collectifs, qui morcellent les t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, je voudrais dire un mot aussi de la financiarisation qui a &#233;loign&#233; le pouvoir de d&#233;cision des lieux de production des biens et des services. Et &#231;a, &#231;a participe de la d&#233;shumanisation parce qu'en fait, on n'a jamais affaire &#224; ceux qui prennent la d&#233;cision. Ils sont ailleurs et ne rendent pas compte directement. On l'a tr&#232;s bien vu dans le film de St&#233;phane Briz&#233; &#171; La loi du march&#233; &#187; avec Vincent Lindon. C'est vraiment cette histoire qui est racont&#233;e. La cerise sur le g&#226;teau, c'est bien s&#251;r les accords de libre-&#233;change, c'est-&#224;-dire aussi tous ceux qui subissent une concurrence absolument d&#233;loyale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, je pense qu'il faut commencer par consid&#233;rer le travail non pas comme un co&#251;t, mais comme une richesse. C'est le premier point. Moi, je ne d&#233;fends pas la valeur travail. Je d&#233;fends la valeur du travail. Et deuxi&#232;mement, j'y reviendrai tout &#224; l'heure aussi, je pense qu'il faut f&#233;d&#233;rer les producteurs de richesses et les consommateurs parce qu'aujourd'hui, ils sont totalement d&#233;connect&#233;s. Et la solution, notamment face &#224; l'imp&#233;ratif &#233;cologiste, est dans cette mani&#232;re de raccommoder les producteurs et les consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup. Je passe la parole &#224; Hadrien Clouet puisqu'on a un ordre de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadrien Clouet (Q1) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci beaucoup. Merci pour l'invitation, la r&#233;ception et l'organisation. Alors, c'est &#233;videmment dur de suivre un travail prescrit en cinq minutes, mais je vais essayer &#233;videmment de suivre la consigne. Si on devait r&#233;sumer un petit peu l'&#233;tat des lieux, j'aurais tendance &#224; r&#233;sumer en une phrase, en disant qu'aujourd'hui, une minorit&#233; mod&#232;le le monde du travail &#224; sa mesure. On assiste &#224; une extension historique et record de l'accumulation du capital, qui a comme cons&#233;quence de d&#233;truire en bonne partie, physiquement et mentalement, celles et ceux qui travaillent &#224; son service. Cette contradiction, elle s'exerce dans un monde du travail qui a subi des &#233;volutions radicales en quelques d&#233;cennies. Le visage des travailleuses et travailleurs a chang&#233;. Nous, on parle de Nouvelle-France, et ce concept qu'on essaye de construire sociologiquement, il se retrouve dans le monde du travail. Un monde du travail qui est plus dipl&#244;m&#233; que jamais : 80% des travailleuses et travailleurs sont d&#233;tenteurs de dipl&#244;mes. Un monde du travail qui est plus f&#233;minis&#233; que jamais, qui est plus tertiaris&#233; que jamais. Sous le mandat d'Emmanuel Macron, pour un emploi industriel, ce sont dix emplois de service qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s. Et puis, un monde du travail qui se concentre de plus en plus dans les petites entreprises, les TPE-PME, contrairement &#224; ce qu'on pourrait penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde confront&#233; &#224; des formes de violences capitalistes sur lesquelles je vais revenir, on peut essayer d'identifier les sympt&#244;mes. On a quelques sympt&#244;mes de cette violence, &#224; savoir la prol&#233;tarisation, depuis maintenant une dizaine d'ann&#233;es, du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prol&#233;tarisation : je pourrais faire une liste tr&#232;s longue, je n'ai pas le temps, mais je voudrais en prendre quelques tr&#232;s saillants. D'abord, la baisse des salaires r&#233;els. Quel pays europ&#233;en conna&#238;t comme la France une diminution depuis 2021 du prix de la force de travail ? On travaille chaque ann&#233;e pour gagner moins d'argent. &#199;a, c'est un sympt&#244;me qui est absolument scandaleux et qui est r&#233;voltant. L'augmentation du temps de travail. Quand Macron arrive au pouvoir, les Fran&#231;aises et les Fran&#231;ais travaillent 1 541 heures par an, aujourd'hui c'est 1542. Non seulement il a arr&#234;t&#233; la baisse historique du temps de travail, mais il l'a fait partir dans l'autre sens, vers l'augmentation. Des contraintes physiques, tout le monde le sait, qui augmentent. Des contraintes physiques, tout le monde le sait, qui augmentent : les charges lourdes, l'exposition &#224; des vibrations, l'exposition aux agents chimiques, le travail de nuit, le travail le week-end, tout cela progresse et d&#233;structure l'existence de celles et ceux qui travaillent. S'y ajoutent, bien s&#251;r, les exigences &#233;motionnelles. Le burn-out, on l'a &#233;voqu&#233;, un quart des salari&#233;s qui t&#233;moignent d'avoir v&#233;cu une situation soit de burn-out, soit proche du burn-out. Mais les exigences &#233;motionnelles sont plus larges que &#231;a. C'est l'exposition &#224; la client&#232;le, au stress, &#224; la commande. La commande soit directement par un interlocuteur physique, soit m&#234;me maintenant dans les grands ateliers de logistique, par un casque int&#233;gr&#233;. Vous connaissez les travaux de sociologie sur le sujet r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, on a ces formes de prol&#233;tarisation qui sont des formes de violences. Et ce sont des violences qui sont sous contraintes. Ce n'est pas juste l'individu qui choisit sur le march&#233; du travail de se d&#233;placer et de prendre une opportunit&#233;. Elles ont lieu sous contraintes. Des contraintes qui sont d'abord le refoulement d'une partie de la population de ce qu'ils ont envie de faire. Des violences qui donc sont racistes, sexistes, &#226;gistes, qui conduisent des personnes soit &#224; &#234;tre refoul&#233;es d'un emploi auquel ils postulent, soit d'avoir la carri&#232;re interrompue, soit d'&#234;tre interdits d'acc&#232;s &#224; la formation professionnelle. Ce sont des choses, en tant que parlementaires, auxquelles on est confront&#233;s assez r&#233;guli&#232;rement. Il y a encore quelques semaines, c'est dans un McDonald's o&#249; une jeune salari&#233;e s'est fait licencier au pr&#233;texte qu'elle portait le voile. Bon, alors le manager a &#233;t&#233; licenci&#233; &#224; la fin. On est dans une lutte au quotidien pour les droits des personnes. Et puis, le fait d'&#234;tre discrimin&#233; dans l'acc&#232;s &#224; l'emploi conna&#238;t un effet ciseau avec d'autres secteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, je pense au service public de l'emploi notamment qui exerce une pression, comme jamais vu, sur la reprise &#224; l'emploi, quelle que soit la qualit&#233; de l'emploi concern&#233;. Donc les gens ne peuvent pas acc&#233;der &#224; ce qu'ils souhaitent et sont orient&#233;s vers des emplois qu'ils ne souhaitent pas. Et c'est la rencontre des deux qui conduit effectivement &#224; cr&#233;er un malaise, mais je dirais m&#234;me une d&#233;tresse au travail, une souffrance absolue. Des gens se sentent tortur&#233;s d'aller au travail, ne le supportent pas, n'en dorment pas la nuit, n'arrivent pas &#224; se d&#233;connecter lorsqu'ils rentrent le soir, etc. Donc, on a besoin de qualifier effectivement ce malaise, on a besoin de qualifier cette souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je conclurai en disant qu'il y a aussi peut-&#234;tre une derni&#232;re souffrance qui n'est pas directement dans l'entreprise, mais qui est li&#233;e &#224; la mani&#232;re dont on parle des gens aujourd'hui. Lorsque vous voyez qu'&#224; l'Assembl&#233;e nationale, on emploie le terme de poissonni&#232;re pour insulter quelqu'un, en fait, &#231;a dit beaucoup de choses sur celui qui insulte. Lorsque vous voyez qu'aujourd'hui, vous avez des &#233;missions de t&#233;l&#233; dans une cha&#238;ne d'information continue, &#231;a commence par C, &#231;a finit par News, par exemple, qui passent la journ&#233;e enti&#232;re &#224; expliquer qu'en France, on est fain&#233;ant, on est paresseux, on ne travaille pas, on ne s'investit pas, qui sont pay&#233;es par des acteurs priv&#233;s pour expliquer que les travailleurs font mal leur boulot et les faire culpabiliser, c'est une forme de violence aussi qui est d&#233;lib&#233;r&#233;ment organis&#233;e par le capital pour d&#233;structurer les collectifs de travail et pour que les gens se sentent mal de faire ce qu'ils font, c'est-&#224;-dire de bien travailler. Bref, on a un ensemble de probl&#232;mes qui, du coup, requerra de retourner la question, ce sera les deux enjeux suivants. Je pense qu'au lieu de se demander quel est le malaise dans le travail, il faut se demander quel est le bien-&#234;tre qu'on peut y trouver. Et &#231;a, ce sera les deux interrogations sur lesquelles on va aller ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Super, merci beaucoup. Je passe la parole maintenant &#224; Olivier Faure pour cinq minutes sur le diagnostic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Faure (Q1) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon tour, merci pour cette rencontre qui, j'esp&#232;re, en pr&#233;figurera d'autres parce qu'effectivement ce d&#233;bat doit &#234;tre l'un des d&#233;bats essentiels de l'ann&#233;e qui s'ouvre sur le d&#233;bat pr&#233;sidentiel. Bon, au fond, de quoi est-on fier dans l'existence ? On est fier de son travail, fier de ses enfants, fier de ce qui nous permet de donner un sens &#224; notre existence. La premi&#232;re chose qu'on se dit quand on se rencontre pour la premi&#232;re fois, &#171; Qu'est-ce que tu fais ? &#187; et puis apr&#232;s &#171; est-ce que tu es mari&#233;, est-ce que tu as des enfants, etc. &#187; Mais c'est quand m&#234;me l'un des &#233;l&#233;ments les plus structurants de nos vies. Et la r&#233;alit&#233;, c'est que la plupart du temps, quand les choses se passent bien, on est fier de son travail, on est fier d'appartenir m&#234;me &#224; une entreprise, &#224; un collectif dans lequel on se reconna&#238;t et qui nous reconna&#238;t. Et c'est bien l&#224; la question, c'est un collectif dans lequel on se reconna&#238;t et qui nous reconna&#238;t. Et quand cette interaction n'existe plus, alors l&#224; commence le malaise entre la promesse qui est celle que l'on fait &#224; tous les &#233;tudiants, &#224; Sciences Po comme ailleurs &#171; Ayez des dipl&#244;mes et ensuite vous travaillerez, vous aurez un boulot qui vous pla&#238;t, dans lequel vous serez reconnu &#224; votre juste valeur et vous aurez votre propre marge d'autonomie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je donne cette anecdote parce qu'elle est totalement illustratrice de tout ce que chacun ici rencontre. Je suis un jour dans un h&#244;pital avec des soignants avec lesquels je discute. D'abord avec un m&#233;decin qui me dit qu'il a &#233;t&#233; en burn-out &#224; deux reprises dans les trois derni&#232;res ann&#233;es de sa vie professionnelle. Pourquoi ? Parce qu'il a le sentiment qu'il fait mal son travail. Il n'est pas venu simplement pour - il est m&#233;decin urgentiste - g&#233;rer une file active. Il est l&#224; pour s'occuper de chacune et de chacun et de faire en sorte que dans cette file, il n'y ait aucune urgence qui soit mal trait&#233;e. Et malheureusement, ce qu'il dit, c'est que du fait qu'il est seul, qu'il a une file de plus en plus longue, il est oblig&#233; d'aller vite, d'&#234;tre au rendement. Et quand il rentre chez lui, il s'interroge sur le fait de savoir si dans la file, il n'a pas mal diagnostiqu&#233;, par exemple, un malade qui &#233;tait allophone avec lequel il n'a pas pu prendre le temps de discuter et de comprendre ce qu'&#233;tait sa maladie. Et donc, l&#224; o&#249; sa vocation initiale est de soigner, cet homme me dit &#171; je suis devenu maltraitant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, l'exemple est certainement le plus &#233;difiant parce qu'il touche &#224; la sant&#233;. Mais la r&#233;alit&#233;, c'est qu'il touche tous les secteurs d'activit&#233;. Des gens qui sont rentr&#233;s dans l'entreprise parce qu'ils avaient envie de faire quelque chose, parce qu'ils avaient envie de donner du sens &#224; leur existence et qui ont le sentiment qu'on les en prive. Et donc, pour reprendre l'expression d'Isabelle Ferreras tout &#224; l'heure sur la question des investisseurs en travail, nous ne sommes pas simplement face &#224; des gens qui investissent en capital. Il y a aussi des gens qui s'investissent de leur vie. Aller au travail chaque matin, c'est un investissement. Arriver &#224; consacrer son savoir-faire &#224; un travail, &#224; une entreprise, c'est un investissement qui va &#234;tre consid&#233;r&#233; &#224; &#233;galit&#233; avec l'investissement en capital. Ce qui est terrible, c'est de voir aujourd'hui ces statistiques de la Dares qui disent qu'on a aujourd'hui 37% des salari&#233;s de tous les secteurs professionnels, confondus, cadres et non cadres, qui consid&#232;rent qu'ils ne se sentent pas capables de tenir jusqu'&#224; la retraite. C'est dire la souffrance qui est exprim&#233;e. Et ces 37% des salari&#233;s en g&#233;n&#233;ral, c'est 41% pour les femmes. Il y a donc l&#224; un ph&#233;nom&#232;ne de grande d&#233;ception. Et il est cr&#233;&#233; par le foss&#233; entre le niveau d'engagement, celui que je viens de d&#233;finir, et puis la r&#233;alit&#233; de la d&#233;gradation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais aller tr&#232;s vite &#224; la conclusion pour dire que ce qui a &#233;t&#233; dit avant moi, je le partage. Et &#231;a fait partie aussi des sujets qui devraient nous rassurer sur le fait que m&#234;me si nous avons des diff&#233;rences, des divergences, m&#234;me parfois profondes, il y a aussi des sujets sur lesquels nous pouvons &#234;tre en accord. Et sur le sujet du travail, je consid&#232;re qu'il y a l&#224; beaucoup de sujets de convergence. Peut-&#234;tre dire une chose, c'est que sur les crit&#232;res de p&#233;nibilit&#233; qui ont &#233;t&#233; supprim&#233;s par les ordonnances P&#233;nicaud au d&#233;but du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. L&#224; aussi, c'est une absence de reconnaissance de ce que vivent les salari&#233;s : ne pas reconna&#238;tre que le travail peut &#234;tre p&#233;nible. Il ne s'agit pas de dire qu'il n'est que souffrance. Mais de reconna&#238;tre que nous ne sommes pas tous &#233;gaux devant le travail. Que ce n'est pas la m&#234;me chose d'&#234;tre un cadre sup&#233;rieur en col blanc et d'&#234;tre au marteau-piqueur toute la journ&#233;e. Ce qui justifie pleinement le fait que nous ne partions pas au m&#234;me moment &#224; la retraite. Ce qui justifie pleinement que nous ayons l&#224; aussi des compensations pendant notre vie professionnelle qui soient diff&#233;rentes. Je reviendrai dans les questions suivantes sur ce qu'il faut faire. Merci beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Et je passe la parole &#224; Franck Morel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Morel (Q1) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci beaucoup pour cette invitation. Pour &#233;voquer un sujet qui est un sujet essentiel, un sujet central, l'intervenant pr&#233;c&#233;dent parlait d'un consensus entre les intervenants qui se sont exprim&#233;s jusqu'alors, je vais peut-&#234;tre ouvrir une br&#232;che dans ce consensus, avoir une voix un petit peu au minimum nuanc&#233;e. Je voudrais d&#233;j&#224; dans un premier temps peut-&#234;tre me pr&#233;senter. Je m'appelle Franck Morel. Je suis secr&#233;taire national de Horizon. J'&#233;tais le conseiller d'Edouard Philippe &#224; Matignon. Et j'ai travaill&#233; avec d'autres ministres, avec Xavier Bertrand notamment, on l'&#233;voquait tout &#224; l'heure, sur les questions de travail. Et tout mon parcours professionnel a &#233;t&#233; organis&#233; autour du travail. J'ai commenc&#233; comme inspecteur du travail. J'ai fait plusieurs m&#233;tiers autour du travail. Je consid&#232;re la question du travail comme essentielle et comme extr&#234;mement structurante de l'avenir de chaque individu, du devenir de chaque individu, mais aussi de l'&#233;conomie. Et donc il y a v&#233;ritablement, et je voudrais commencer par &#231;a, un enjeu d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, je pense, et vous avez raison de mettre cette question sur la table, m&#234;me si on sera d'accord sur certains aspects et pas d'accord sur d'autres. Mais c'est le d&#233;bat. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;mocratie. Je crois qu'il y a un enjeu d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de mettre le travail au c&#339;ur et de d&#233;terminer les voies et moyens de faire en sorte qu'on valorise encore mieux le travail que &#231;a n'est le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait tr&#232;s bien, et Edouard Philippe l'a dit, qu'on ne r&#233;soudra les difficult&#233;s auxquelles nous sommes confront&#233;s d'un point de vue &#233;conomique que par l'accroissement de la quantit&#233; de travail. Et l'accroissement de la quantit&#233; de travail, &#231;a ne doit pas &#234;tre une potion am&#232;re, &#231;a ne doit pas &#234;tre une huile de ricin, mais &#231;a doit passer pr&#233;cis&#233;ment par la revalorisation du travail, par une meilleure reconnaissance du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#233;viter deux &#233;cueils, effectivement. Premier &#233;cueil, c'est une vision purement et uniquement dolosive du travail, sans occulter bien &#233;videmment les situations de d&#233;tresse qui peuvent exister et qui, bien s&#251;r, sont nombreuses. Mais d'un point de vue g&#233;n&#233;ral, une vision dolosive qui ferait t&#226;che d'huile sur l'ensemble de la vision du travail. Deuxi&#232;me &#233;cueil qu'il faut &#233;viter, c'est une vision culpabilitatrice du travail. Vous savez, on dit parfois que l'&#233;tymologie du mot travail, c'est l'instrument de torture. C'est faux. Il y a d&#233;bat d&#233;j&#224; entre les linguistes, entre les analystes sur le sujet. Et donc, le travail n'est pas forc&#233;ment uniquement un instrument de torture dans tous les cas. Et donc, il faut essayer de sortir de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous l'avez dit tout &#224; l'heure dans votre pr&#233;sentation, les actifs ont globalement une vision plut&#244;t positive du travail. Et donc, c'est un premier paradoxe parce que tout en ayant cette vision plut&#244;t positive du travail, vue d'avion, globalement, on a des &#233;l&#233;ments de manifestation malgr&#233; tout d'une crise du travail. Et cette crise du travail, elle se manifeste en r&#233;alit&#233; par trois griefs principaux que les actifs adressent au travail. Le premier grief qui est adress&#233; au travail, c'est que le travail ne paye pas autant qu'il le devrait &#224; leurs yeux ou paye moins qu'il le devrait &#224; leurs yeux. Et c'est vrai que ce grief, il est aliment&#233; par des &#233;l&#233;ments objectifs. Le rythme des revalorisations salariales de d&#233;cennie en d&#233;cennie s'est ralenti. C'est vrai. Et dans le m&#234;me temps, il y a un effet ciseau avec une augmentation du poids de ce qu'on appelle les d&#233;penses contraintes, au premier rang desquelles, bien s&#251;r, la d&#233;pense de logement qui occupe un tiers &#224; peu pr&#232;s du budget d'une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me grief qui manifeste cette forme de crise vis-&#224;-vis du travail, c'est le sentiment que la promesse du travail en termes d'&#233;volution professionnelle dans le temps n'est pas l&#224;. Et l&#224;, &#231;a renvoie &#224; toute une s&#233;rie de sujets autour de ce qu'on pourrait appeler, de ce que j'appelle les trappes &#224; bas salaire, c'est-&#224;-dire tous les m&#233;canismes, parfois avec les meilleures intentions du monde, mais qui scotchent, qui maintiennent un certain nombre d'actifs, un certain nombre de salari&#233;s dans les premiers niveaux de r&#233;mun&#233;ration en ayant toutes les peines du monde &#224; en sortir. On pourrait y revenir si vous le souhaitez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, le troisi&#232;me grief, c'est la question de la reconnaissance, le besoin de reconnaissance au travail qui renvoie &#224; des questions de management. On l'a &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure, qui renvoie &#224; l'organisation de l'entreprise. On y reviendra, bien &#233;videmment, dans les propositions. Il y a un sujet, il y a deux sujets aussi que je voudrais mettre en avant. On a parl&#233; du sens et je crois que c'est Olivier Faure qui parlait tout &#224; l'heure du c&#244;t&#233; structurant du m&#233;tier, de l'appartenance &#224; un travail qui est effectivement, je le rejoins l&#224;-dessus, qui est effectivement quelque chose de tr&#232;s structurant, de tr&#232;s important. Une minute, je vais tenir la minute. Donc, la question du sens, c'est quelque chose auquel il faut r&#233;pondre. On &#233;voquait tout &#224; l'heure la loi Pacte. La loi Pacte avait cr&#233;&#233; les entreprises &#224; mission, un certain nombre de m&#233;canismes, effectivement, qui permettent de r&#233;pondre &#224; cette question du sens. Mais elle est encore devant nous, cette question du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me sujet que je voudrais mettre en avant, et le mot a &#233;t&#233; prononc&#233;, c'est la question de l'autonomie, l'autonomie au travail. Alors, il y a un mot qui a parfois &#233;t&#233; un peu tarte &#224; la crame, qu'on n'a pas encore prononc&#233;, c'est le fameux mot flexicurit&#233;. Vous savez, le bon &#233;quilibre entre flexibilit&#233; et s&#233;curit&#233;. Mais cette demande conjugu&#233;e d'autonomie et de garantie sociale de la part des actifs, elle s'est manifest&#233;e par une certaine mutation des statuts du travail. On a cr&#233;&#233;, il y a quelques ann&#233;es, le portage salarial. On a cr&#233;&#233; le CDI int&#233;rimaire. On a une mutation des statuts du travail, des formes que prend le travail, qui vise aussi &#224; r&#233;pondre &#224; &#231;a. Je finirai par un point, mais on y reviendra bien &#233;videmment. C'est l'importance du dialogue social et de la n&#233;gociation collective pour r&#233;pondre &#224; ces sujets. Mais je m'arr&#234;te pour tenir la minute. Merci &#224; vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci &#224; vous. Fran&#231;ois Ruffin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Ruffin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci. D'abord, un grand bravo &#224; vous. Un grand bravo &#224; Isabelle, Thomas, Bruno, parce que vous r&#233;ussissez &#224; organiser le premier d&#233;bat de la primaire et m&#234;me &#224; le faire de mani&#232;re &#233;largie &#224; LFI, ce que je souhaite, voire m&#234;me jusqu'&#224; Horizons. Ensuite, tous mes remerciements, de porter avec constante dans votre bible, &#171; Que sait-on du travail &#187; puis dans vos ouvrages successifs, la question du travail qui est &#233;videmment pour moi la question cl&#233;. Je consid&#232;re que la soci&#233;t&#233;, c'est du travail, qu'il soit salari&#233; ou b&#233;n&#233;vole, mais c'est du travail mis en commun. Quand on boit un verre d'eau, c'est une masse de travail gigantesque qui est derri&#232;re ce verre d'eau et que notre soci&#233;t&#233; va mal parce que depuis 40 ans, le travail va mal et qu'on a en fait un pacte men&#233; contre le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma premi&#232;re intervention, je voudrais incarner &#171; pour qui on se bat &#187; et &#171; qui je viens d&#233;fendre aujourd'hui &#187;. Vendredi dernier, vendredi 8 mai, je me trouvais sur un piquet de gr&#232;ve chez ID Logistics &#224; Saint-Sauveur, dans la Somme, chez moi, &#224; c&#244;t&#233; d'Amiens. C'est le sous-traitant de l'entrep&#244;t Amazon et ils sont en gr&#232;ve d'abord sur la question des salaires. Je leur demande combien ils touchent. Ils me disent &#171; aux alentours de 1 500 euros &#187;. Donc entre 1 400 et 1 600 ? : &#171; Oh non, 1 600, il n'y a personne qui touche &#231;a. On n'a jamais touch&#233; &#231;a. &#187; Et les cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes, c'est &#233;videmment qu'il n'y a pas de vacances, il n'y a pas de restos, il n'y a pas de McDo. Tout &#231;a va de soi, mais c'est qu'il y a des repas qui sont saut&#233;s et que ce qui &#233;tait extraordinaire et que j'entendais chez des ch&#244;meurs il y a 10 ans maintenant devient quelque chose d'ordinaire, de coutumier chez des salari&#233;s, chez des travailleurs. Et en face, je le redis, c'est ID Logistics, c'est l'un des g&#233;ants de la logistique en Europe, plus 20% de b&#233;n&#233;fices l'ann&#233;e derni&#232;re. Et de l'autre c&#244;t&#233;, sous-traitant de Amazon, 77 milliards de dollars de profit l'ann&#233;e derni&#232;re, plus 31%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc &#231;a veut dire que la question du porte-monnaie, c'est une question qui est tr&#232;s importante. La question du partage des revenus, elle doit continuer d'&#234;tre pos&#233;e. Deuxi&#232;me chose, on &#233;tait le 8 mai et &#231;a bossait dans la bo&#238;te. Donc comment &#231;a se fait ? &#034;Bah oui, mais les jours f&#233;ri&#233;s, on n'est pas chez Wauquiez ou chez Attal, on n'a pas le choix, on doit venir bosser. Et si on ne vient pas bosser, on re&#231;oit une mise en demeure. Et ce n'est pas pay&#233; double, c'est pay&#233; plus 25 euros. Et encore, le patron dit, c'est parce qu'on est gentil et qu'on veut bien vous les donner&#034;. Donc &#231;a veut dire qu'on ne d&#233;cide pas de quand on travaille, de ses horaires, ainsi de suite. Ensuite, sur 300 permanents CDI dans l'entreprise, 200 int&#233;rimaires. Et il y en avait qui avaient le courage d'&#234;tre l&#224;. J'ai dit, mais vous savez que vous &#234;tes vir&#233;s, vous allez &#234;tre ray&#233;s l&#224;. Oui, on le sait, mais on vient ici par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#233;videmment, j'entends la question des statuts. Mais comment peut-on s'installer dans la vie ? Comment peut-on prendre un cr&#233;dit quand on a de l'int&#233;rim &#224; rallonge ? Et l&#224;, j'ai d&#233;couvert un nouveau truc, c'est que le nouveau contrat qu'ils font, c'est un contrat d'un mois. Mais en fait, on fait un test d'abord et on fait un contrat d'une semaine. Ensuite, on fait des avenants, des avenants. Et donc, &#233;videmment, on est sur des trois fois six mois, sur du 18 mois. Les gens retournent &#224; la maison avec la question de la pr&#233;carit&#233;, de pouvoir s'installer dans la vie. Et avec l&#224;, une volont&#233; politique depuis 40 ann&#233;es de fluidifier, de flexibiliser le march&#233; du travail. Ambroise Croizat disait, quand il a fait son vaste plan de s&#233;curit&#233; sociale, qu'il faisait &#231;a pour que les gens puissent dormir la nuit, pour chasser l'angoisse. Nos dirigeants politiques ont fait le choix depuis 40 ans de remettre l'angoisse dans le c&#339;ur des gens, d'y installer l'intranquillit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'arbitraire. &#171; Pourquoi moi, je ne suis pas repris comme int&#233;rimaire ? Parce qu'on m'a dit que je ne souris pas au lead &#187;, c'est-&#224;-dire au manager. Quand il y a des punitions, vous allez vous trimballer les cartons et les faire &#224; la main plut&#244;t qu'avec la machine. Et je viens sur cette question de l'intensification, les cartons faits &#224; la main. On est pass&#233; de 10 palettes par heure &#224; 15 palettes par heure. Et donc, &#231;a veut dire qu'on est sur 10 tonnes par jour qui sont transport&#233;es &#224; la main pour 1 500 euros par mois. Avec deux cons&#233;quences, des troubles musculo-squelettiques et, compte tenu de la pression dans la bo&#238;te, des burn-out, y compris dans ce genre d'entreprise. Et avec des inaptitudes, tu l'as mentionn&#233; tout &#224; l'heure, avec ce chiffre, je ramasse l&#224;, j'en viens au niveau national, de plus de 100 000 inaptitudes. En v&#233;rit&#233;, on serait aux alentours de 143 000 inaptitudes chaque ann&#233;e. &#199;a veut dire 143 000 personnes broy&#233;es physiquement ou psychiquement par notamment une &#233;pid&#233;mie de burn-out, quand on &#233;tait &#224; 50 000 il y a 10 ans. Donc, on est dans une multiplication par trois. C'est comme si c'&#233;tait de la poussi&#232;re d'humains qu'on mettait sous le tapis. Voil&#224; ce qui va mal dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : merci beaucoup, je laisse la parole &#224; Marine Tondelier pour la fin de ce premier round.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Tondelier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, merci tout le monde. Je suis moi-m&#234;me tr&#232;s malade, mais aucun lien avec les risques psychosociaux, professionnels que nous subissons avec Olivier Faure en ce moment. Mais voil&#224;, on va essayer aussi d'&#234;tre audibles, et en tout cas ravie d'&#234;tre l&#224; et d'avoir des d&#233;bats de fond qui manquent tant dans le d&#233;bat politique en ce moment. Peut-&#234;tre vous dire d'o&#249; je viens. Eh bien, j'ai grandi dans le bassin minier du Pas-de-Calais, dans un endroit o&#249; on nous apprend tous petits que le travail, c'est quelque chose. J'ai grandi au-dessus de 100 000 kilom&#232;tres de galeries de mines. Et juste &#224; proximit&#233; du puits de mines o&#249; il y a eu la catastrophe de Courri&#232;res, donc 1 200 morts en une fraction de seconde en 1906, qu'on comm&#233;morait tous les ans &#224; l'&#233;cole en nous expliquant que c'&#233;tait &#231;a le travail, et que c'est la plus grosse catastrophe mini&#232;re d'Europe. Voil&#224;, c'est dans cet environnement que j'ai grandi. Et puis &#224; quelques centaines de m&#232;tres aussi du puits de mines o&#249; a commenc&#233; la grande gr&#232;ve des mineurs en 1941. Parce que du fait de l'occupant, on va dire que les dirigeants des compagnies de charbon s'&#233;taient dit &#171; tiens, les avanc&#233;es du Front populaire, l&#224;, les huit heures par jour, avec l'occupation, c'est peut-&#234;tre l'occasion de remettre &#231;a en cause &#187;. Et donc ils avaient supprim&#233; les huit heures par jour. Ils avaient r&#233;instaur&#233; le paiement &#224; la t&#226;che. Et donc les mineurs se concertent dans le coron Gaudin, juste derri&#232;re ma maison, la maison o&#249; j'ai grandi, la maison de mes arri&#232;re-grands-parents, et d&#233;cident d'infliger en fait ce qui devient le plus gros mouvement de r&#233;sistance &#224; l'occupant de toute l'Europe. C'est 800 000 tonnes de charbon qui sont pris aux Allemands en quelques semaines. &#199;a gagne en quelques jours tout le bassin minier. C'est un territoire qui est fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on grandit l&#224;, on nous explique &#231;a chaque ann&#233;e &#224; l'&#233;cole. Et puis de l'autre c&#244;t&#233;, c'est M&#233;taleurope. Et c'est l&#224; o&#249; a &#233;t&#233; instaur&#233;e l'expression de &#171; patron voyou &#187; par Jacques Chirac en 2002, parce que c'&#233;tait des d&#233;bats tr&#232;s vifs avec les &#233;colos. Alors en 2002, je n'avais pas l'&#226;ge d'&#234;tre hyper militante sur le terrain. Mais c'est vrai que les anciens du mouvement m'expliquaient qu'ils allaient faire des carottages de terre pour montrer que c'&#233;tait polluant. Que la CGT les mena&#231;ait de mort en disant &#171; c'est nos emplois &#187;. Et que du coup, il y avait cette opposition entre sant&#233; et emploi. Et puis finalement, un jour ils sont arriv&#233;s, il n'y avait plus les machines. 800 salari&#233;s qui arrivent, qui sont comme &#231;a priv&#233;s de travail par surprise. On est plus de 20 ans apr&#232;s la fermeture du site. Et finalement, il y a des gamins qui tombent malades, chaque ann&#233;e de nouveau cas de saturnisme sont d&#233;tect&#233;s, alors qu'ils sont n&#233;s apr&#232;s la fermeture du site. Donc c'est un territoire o&#249; tout &#231;a est tr&#232;s pr&#233;gnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviendrai pas sur ce qui a &#233;t&#233; dit, parce que l'essentiel a &#233;t&#233; dit sur les travailleurs. Tu en as parl&#233; un peu, Fran&#231;ois, le fait que le travail ne prot&#232;ge plus de la pauvret&#233;. Au sujet des travailleurs pauvres, moi j'avais &#233;t&#233; tr&#232;s surprise, lors d'une soir&#233;e avec le DAL en soutien aux personnes qui dormaient dans leur voiture, de me rendre compte que plus de la moiti&#233; d'entre eux travaillaient. Et &#231;a, je pense que beaucoup de Fran&#231;ais ne s'imaginent pas aujourd'hui, ils se disent &#171; il y a les fain&#233;ants, puis il y a les travailleurs. Et donc ceux qui travaillent, ils sont &#224; l'abri de la pauvret&#233; &#187;. Ce n'est pas vrai. Dans beaucoup de villes de France, il y a le sujet des arr&#234;ts maladie qui a &#233;t&#233; beaucoup cit&#233;. Le sujet du temps de travail qui a &#233;t&#233; abord&#233; aussi par Hadrien. Je me rappelle la t&#234;te de la salle, au MEDEF, quand j'&#233;tais... c'est un peu comme vous (Franck Morel) quand vous avez parl&#233; tout &#224; l'heure, mais moi, c'&#233;tait dans l'autre sens &#8230; quand j'ai expliqu&#233; qu'il fallait passer aux 32 heures de mani&#232;re exp&#233;rimentale en commen&#231;ant par exemple par les gens qui travaillaient de nuit. J'ai cru que les gens allaient s'&#233;vanouir dans la salle ! Mais je le maintiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a cette question de la p&#233;nibilit&#233;. On se rend compte qu'en fait, les gens qui prennent ces d&#233;cisions ne se rendent pas compte de ce que c'est qu'une caissi&#232;re. Elle d&#233;place des packs d'eau, des plaquettes de beurre&#8230; plus d'une tonne par jour. Ils ont quand m&#234;me supprim&#233; l'exposition aux produits chimiques, l'exposition aux m&#233;caniques vibratoires, des choses dont il para&#238;t assez &#233;vident que c'est p&#233;nible. Mais pas pour eux qui n'ont jamais en fait &#233;t&#233; expos&#233;s &#224; la p&#233;nibilit&#233;, si ce n'est leur propre p&#233;nibilit&#233;. Et puis on a propos&#233; il n'y a pas longtemps dans le d&#233;bat public &#8230; d'ailleurs, je rencontrerai Yolanda Diaz la semaine prochaine parce qu'en Espagne, ils ont fait le cong&#233; climatique, parce qu'on est face &#224; des nouveaux risques professionnels aussi avec le changement climatique &#8230; j'ai vu que Louis Sarkozy disait que je voulais que Nostradamus et les astrologues distribuent des arr&#234;ts de travail. Je pense qu'il n'a pas compris la proposition. Mais ce n'est pas la premi&#232;re chose qu'il ne comprend pas de sa vie, ce pauvre gar&#231;on. Mais voil&#224;, il est clair qu'en France aujourd'hui, il y a des droits de retrait, i y a des m&#233;canismes &#224; partir de certaines temp&#233;ratures. Mais le niveau de la temp&#233;rature n'est pas fix&#233; dans la r&#233;glementation. Et donc finalement, c'est un peu au bon vouloir de votre patron, comme d'habitude, ce qui est un probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, depuis quelques temps, je travaille sur la solitude. C'est un sujet qui me touche beaucoup. C'est un Fran&#231;ais sur quatre qui est concern&#233;. Et en fait, c'est tr&#232;s li&#233; au travail. Parce que dans les mines, c'&#233;tait tr&#232;s dur, mais par exemple, la solitude, je pense que ce n'&#233;tait pas pareil qu'aujourd'hui. C'est-&#224;-dire qu'on travaillait ensemble. D'ailleurs, les vies des uns et des autres &#233;taient li&#233;es, au fond de la mine. Et surtout, les luttes &#233;taient men&#233;es ensemble. Quand on est travailleur ub&#233;ris&#233;, pr&#233;caris&#233;, ce n'est quand m&#234;me pas la m&#234;me chose. Et donc, cela a beaucoup d'implications. D'ailleurs, la classe d'&#226;ge la plus seule en France, ce sont les 25-39 ans. On ne le sait pas assez. Les gens pensent que ce sont les personnes &#226;g&#233;es. Preuve que l'entr&#233;e dans la vie active est devenue tr&#232;s compliqu&#233;e. Il y a aussi des sujets autour du t&#233;l&#233;travail qui peut am&#233;liorer la vie professionnelle, r&#233;duire le temps de parcours, de trajet, mais qui isole aussi, qui fait qu'on est plus expos&#233; au harc&#232;lement. Et puis aussi ce sujet... Aur&#233;lie Jeantet, avec qui je travaille, &#231;a para&#238;t contre-intuitif, dit que l'open-space cr&#233;e beaucoup de solitude. Et elle dit, en fait, si on n'a pas de lieu de repli o&#249; on peut se retrouver aussi avec son intimit&#233;, finalement, on peut avoir une solitude de l'open-space. Je trouve que quand on d&#233;cline ce fil de la solitude au milieu du travail, il y a beaucoup de choses &#224; en dire aussi. Merci beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : voil&#224; d&#233;j&#224; 30 minutes d&#233;j&#224; consacr&#233;es au d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Tondelier : On n'a pas vu le temps passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : &#199;a n'arrive pas souvent. On va continuer. On a encore deux questions. Isabelle va lire la deuxi&#232;me question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Ferreras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors, la deuxi&#232;me question qui, &#233;videmment, nous permettra de revenir sur tout ce qui a &#233;t&#233; dit, parce que ce ne sont pas des tranches en silo &#233;videmment, ce n'est pas &#8216;chacun dans son couloir', mais tout &#231;a converge pour r&#233;pondre &#224; ces exigences du travail aujourd'hui : &#171; Si l'entreprise est de fait une entit&#233; politique qui gouverne la vie de ceux et celles qui y investissent, et des &#233;cosyst&#232;mes, d'ailleurs, &#233;galement, ne faut-il pas d&#233;mocratiser sa structure de pouvoir interne ? Et si oui, comment ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Et on va demander &#224; Marine de commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Tondelier : &lt;br class='autobr' /&gt;
J'encha&#238;ne. Ma r&#233;ponse sera oui. Et puisque j'ai cinq minutes pour d&#233;velopper ce oui, je vais dire que l'entreprise n'appartient pas qu'&#224; ses actionnaires. Il faut le dire et qu'il faut le r&#233;p&#233;ter, parce que &#231;a n'a toujours pas l'air &#233;vident pour tout le monde. L'entreprise capitaliste, la soci&#233;t&#233; pr&#233;tendument anonyme, a &#233;t&#233; con&#231;ue, en fait, comme une machine &#224; produire du profit - Cl&#233;mentine, tu as commenc&#233; par l&#224; tout &#224; l'heure - au service de ses seuls actionnaires, sans tenir compte de nos &#233;cosyst&#232;mes naturels, ni des travailleurs et des travailleuses, sans lesquels aucune valeur ne serait cr&#233;&#233;e. Et l'entreprise, au XXIe si&#232;cle, elle doit devenir tout autre chose, c'est notre projet, un espace collectif et coop&#233;ratif au service du bien commun. L'entreprise du XXIe si&#232;cle, elle peut s'inspirer des entreprises de l'&#233;conomie sociale et solidaire, des coop&#233;ratives, des mutuelles, des associations qui ont pens&#233; autrement le pouvoir, la valeur et sa r&#233;partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous remarquez que tous les exemples que je viens de citer sont des structures qui sont battues en br&#232;che par le gouvernement et que tout ce qui faisait encore un peu lien dans cette soci&#233;t&#233; qui mettait un peu de chaleur, un peu d'humain, est battu en br&#232;che budg&#233;tairement. Et on sait que dans ces cas-l&#224;, l'argent, c'est le nerf de la guerre aussi. Alors, vous avez parl&#233; de la loi Pacte tout &#224; l'heure en disant que la France, quand m&#234;me, avait fait des choses par rapport &#224; des pays qui n'avaient rien fait. Donc, rendons hommage &#224; la loi Pacte de 2018. Mais nous, les &#233;cologistes, nous consid&#233;rons que nous devons aller beaucoup plus loin. Cette loi Pacte, donc, elle oblige dans les entreprises de plus de 1 000 salari&#233;s &#224; avoir obligatoirement un administrateur salari&#233;, deux dans certains cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les &#233;cologistes, on a formul&#233; une proposition de loi. Alors, c'est une proposition de loi de Charles Fournier, &#224; qui je rends hommage parce qu'en plus, il a fait un AVC il n'y a pas longtemps, il est en arr&#234;t en ce moment. Et sa proposition de loi, qu'on porte &#233;videmment en son absence, vise &#224; abaisser de 1 000 &#224; 250 le seuil de nombre minimal de salari&#233;s &#224; partir duquel la repr&#233;sentation des salari&#233;s est obligatoire dans le conseil d'administration. J'ai vu que dans votre rapport, vous vous proposiez 50 dans certains cas. Pourquoi pas ? Il n'y a pas de probl&#232;me. Discutons-en, on est l&#224; pour &#231;a. Et puis, sa proposition de loi propose aussi de relever le nombre minimal d'administrateurs qui repr&#233;sentent les salari&#233;s &#224; la moiti&#233; du nombre d'administrateurs de la soci&#233;t&#233;. Les soci&#233;t&#233;s anonymes, voil&#224;, ne doivent par ailleurs plus &#234;tre exempt&#233;es de ces propositions. C'est le cas dans la loi Pacte. Mais surtout, il faut accorder au CSE, au Comit&#233; social et &#233;conomique un pouvoir de veto sur les d&#233;cisions qui ont un impact sur les conditions de travail et d'emploi des salari&#233;s. Donc, par exemple, r&#233;implanter des machines, embaucher des int&#233;rimaires, mettre en place des &#233;quipes suppl&#233;mentaires. Tout ne peut pas passer par les conseils d'administration. Et je vais vous le dire, je vais vous dire une chose banale. Je crois aux changements structurels, mais je crois surtout dans les hommes et les femmes qui les obtiennent. Et il faut aider, je pense, soutenir et renforcer les syndicats de salari&#233;s sans lesquels rien ne se fera. Je pense que dans la solitude et dans le fait que le travail est plus compliqu&#233; aujourd'hui, il y a aussi le fait qu'on se syndique moins, et donc on ne peut plus mener ces luttes ensemble. Et donc, voil&#224;, il faut les aider, les soutenir, et rien ne se fera sans l'organisation collective, sans la mobilisation. C'est ainsi qu'on pourra faire des gains collectifs ou les pr&#233;server.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que cette histoire de 1er mai, elle disait beaucoup de cela. Il y a des gens qui disaient quand m&#234;me, c'est choquant, cette mesure de Gabriel Attal. Alors, c'est choquant, oui, mais en fait, c'est assez logique quand on voit ce qu'il a fait avant, une fois qu'il a fait l'assurance ch&#244;mage, qu'il s'est occup&#233; des prud'hommes, il a augment&#233; la dur&#233;e de travail en repoussant l'&#226;ge de la retraite. Finalement, s'en prendre au 1er mai, c'est logique. Mais l'histoire du 1er mai, elle est belle. &#199;a a commenc&#233; dans le Nord aussi, avec cette manifestation de Fourmi o&#249; des travailleurs sont venus se battre pour leurs droits et on tire dans la foule. Il y a beaucoup de morts et &#231;a devient ce symbole qu'on n'oubliera pas, que le 1er mai devient un jour f&#233;ri&#233;. Donc voil&#224;, je pense que &#231;a peut para&#238;tre d&#233;suet, parfois, une nouvelle g&#233;n&#233;ration qui dit &#171; oui, c'est leur truc de 1er mai, de truc, pourquoi pas ! &#187;. C'est comme si c'&#233;tait une forme de folklore. Mais en fait, c'est tr&#232;s important de se rappeler de ces luttes-l&#224;, comment les droits qu'on a aujourd'hui, on les a obtenus et comment on gagne les droits suivants. Je pense qu'on est dans un moment o&#249; c'est tr&#232;s anxiog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un a parl&#233; d'angoisse tout &#224; l'heure, j'&#233;tais assez d'accord avec ce th&#232;me pour d&#233;crire la soci&#233;t&#233; actuelle. Eh bien, la r&#233;alit&#233;, c'est que si on ne promet pas aux gens de nouveaux droits, et des fois, on me dit, bah oui, mais est-ce que c'est le moment en France, quand m&#234;me, le pays ne va pas tr&#232;s bien ? Je ne pense pas qu'en 1945, le pays allait tr&#232;s, tr&#232;s bien non plus quand on a mis en place la S&#233;curit&#233; sociale. Et le g&#233;nie d'Ambroise Croizat et de ses coll&#232;gues, c'&#233;tait de dire, voil&#224;, &#231;a ne va pas bien, on a beaucoup de choses &#224; faire devant nous, mais justement, prenons soin de nous, prenons soin des gens et que des nouveaux droits, &#231;a remet aussi une soci&#233;t&#233; dans une dynamique positive, c'est du respect. Et je pense qu'en fait, on a quand m&#234;me &#233;t&#233; tr&#232;s attaqu&#233;s par le m&#233;pris, l&#224;, ces derni&#232;res ann&#233;es, si je devais r&#233;sumer ce que je ressens &#224; la vue et &#224; l'exp&#233;rience de ces politiques publiques, c'est le m&#233;pris. Donc voil&#224;, je pense que ce serait une tr&#232;s bonne chose qu'on se base pour de nouveaux droits en pr&#233;servant ce qu'on a gagn&#233; avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup. A Fran&#231;ois Ruffin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Ruffin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci Bruno. Jean Jaur&#232;s disait &#171; la R&#233;volution a fait des Fran&#231;ais des rois dans la cit&#233;, mais les a laiss&#233;s serfs dans l'entreprise &#187;. Bon, je pense que &#034;rois dans la cit&#233;&#034;, on est encore loin d'y &#234;tre. Mais de fait, c'est serfs dans l'entreprise. Et il me semble qu'un si&#232;cle apr&#232;s ou plus apr&#232;s ces propos, &#231;a reste toujours la nouvelle fronti&#232;re : l'entr&#233;e de la d&#233;mocratie dans l'entreprise, lever la peur et avoir le droit &#224; la parole. Et je pense qu'il faut &#224; la fois la d&#233;mocratie par le haut et la d&#233;mocratie par le bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie par le haut, c'est la r&#233;ponse &#224; cette question. La d&#233;mocratie par le bas, c'est la r&#233;ponse &#224; la question d'apr&#232;s. Comme &#231;a, tout cela est tr&#232;s bien organis&#233;. Moi, je suis favorable &#224; un tiers, un tiers, un tiers. Je suis favorable &#224; un tiers du Conseil d'administration pour le capital. Un tiers du Conseil d'administration pour les salari&#233;s. Et un tiers du Conseil d'administration pour les &#233;lus locaux, pour les ONG, pour les associations de consommateurs, et ainsi de suite. Pourquoi ? Parce que je ne crois pas que l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral sortira du sol face &#224; face entre le capital et le travail. Et qu'il y a pour moi la n&#233;cessit&#233; d'introduire un tiers. Mais disons que, de toute fa&#231;on, on en est tr&#232;s loin de tout &#231;a. Moi, petit actionnaire, puisque j'&#233;tais petit actionnaire de LVMH et de Casino, par exemple, j'observais &#224; quel point on avait des taux de vote de 99,9% pour le oui. Bon. Alors, je discutais avec mes voisins en leur disant, quand m&#234;me, &#231;a rappelle un petit peu l'Union sovi&#233;tique. Bon. Et voil&#224;. Donc, j'ai lu une phrase dans Les Echos de mon ami Bernard Arnault, l&#224;. C'&#233;tait marqu&#233; &#171; le dividende est roi &#187; dans une chronique. Et il me semble que &#231;a nous dit tout. En une phrase. Il y a des phrases comme &#231;a qui marquent une &#233;poque, qui la cristallisent. &#171; Le dividende est roi &#187;. Ben voil&#224;. Nous vivons un temps de monarchie financi&#232;re, un absolutisme des actionnaires. Et tout est guid&#233; dans cette seule et unique direction qui est faire monter les actions, soit par le dividende, soit par les rachats d'actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il faut qu'au sommet, les salari&#233;s et d'autres organisations puissent peser sur la strat&#233;gie. Je dis que quand on ne fait pas &#231;a, on voit le naufrage auquel &#231;a conduit. L'industrie automobile, pour moi, fran&#231;aise, est victime de ne pas avoir &#233;cout&#233; les salari&#233;s, de ne pas avoir &#233;cout&#233; des associations, y compris l&#224;, environnementales. On les aurait &#233;cout&#233;es, on n'aurait pas ce naufrage de l'industrie automobile. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu le choix de la d&#233;localisation &#224; tout va, c'est la premi&#232;re chose. Et il y a eu le choix de freiner, de ne pas investir dans la nouvelle technologie qui est la voiture &#233;lectrique, et de plut&#244;t chercher &#224; garder la voiture thermique &#224; tout prix et de ne pas faire le saut parce qu'il fallait donner le maximum de dividende aux actionnaires au pr&#233;sent plut&#244;t que d'investir sur l'avenir. Pendant tout ce temps-l&#224;, on aurait &#233;cout&#233; les ONG, on aurait &#233;cout&#233; les syndicats, on aurait eu un saut technologique, alors qu'aujourd'hui, la France est de fait un pays sous-d&#233;velopp&#233; et c'est la Chine qui est d&#233;sormais le pays d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, dire que quand on &#233;nonce tout &#231;a, ce dont on parle l&#224;, l'absence de d&#233;mocratie dans l'entreprise, &#224; la fois, &#231;a co&#251;te, &#231;a co&#251;te tr&#232;s cher. C'est Xavier Bertrand qui consid&#233;rait que le mal-travail dans les entreprises revenait &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; 3 &#224; 4 % du PIB, donc plus de 100 milliards d'euros de mal-travail. Mais si on ne voit pas que &#231;a rapporte, que &#231;a rapporte imm&#233;diatement &#224; des financiers, &#224; des actionnaires, on ne comprend pas la bataille, la guerre des classes qui est en cours sur la question du partage des revenus, mais encore davantage sur la question du partage du pouvoir. Et il est &#233;vident que quand on nous annonce que Total fait + 51% l&#224; en un trimestre, c'est presque le baril de p&#233;trole qui cache la for&#234;t des profits. Quand on nous annonce + 9,5% de dividendes l'ann&#233;e derni&#232;re sur les firmes, eh bien, il faut voir que c'est la contrepartie de ce mal, de ce mal-l&#224;. Donc il y a un profit pour les soci&#233;t&#233;s qui est tir&#233; d'un co&#251;t pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup. Je passe la parole &#224; Franck Morel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Morel : &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci beaucoup. Fran&#231;ois Ruffin a commenc&#233; son propos par une citation de Jean Jaur&#232;s. On va garder chacun nos r&#233;f&#233;rences. Et moi, je vais faire une citation du g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle disait qu'en amenant la grande id&#233;e de participation, qui est quelque chose de tr&#232;s structurant en France, que li&#233;s aux machines, quant &#224; leur travail, quant aux employeurs, quant &#224; leur salaire, les travailleurs se sentent, je cite, &#171; moralement r&#233;duits et mat&#233;riellement menac&#233;s &#187;. C'est un tr&#232;s beau discours qu'il a prononc&#233; &#224; Bagatelle le 1er mai 1950 et qui pr&#233;figurait justement cette question de la participation et de l'association Capital Travail. Alors, moi, je voudrais mettre sur la table d&#233;j&#224; un certain nombre de choses qui existent en posant la question de l'approfondissement d&#233;j&#224; d'un certain nombre de m&#233;canismes que nous avons, qui sont applicables et qui existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure, vous &#233;voquiez la Constitution espagnole et la question de la d&#233;mocratie au travail dans la Constitution espagnole. Nous avons, dans la Constitution fran&#231;aise, dans ce qu'on appelle le Pr&#233;ambule de 1946, un principe de participation des travailleurs &#224; la d&#233;termination des conditions de travail qui existe et qui a donn&#233; lieu, d'ailleurs, &#224; un certain nombre de d&#233;cisions du Conseil constitutionnel assez structurantes, comme par exemple le fait de comptabiliser les salari&#233;s des sous-traitants pour l'effectif des &#233;lections, d&#233;clenchant les &#233;lections, ou de donner le droit de vote aux sous-traitants aupr&#232;s du donneur d'ordre dans un certain nombre de cas. Ce qui n'est pas toujours simple, d'ailleurs, &#224; mettre en &#339;uvre, mais en tout cas, le principe a &#233;t&#233; act&#233; sur la base de ce principe de participation qui figure dans le Pr&#233;ambule de la Constitution. Alors, &#231;a m'am&#232;ne &#224; un premier sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;voqu&#233;, tout &#224; l'heure, les statuts d'activit&#233;. On parle beaucoup des travailleurs salari&#233;s, mais il y a aussi des travailleurs ind&#233;pendants et il y a les travailleurs des plateformes, les travailleurs ind&#233;pendants des plateformes. Et il y a une vraie question autour de l'acc&#232;s, justement, d'un certain nombre de travailleurs ind&#233;pendants &#224; la n&#233;gociation collective et &#224; cette d&#233;termination collective des conditions de travail. A &#233;t&#233; mis en place, il y a quelques ann&#233;es, un syst&#232;me qui s'appelle l'Autorit&#233; de R&#233;gulation des Plateformes d'Emploi avec des repr&#233;sentants &#233;lus des travailleurs des plateformes avec une n&#233;gociation collective de secteurs pour ces travailleurs. C'est quelque chose, je pense, d'int&#233;ressant sur laquelle on pourrait s'interroger sur les voies et moyens d'en &#233;largir le p&#233;rim&#232;tre, &#231;a me para&#238;t un premier aspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me aspect, on a parl&#233; de la loi Pacte. On a parl&#233; de la loi Pacte et des salari&#233;s, des repr&#233;sentants des salari&#233;s dans les conseils d'administration. Ce n'est pas la loi Pacte qui a cr&#233;&#233; la repr&#233;sentation des salari&#233;s dans les conseils d'administration. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas, il y avait d&#233;j&#224; des textes ant&#233;rieurs. La loi Pacte n'a fait qu'approfondir le sujet en abaissant le seuil. Il y a eu un rapport d'&#233;valuation qui a &#233;t&#233; produit je crois quelques ann&#233;es apr&#232;s, je crois en 2022 et qui est plut&#244;t &#233;logieux en termes d'impact dans l'entreprise sur les effets justement de cette partie de la loi Pacte sur la repr&#233;sentation des salari&#233;s dans les CA. Donc &#231;a doit sans doute nous conduire &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les voies et moyens d'approfondir l&#224; aussi les syst&#232;mes issus de la loi Pacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, on parlait de la participation. Nous avons une sp&#233;cificit&#233; en France. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette participation financi&#232;re avec 10 milliards d'euros qui sont vers&#233;s chaque ann&#233;e &#224; 6 millions de salari&#233;s. C'est un tr&#233;sor national fran&#231;ais qu'il faut pr&#233;server et qu'il faut sans doute &#233;tendre. Et puis on est les champions d'Europe de l'actionnariat salari&#233;. L'actionnariat salari&#233; accrue de 25% dans notre pays contre 4% dans les autres pays d'Europe. Il faut aller plus loin, il faut continuer parce que c'est quelque chose qui va dans le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, on n'a pas parl&#233; tellement et je l'&#233;voquerai tout &#224; l'heure dans la troisi&#232;me partie des organisations syndicales parce que si on parle n&#233;gociations collectives, on parle n&#233;gociations syndicales. Et si on veut valoriser la d&#233;mocratie en entreprise je pense qu'il faut se poser la question des voies et moyens de valoriser les parcours syndicaux. Gilles Gateau avait rendu il y a quelques ann&#233;es &#224; Muriel P&#233;nicaud un rapport sur le sujet. Il faut continuer &#224; travailler l&#224;-dessus. Il faut mettre sur la table un d&#233;bat autour de la r&#233;servation &#233;ventuelle d'avantages, comme le font les pays nordiques, produits par la n&#233;gociation collective aux membres des OS. Pourquoi pas ? Je sais que certaines OS le proposent. &#199;a m&#233;rite d'&#234;tre regard&#233;, d'&#234;tre analys&#233;. C'est compliqu&#233; parce qu'il y a des sujets constitutionnels derri&#232;re. Mais je pense que &#231;a vaut le coup de le regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, vous avez &#233;voqu&#233; &#224; un moment donn&#233;, je crois, c'&#233;tait en tout cas une proposition des Assises du travail, la question de l'inclusion de l'&#233;coute des salari&#233;s dans les principes g&#233;n&#233;raux de pr&#233;vention. De m&#234;me que la formation des managers aussi sur ces questions. Et je pense que tout &#231;a m&#233;rite &#233;galement d'&#234;tre regard&#233;. Enfin, je conclurai l&#224;-dessus, il y a un sujet individu versus collectif. On parlait du t&#233;l&#233;travail et de ses bons c&#244;t&#233;s. Marine Tondelier l'&#233;voquait. Mais il y a aussi des c&#244;t&#233;s moins positifs par rapport &#224; l'&#233;loignement du collectif de travail. Je participais il y a quelques mois &#224; une table ronde organis&#233;e par une organisation professionnelle dans le tertiaire sur la pr&#233;vention de la s&#233;dentarit&#233; au travail, qui est un mal sp&#233;cifique li&#233; justement &#224; ces formes d'activit&#233;s utilisant les technologies de l'information et scotchant un peu derri&#232;re une chaise, derri&#232;re un &#233;cran, et qui pose des questions sur les voies et moyens d'appr&#233;hender aussi cette question collective versus individuelle pour recr&#233;er du collectif l&#224; o&#249; il y a de l'autonomie individuelle. Je m'arr&#234;te l&#224;, merci beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : La parole &#224; Olivier Faure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Faure : &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci beaucoup. Eh bien d'abord, l'entreprise n'est pas un lieu neutre. L'entreprise, en r&#233;alit&#233;, est un lieu tr&#232;s politique, qui d&#233;termine beaucoup de nos vies. Nos horaires, nos revenus, la fa&#231;on dont on engage notre sant&#233;, l'&#233;quilibre entre notre vie professionnelle et notre vie familiale. Et il arrive m&#234;me que certaines entreprises aient un impact tr&#232;s direct sur la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, soit parce qu'elles sont pr&#233;datrices de notre environnement, soit si je prends les entreprises du num&#233;rique aujourd'hui, parce qu'elles d&#233;terminent y compris le fonctionnement de notre d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral, ne serait-ce que parce que la logique algorithmique conduit &#224; ce qu'on priorise certaines informations par rapport &#224; d'autres, que l'on donne de la visibilit&#233; &#224; tel ou tel sujet. C'est devenu tellement pr&#233;gnant que chacun, aujourd'hui, commence &#224; en prendre conscience et c'est un des grands sujets qu'il nous faudra traiter dans les prochaines ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, si l'entreprise est politique, il n'est pas tout &#224; fait logique que ce soit l'un des lieux dans lesquels&#8230; Tout &#224; l'heure, Fran&#231;ois citait Jean Jaur&#232;s, le citoyen n'est pas roi, mais au moins, il a la voix au chapitre lors des &#233;lections &#224; rythme r&#233;gulier. Pour l'entreprise, c'est tr&#232;s diff&#233;rent, le dialogue y est tr&#232;s corset&#233;. On y reviendra dans la troisi&#232;me partie. Dans l'entreprise, il n'y a pas les m&#234;mes droits pour les uns et pour les autres. Et je reviens sur la notion d'investisseur que j'ai tout &#224; l'heure &#233;voqu&#233;e. Pourquoi il y aurait-il en entreprise une partie des investisseurs qui aurait tous les droits, quand d'autres investisseurs, les investisseurs en travail, n'en auraient quasiment aucun ? Et donc, l'&#233;vidence, c'est que la d&#233;mocratie ne peut pas s'arr&#234;ter aux fronti&#232;res de l'entreprise. On laisse penser que les salari&#233;s ne seraient pas dignes de prendre des d&#233;cisions qui les concernent. Comme si les choix qu'ils allaient faire, quand ils int&#232;grent les conseils d'administration, devaient forc&#233;ment conduire &#224; la faillite de l'entreprise. Pourquoi voudrait-on imaginer que des gens qui vivent exclusivement de leur travail seraient pr&#234;ts &#224; s'aborder cet outil de travail en participant aux d&#233;cisions de l'entreprise ? Quelle serait la logique profonde de tout cela ? Il n'y en a pas. Et donc, dans les propositions que nous faisons, il y a la reprise de ce que vous avez dans votre propre rapport et dans votre propre manifeste. Il faut qu'il y ait, au moins pour l'entreprise de plus de 1000 salari&#233;s, la parit&#233; entre les administrateurs salari&#233;s et ceux qui repr&#233;sentent les int&#233;r&#234;ts du capital. Parce que l'&#233;vidence, c'est que les choix ne seraient pas exactement les m&#234;mes. Tout le monde a l'int&#233;r&#234;t de l'entreprise, mais tout le monde n'a pas le m&#234;me int&#233;r&#234;t pour les salari&#233;s. Je pourrais reprendre les exemples nombreux d'entreprises, Danone, Michelin, Air France, General Electric, Google, je ne vais pas vous donner tous ces cas que j'ai pris avant de venir, o&#249; la seule question qui &#233;tait pos&#233;e c'est de savoir, pour les entreprises b&#233;n&#233;ficiaires et totalement profitables, si les choix qui &#233;taient faits permettaient de conserver l'emploi ou au contraire le d&#233;truire au b&#233;n&#233;fice justement de dividendes imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai entendu ce que disait Franck Morel sur, pardon de sauter un peu du coq &#224; l'&#226;ne, mais sur la question de la participation et de l'int&#233;ressement. OK, mais dans ces cas-l&#224;, il faut l&#224; aussi qu'il y ait une parit&#233; entre ce que l'on distribue en termes de dividendes. Pour un euro de dividendes, il faut qu'il y ait un euro distribu&#233; sous la forme de participation ou d'int&#233;ressement. &#199;a permettrait, l&#224; peut-&#234;tre, de commencer &#224; regarder ce qu'est le partage de la plus-value, parce que la plus-value, elle est rarement r&#233;alis&#233;e par les investisseurs en capital. Ils ont mis de l'argent et on les remercie. Mais enfin, la r&#233;alit&#233;, c'est qu'en rentrant dans une entreprise, quand vous la visitez, le capital, il est dans les murs, il est dans la machine, il est dans tout ce qui a permis le d&#233;marrage de la production. Mais ceux qui sont pr&#233;sents au quotidien, ce sont les investisseurs en travail, ce sont les salari&#233;s. Et donc, l&#224;, il y a une logique &#224; ce que &#224; chaque fois que la production permet de cr&#233;er de la valeur suppl&#233;mentaire, cette valeur soit partag&#233;e &#224; &#233;quit&#233; entre les salari&#233;s et ceux qui ont produit le capital de d&#233;part. Peut-&#234;tre qu'&#224; ces conditions-l&#224;, on pourrait r&#233;concilier en partie les Fran&#231;ais avec leur travail. Au moins, &#231;a donne aussi une forme de sens &#224; l'action. Et imaginez que ce soit le cas, les d&#233;cisions que les salari&#233;s prendront dans les conseils d'administration, o&#249; ils seront &#224; parit&#233; avec le capital, elles ne seront pas des d&#233;cisions d&#233;favorables &#224; l'entreprise. Ce sont des d&#233;cisions qui permettront au contraire de cr&#233;er de la valeur en commun et de la partager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup &#8230; c'est &#224; Hadrien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadrien Clouet : &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, l&#224;, on rentre un peu dans les m&#233;andres de ce qu'est le capitalisme, &#224; savoir un tour de passe-passe juridique. Il faut quand m&#234;me le rappeler. Le principe du capitalisme, d'un c&#244;t&#233;, vous avez une soci&#233;t&#233; o&#249; des gens s'associent pour mettre des moyens en commun. De l'autre c&#244;t&#233;, une entreprise qui n'a pas de v&#233;ritable reconnaissance et qui est mise au service de la soci&#233;t&#233;. Et comme &#231;a, vous avez invent&#233; la forme juridique de l'exploitation. Simplement, au lieu de dire exploitation, vous dites contrat de travail, forme contractuelle, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sujet pose une s&#233;rie de probl&#232;mes. Un probl&#232;me moral, &#231;a me semble &#233;vident. La r&#233;probation g&#233;n&#233;rale du vol s'arr&#234;te globalement sur l'&#233;tat du capitalisme, mais on pourrait se poser la question de le mettre en conformit&#233;. &#199;a pose aussi un probl&#232;me qui est mat&#233;riel, cette distinction soci&#233;t&#233;-entreprise. C'est la question d&#233;mocratique. Et on peut le prouver de mani&#232;re assez contrefactuelle. On voit bien que dans toutes les exp&#233;riences entrepreneuriales o&#249; on injecte de la d&#233;mocratie, il en sort des r&#233;sultats int&#233;ressants. Et lorsque cette d&#233;mocratie n'est pas inject&#233;e ou qu'elle est retir&#233;e, eh bien il en sort des r&#233;sultats assez catastrophiques. &#199;a pourrait nous amener, je pense, &#224; estimer que lorsque quelque chose se r&#233;alise de mani&#232;re tout &#224; fait syst&#233;matique, il faut en tirer des conclusions, &#224; savoir la sup&#233;riorit&#233; de l'intelligence collective du travail sur les instincts imm&#233;diats du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on prend des exp&#233;riences, je pense qu'on peut identifier quatre volets sur lesquels la d&#233;mocratie apporte une sup&#233;riorit&#233; nette et incontestable au monde du travail d&#232;s lors qu'il est pens&#233; de cette mani&#232;re-l&#224;. D'abord, &#233;videmment, la question de la s&#233;curit&#233;. On sait qu'une entreprise d&#233;mocratis&#233;e est une entreprise plus s&#251;re. Les exp&#233;riences, il y en a des milliers, mais il y en a une que j'aime bien dans les Hauts-de-Pyr&#233;n&#233;es, pas loin de la circonscription o&#249; je suis &#233;lu. Vous avez des stations de ski qui ont mis en place les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, on en reparlera juste apr&#232;s, les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales bimensuelles des travailleuses et des travailleurs pour faire le point sur les accidents qui existaient, obtenir une remont&#233;e du manager, obliger &#224; fournir une r&#233;ponse dans les quatre semaines et du coup, sinistralit&#233; divis&#233;e par deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la d&#233;mocratie, hein, &#231;a sauve des vies. C'est le principe de base. Deuxi&#232;mement, &#231;a sauve des vies imm&#233;diatement et &#231;a en sauve &#224; long terme. Parce que toutes les formes d'entreprises d&#233;mocratis&#233;es sont des entreprises qui engagent la bifurcation &#233;cologique imm&#233;diatement parce qu'elles sont associ&#233;es &#224; un territoire et qu'elles r&#233;sonnent dans un temps qui est un temps long. Et vous pouvez prendre plein d'exemples, que ce soit SCOP TI qui r&#233;introduit dans les Bouches-du-Rh&#244;ne diff&#233;rentes formes de biodiversit&#233;, par exemple, une des vieilles souches de verveine proven&#231;ale qui avait disparu, pour les amateurs. Vous pouvez regarder aussi ce qui se passe m&#234;me dans des raffineries pour prendre des grands complexes industriels, les raffineries de Grandpuits ou de la M&#232;de qui ont &#233;t&#233; reconverties, sont des entreprises qui ont pu &#234;tre r&#233;orient&#233;es parce que les salari&#233;s savaient exactement comment on pouvait utiliser l'ensemble d'infrastructures qui &#233;taient disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, c'est la question de l'innovation qui se pose. Prenez un exemple banal, la Twingo. On oublie, mais la Twingo n'est pas une invention du conseil d'administration de l'industrie automobile. C'est une invention de syndicalistes qui se sont dit &#171; attendez, on peut faire mieux, moins cher, plus efficace, plus utile &#187;. Pendant 15 ans, on leur a r&#233;pondu &#171; n'importe quoi, bande de gauchistes, de bolcheviques &#233;chevel&#233;s&#8230; &#187;. Ils ont fait un test, ils l'ont vendu, &#231;a marchait mieux. &#171; Formidable, hop, on prend le brevet et on met le tampon de la bo&#238;te &#187;. Donc, l'innovation, elle est li&#233;e &#224; la question d&#233;mocratique. Et les exemples, ils sont multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est une question, il faut dire le mot assez clairement, c'est une question antifasciste que celle de la d&#233;mocratie au travail. Ce n'est pas un hasard si en 1945, &#224; la Lib&#233;ration, se constituent des collectifs de lib&#233;ration de la production. Par exemple, &#224; Toulouse, une entreprise comme Lat&#233;co&#232;re dans l'a&#233;ronautique est imm&#233;diatement pass&#233;e sous contr&#244;le de comit&#233;s de lib&#233;ration de la production qui visent &#224; emp&#234;cher que le grand capital mette au service du militarisme, au service de la guerre, au service du fascisme l'appareil productif. Et &#231;a, qu'est-ce qu'il y a d'autre comme obstacle que le monde du travail organis&#233; ? Il n'y en a pas d'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a des grandes orientations qu'il faut prendre comme &#231;a. Apr&#232;s, on peut aller &#233;videmment sur les mani&#232;res de les d&#233;cliner politiquement. Je pense que &#231;a passe notamment par un droit de veto imm&#233;diat donn&#233; au CSE sur un ensemble de d&#233;cisions de l'entreprise. Parce que le jour o&#249; le gouvernement de gauche arrive au pouvoir, &#233;videmment qu'il y aura une gr&#232;ve du capital face &#224; lui et qu'il faut tout de suite pr&#233;empter et &#234;tre capable de lever cet obstacle-l&#224; qui existerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il faut bien s&#251;r renforcer la pr&#233;sence des salari&#233;s dans les conseils d'administration. Mais attention, il ne faudrait pas non plus laisser entendre que la simple pr&#233;sence vaut pouvoir. On les conna&#238;t, les syndicalistes de Volkswagen qui nous disent qu'on arrive dans la salle, &#231;a sent la clope parce qu'il y a eu une r&#233;union avant. Il y a eu une r&#233;union avant o&#249; tout a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;, puis apr&#232;s ils arrivent, ils si&#232;gent, en fait, et puis voil&#224;, la r&#233;union est finie, tout le monde est content. &#201;videmment, personne n'est content. Donc, il faut &#233;videmment se poser la question du pouvoir et de la pr&#233;rogative effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a am&#232;nera &#224; la question des IRP qu'on aura apr&#232;s. &#201;videmment, r&#233;tablir les CHSCT et surtout &#233;largir le pouvoir de d&#233;cision imm&#233;diate de ce monde syndical et salarial. Et puis, la question de la propri&#233;t&#233;. La propri&#233;t&#233;, c'est le droit de pr&#233;emption. Bien s&#251;r que lorsqu'un employeur, lorsqu'un capital s'en va, c'est aux salari&#233;s de reprendre. Pour un souci d'efficacit&#233;, de connaissance de l'appareil productif et de capacit&#233; &#224; l'adapter aux besoins sociaux imm&#233;diats du pays et aux besoins &#224; moyen et &#224; long terme. Donc, on a besoin d'avoir ces orientations politiques. Et moi, je suis, je le dis, tr&#232;s sceptique sur l'actionnariat salari&#233; qui a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; &#224; l'instant. D'abord, parce que c'est la S&#233;cu qui paye. Il n'y a pas de cotisation dessus. Donc, vous faites payer la S&#233;curit&#233; sociale sur votre salaire. Donc, c'est vos retraites futures qui payent votre salaire d'aujourd'hui. Deuxi&#232;mement, parce que c'est un salaire qui est r&#233;versible. Si votre salaire, c'est participation et int&#233;ressement, d'une ann&#233;e sur l'autre, il monte et il descend. Moi, je ne crois pas aux vertus du salaire r&#233;versible. Je crois aux vertus du salaire qui progresse au long de la vie. C'est la qualification contre la comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup &#8230; c'est &#224; Cl&#233;mentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mentine Autain : &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci. Oui, sans doute dans la lign&#233;e de ce que vient de dire Hadrien. D'abord, peut-&#234;tre, je vais &#234;tre la premi&#232;re, je suis la derni&#232;re dans l'ordre du premier tour, mais peut-&#234;tre la premi&#232;re &#224; mettre un peu les pieds dans le plat. Moi, pour moi, d&#233;mocratie et lien de subordination, &#231;a ne va pas de soi. Le rapport dans l'entreprise, c'est un lien de subordination. Est-ce qu'on peut, dans ce rapport de subordination, imaginer de la d&#233;mocratie ? Je dis &#231;a ne va pas de soi. &#199;a ne veut pas dire que ce n'est pas l'ambition finale d'arriver &#224; imaginer que l'entreprise n'&#233;chappe pas &#224; un espace d&#233;mocratique, mais je veux juste qu'on se rende compte du gap et de ce &#224; quoi on fait face parce qu'il y a ce contrat o&#249; on n'est pas &#224; &#233;galit&#233;. Il y a un employeur, il y a un employ&#233; et on est bien dans un rapport de subordination. Moi, je ne veux pas pol&#233;miquer l&#224;-dessus, mais je veux quand m&#234;me soulever cette difficult&#233;-l&#224;. Je pense qu'on sera tous d'accord ici pour dire que l'enjeu, c'est en tout cas de donner du pouvoir d'agir aux travailleurs et aux travailleuses dans l'entreprise et de favoriser le fait qu'en effet, ils soient plus acteurs des choix de l'entreprise et de leur propre quotidien dans l'entreprise. &#199;a, je partage, mais je mets tout de suite le doigt l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, vous me direz, c'est partout des rapports de domination et d'exploitation. Il n'y a pas que dans l'entreprise qu'il y a des rapports de domination et d'exploitation. Et quand on s'attaque &#224; &#231;a, il faut prendre l'ensemble des dimensions de pouvoir qui sont dans l'entreprise. C'est le rapport de subordination qui est li&#233; au contrat de travail, mais c'est toute une s&#233;rie de rapports de domination. Et on le voit d'ailleurs dans les mouvements coop&#233;ratifs o&#249; il ne suffit pas de dire une voix &#224; un salari&#233;. Moi, je l'ai v&#233;cu, j'ai &#233;t&#233; g&#233;rante d'une SCOP, je peux vous assurer que c'est beaucoup plus compliqu&#233; que &#231;a, l'affaire. Parce que le pouvoir, c'est multifacette et il ne suffit pas d'en avoir le droit. Mais en tout cas, bon, cet objectif de faire avancer le pouvoir d'agir sur son travail, c'est tr&#232;s important parce que c'est important, et l&#224; je partage ce qu'il y a dans le Manifeste, pour la sant&#233;, pour l'environnement et pour la d&#233;mocratie plus globalement dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#233;noncer quelques mesures concr&#232;tes qui permettent de faire avancer ce pouvoir d'agir. Le premier point pour moi, c'est qu'il n'y a pas de d&#233;mocratie sans le pouvoir d'agir, sans reconstruire le code du travail. Monsieur Morel nous a dit, comment il a dit ? Mutation des statuts du travail. Non, mais l'expression est quand m&#234;me merveilleuse. Mutation des statuts du travail ! Non, il y a une destruction du code du travail, &#224; laquelle ont particip&#233; tous les gouvernements depuis un paquet d'ann&#233;es. Et moi, je suis hors de moi de cette destruction parce que je pense qu'il n'y a pas de d&#233;mocratie s'il n'y a pas de s&#233;curit&#233; li&#233;e au code du travail. Parce que le code du travail, c'est ce qui permet la libert&#233;, ce qui contraint en tout cas la libert&#233; du dirigeant &#224; d&#233;cider de tout, des poss&#233;dants de l'entreprise, il faut qu'il y ait des limites. Et ces limites, elles sont dans le code du travail. Sans r&#232;gles, le pouvoir de l'employeur, eh bien, il devient trop important et il ne permet pas aux salari&#233;s d'&#234;tre acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de d&#233;mocratie sans augmenter les revenus du travail. Il n'y a pas de d&#233;mocratie sans r&#233;viser la hi&#233;rarchie des salaires celle dont je parlais tout &#224; l'heure. Donc, il faut faire des lois Auroux. On dit des fois 2.0, je ne sais pas si elles sont 2.0 mais en tout cas, il faut les lois Auroux de demain. Il faut limiter la sous-traitance et les formes de contrats pr&#233;caires, notamment en supprimant les aides publiques aux entreprises qui en abusent. On peut faire des normes l&#224;-dessus, on peut agir. Deuxi&#232;mement, il faut r&#233;introduire et renforcer le pouvoir des CHSCT qui ont &#233;t&#233; quand m&#234;me supprim&#233;s en 2017, et donner plus de poids aux CSE et notamment, et &#231;a peut faire un point de d&#233;bat, &#224; mon avis, un droit de veto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut renforcer le pouvoir syndical. On est quand m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; aujourd'hui o&#249; quand on a la secr&#233;taire nationale de la CGT qui dit tout simplement &#171; les rats quittent le navire &#187;, elle se retrouve au tribunal. Voil&#224;, je ne vous parle m&#234;me pas de ceux qui perdent un &#339;il de l'ambiance de criminalisation de l'action syndicale. Mais d&#233;j&#224;, parlons aussi de &#231;a, je veux dire de ce pouvoir syndical. Je suis d'accord avec le temps d&#233;di&#233;, une demi-journ&#233;e par mois probablement, trois heures, une demi-journ&#233;e, on peut discuter de r&#233;unions entre travailleurs sans pr&#233;sence de la hi&#233;rarchie pour discuter des conditions de travail, de l'organisation du travail. Oui, je pense que c'est une condition pour que les salari&#233;s se r&#233;approprient ce pouvoir-l&#224; et dans un dialogue bien encadr&#233; par la loi, o&#249; les allers-retours sont encadr&#233;s par la loi. &#199;a, je pense que c'est tr&#232;s important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dernier point, apr&#232;s j'y reviendrai dans la deuxi&#232;me salve sur des alternatives, &#231;a me para&#238;t &#234;tre la base, les mod&#232;les coop&#233;ratifs non lucratifs doivent &#234;tre absolument soutenus. Il faut favoriser l&#233;galement la reprise par les salari&#233;s de l'entreprise en cas de reprise ou de fermeture. Il y a une loi qui est tr&#232;s bien, qui est la proposition de mon coll&#232;gue Mathias Tavel, je la recommande, sur le droit de pr&#233;emption des salari&#233;s, l'obligation d'information en cas de reprise, contre la brutalit&#233; actuelle, la cr&#233;ation aussi d'un fonds d&#233;di&#233;, parce que pour la cr&#233;ation de SCOPs, souvent, il y a des difficult&#233;s au d&#233;marrage. Donc il faut aussi que la puissance publique favorise ces formes alternatives qui ont le vent en poupe. On a vu beaucoup de choses tr&#232;s n&#233;gatives, mais moi ce qui me fascine aussi c'est d'abord, premi&#232;rement, les gens restent quand m&#234;me ultra motiv&#233;s au travail, alors qu'ils s'en prennent plein la gueule, pardon, je le dis comme &#231;a, mais c'est moi c'est &#231;a qui me fascine, notamment les profs, l&#224; ils sont maltrait&#233;s, sous-pay&#233;s, ou les soignants, ils font leur boulot, mais aussi, deuxi&#232;mement, on voit que les formes coop&#233;ratives ont un regain d'int&#233;r&#234;t depuis les ann&#233;es 2000. &#199;a raconte aussi quelque chose de l'aspiration et de l'&#233;nergie qui existe dans cette soci&#233;t&#233; pour transformer ce rapport au travail et donner plus de pouvoir aux salari&#233;s, avancer dans la d&#233;mocratisation de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 3&lt;br class='autobr' /&gt;
Bruno Palier : Merci beaucoup. Maintenant un dernier tour autour de la question qu'avait pr&#233;par&#233;e Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot : Je vais la reformuler l&#233;g&#232;rement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Tondelier : Ah non, on a pr&#233;par&#233; la question re&#231;ue ! (rires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas sur le fond, c'est juste pour lui donner un petit peu plus d'actualit&#233;. Cl&#233;mentine, tu as parl&#233; de lois Auroux 2.0. En ce moment, on a une conf&#233;rence sociale qui parle beaucoup de dialogue professionnel. Alors le MEDEF a d&#233;cid&#233; de ne pas y participer parce que &#231;a parle d'organisation du travail, il consid&#232;re que c'est hors du champ du dialogue social, donc il ne veut m&#234;me pas participer &#224; cette conf&#233;rence. Mais dans cette conf&#233;rence sociale, il est question de dialogue professionnel. Donc la question que je pose, c'est oui, le dialogue professionnel, mais comment l'instituer de fa&#231;on &#224; surmonter les r&#233;sistances du patronat qui ne veut pas accepter l'id&#233;e qu'on puisse, au niveau des collectifs de travail, discuter de l'organisation du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci pour ce contexte g&#233;n&#233;ral de la question. Dernier tour de table et on commence par Olivier Faure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Faure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous me permettez, je voudrais revenir sur la question pr&#233;c&#233;dente. Quand on est &#233;lu ou quand on est candidat &#224; une &#233;lection, la premi&#232;re chose que les gens nous demandent, c'est pourquoi je dois voter pour vous ? Qu'est-ce que &#231;a va changer dans ma vie ? Tr&#232;s directement ? Et si je fais le lien avec la d&#233;mocratie dans l'entreprise, c'est parce que l'exp&#233;rience d&#233;mocratique, si elle n'existe pas dans le lieu o&#249; votre quotidien peut &#234;tre chang&#233; imm&#233;diatement, la r&#233;alit&#233;, c'est que vous avez peu de raisons de penser que ceux qui viennent du pouvoir et qui sont beaucoup plus distants, puisqu'ils ne sont pas dans votre quotidien imm&#233;diat, il y a peu de chances qu'ils imaginent que puisqu'ils n'ont pas le droit &#224; la parole dans l'entreprise, ils aient la possibilit&#233; de changer quoi que ce soit sur leur d&#233;partement, sur leur ville ou sur leur pays. Et donc, il y a un lien &#233;troit entre l'exp&#233;rience d&#233;mocratique v&#233;cue en entreprise et l'exp&#233;rience d&#233;mocratique tout court. Et l'erreur serait de penser qu'on pourra longtemps continuer &#224; faire l'impasse sur la d&#233;mocratie dans l'entreprise sans remettre en question la question de la d&#233;mocratie tout court. Et &#231;a a &#233;t&#233; dit, vous l'avez dit, la r&#233;alit&#233;, c'est que moins on a le sentiment d'&#234;tre entendu et plus on s'abstient et plus on vote &#224; l'extr&#234;me droite. Et donc, il y a l&#224; quelques mati&#232;res &#224; r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens sur la derni&#232;re question. D'abord, je reviens sur ce que vient de dire Cl&#233;mentine &#224; l'instant sur les lois Auroux 2.0. Il y a une intuition de d&#233;part chez Jean Auroux qui est une bonne intuition sur le droit d'expression des salari&#233;s. Mais la r&#233;alit&#233;, c'est que ce droit a &#233;t&#233; &#224; la fois quasi inutilis&#233;, qu'il a produit des accords de faible qualit&#233; et qu'il a &#233;t&#233; sabot&#233; par une triple domination manag&#233;riale. En amont, parce que l'agenda est fix&#233; par les managers, par la direction. En situation, parce que la direction est pr&#233;sente et donc elle inhibe une partie de ce qui pourrait se raconter. En aval, parce que les remont&#233;es sont souvent sans suite et donc ne donnent pas lieu &#224; une quelconque am&#233;lioration. C'est Jean Auroux lui-m&#234;me qui reconnaissait que si c'&#233;tait &#224; refaire, il aurait impos&#233; des r&#233;unions d'expression avant les n&#233;gociations annuelles obligatoires. Parce que, &#233;videmment, le lien aurait &#233;t&#233; plus direct entre ce que les gens se racontent dans ces r&#233;unions d'expression des salari&#233;s et les n&#233;gociations qui suivent. Il y a l&#224; une mati&#232;re &#233;videmment &#224; retravailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pr&#233;conisez dans le Manifeste plusieurs sujets sur lesquels je suis parfaitement d'accord et que je reprends &#224; mon compte : sur les CHSCT qu'il faut r&#233;tablir ; sur l'&#233;lection des repr&#233;sentants du travail r&#233;el. Et l&#224;, tout &#224; l'heure je le disais en apart&#233; avec plusieurs d'entre vous, vous avez mis des mots sur quelque chose dont nous avions l'intuition sans savoir l'exprimer. Le travail prescrit c'est celui qu'on vous ordonne. Le travail r&#233;el c'est celui que vous r&#233;alisez et dont vous avez besoin, y compris pour donner du sens &#224; votre activit&#233; et pour avoir le sentiment d'un travail bien fait. Et donc, il faut questionner ce travail r&#233;el et pas en rester &#224; la surface des choses. Et je trouve que les enqu&#234;tes actions qui ont &#233;t&#233; men&#233;es par certains syndicats, et qui ont permis d'aller chercher en profondeur ce qu'&#233;tait, en fait, l'attente des salari&#233;s, ont permis de d&#233;sinstitutionnaliser aussi le travail de ceux qui repr&#233;sentent les salari&#233;s dans les diff&#233;rentes instances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#233;videmment partisan des lois Auroux et de tout ce qui s'est fait dans les ann&#233;es 80-82. Mais la r&#233;alit&#233; aussi, c'est que &#231;a a aussi beaucoup particip&#233; &#224; l'institutionnalisation des repr&#233;sentants syndicaux qui se sont comport&#233;s comme des &#233;lus assez classiques. Et donc, la seule fa&#231;on de revenir au contact c'est effectivement d'aller interroger le travail salari&#233;, d'arriver &#224; extraire ce qui en fait en fait &#224; la fois le bonheur et la souffrance. C'est &#224; ces conditions que nous pourrons peut-&#234;tre retrouver une forme d'&#233;coute, permettre au monde syndical de retrouver l'attention qu'il n'a plus compl&#232;tement, et puis d'avoir des remont&#233;es qui permettent aussi au monde politique de chercher &#224; le traduire ensuite par la loi. Je pense que je n'ai plus de temps de parole, donc je m'arr&#234;te l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadrien Clouet (Q3) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on veut d&#233;mocratiser, il faut identifier le probl&#232;me et il me semble qu'il y a trois gouffres &#224; combler aujourd'hui dans le monde du travail. Le premier, c'est le plus &#233;vident, c'est celui qui est au c&#339;ur notamment de l'ouvrage, comment on comble le gouffre entre travail r&#233;el et travail prescrit. Non pas &#233;videmment en adaptant le travail r&#233;el au travail prescrit, mais bel et bien en modulant le travail prescrit pour le rapprocher du travail r&#233;el. C'est bien le sens de la revendication telle qu'elle est pos&#233;e, du bas vers le haut. Les salari&#233;s ont le droit d'exiger des modifications de leur environnement de travail, de son organisation, de son agenda et de son objectif. Comment on le concr&#233;tise ? La question de l'IRP, elle est sur la table. Attribution du CHSCT, il faut r&#233;fl&#233;chir encore &#224; l'articulation exacte entre les deux, mais bien s&#251;r qu'il faut reconna&#238;tre ce droit en tant que tel. Pour que ce droit s'exprime dans l'entreprise, il faut &#233;videmment qu'il ne soit pas contrari&#233; par ce qu'il y a autour de l'entreprise. Je pense ici notamment au r&#233;tablissement de la hi&#233;rarchie des normes, qui est absolument n&#233;cessaire parce que c'est la condition pour que les salari&#233;s ne se fassent pas concurrence entre eux &#224; chaque fois qu'ils conqui&#232;rent un droit. Donc hi&#233;rarchie des normes supprim&#233;e par Fran&#231;ois Hollande &#224; son &#233;poque. Et deuxi&#232;mement, il faut bien s&#251;r indexer les salaires sur l'inflation pour rendre toute conqu&#234;te irr&#233;versible dans le temps long pour le salariat. Et &#233;viter que selon le rapport de force, d'une ann&#233;e &#224; l'autre on perde 15 euros, on en gagne 20, on en perd 40, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me gouffre auquel il faut s'attacher, c'est celui entre le travail pens&#233; localement et le travail global. C'est-&#224;-dire, l'organisation des collectifs de travail ne peut pas uniquement &#234;tre structur&#233;e dans l'entreprise. Elle doit &#234;tre &#233;galement pens&#233;e &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles. Elle doit &#234;tre coordonn&#233;e &#224; l'&#233;chelle par exemple des zones d'activit&#233;s industrielles, &#224; l'&#233;chelle par exemple des centres commerciaux. Ces diff&#233;rentes entit&#233;s doivent avoir en leur sein des institutions qui interviennent dans tout l'&#233;tablissement du site pour ce qui int&#233;resse l'ensemble des salari&#233;s, notamment ceux qui ne sont pas couverts par les organisations syndicales. Restauration collective, transport collectif, &#339;uvres culturelles et sociales, etc. Donc il faut penser des espaces d&#233;mocratiques qui ne soient pas uniquement des espaces contraints par les murs de l'entreprise elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, il faut qu'on r&#233;sorbe aussi le gouffre entre travail effectu&#233; et travail pay&#233;, qui est peut-&#234;tre un des enjeux les plus durs &#224; l'heure actuelle. La diff&#233;rence entre travail effectu&#233; et travail pay&#233;, c'est le travail gratuit. C'est le travail gratuit. Et aujourd'hui, le travail gratuit constitue des millions d'heures. Bien s&#251;r, la forme &#233;merg&#233;e de l'iceberg, c'est les heures sup qui ne sont pas d&#233;clar&#233;es, c'est-&#224;-dire on reste un peu plus longtemps au travail ou on continue chez soi sur ordinateur. C'est la forme peut-&#234;tre la plus douce de cette forme de surexploitation. Mais les autres formes de travail gratuit, bien s&#251;r, sont le travail reproductif. On rappellera que 50% du temps de travail en France est du travail reproductif. T&#226;ches domestiques, s'occuper des enfants, r&#233;paration, etc. Le travail b&#233;n&#233;vole, l'activit&#233; parcellaire sur Internet, lorsque vous oubliez vos mots de passe sur Google et que vous remplissez des captchas pour aider Google &#224; choper des donn&#233;es qui sont ensuite marchandis&#233;es. Pour celles et ceux qui plus jeunes ont pu jouer &#224; Pok&#233;mon Go et se sont rendu compte qu'ils entra&#238;naient une intelligence artificielle qui est valoris&#233;e maintenant &#224; plusieurs milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Tondelier : Mais je n'&#233;tais pas au courant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadrien Clouet : Tu as jou&#233; &#224; Pok&#233;mon Go et tu as perdu un milliard d'euros ! Il y a un sujet sur ces formes de travail qui ne sont pas reconnues, qui ne sont pas pay&#233;es. Et puis bien s&#251;r, peut-&#234;tre le plus choquant l&#224;-dedans, ce sont les personnes, notamment allocataires du RSA, qui sont mises au travail forc&#233;. Pardon, on ne dit pas travail forc&#233;, on dit &#171; remise en activit&#233; de projet professionnel &#187;, blablabla. Nous expliquant qu'en fait, du travail, il y en a, du salaire, il n'y en a pas. Il y a des trucs &#224; faire, il y a des gens pour le faire, mais on ne les paye pas. Donc, on a un probl&#232;me aujourd'hui en France sur le travail gratuit parce que tout &#231;a d&#233;truit les collectifs et donc l'unit&#233; du salariat qui pourrait agir et s'organiser collectivement. Et ce qui tombe bien en revanche, c'est qu'on a un outil r&#233;volutionnaire de solidarit&#233; int&#233;grale dans le salariat. C'est la cotisation sociale. Cette cotisation sociale, c'est la base de l'institution peut-&#234;tre la plus r&#233;volutionnaire aujourd'hui dans le monde du travail, la s&#233;curit&#233; sociale. Celle qui applique le bon vieux principe de chacun de ses moyens &#224; chacun selon ses besoins. On parle de 500 milliards d'euros par ann&#233;e. Il ne faut pas l'oublier, 500 milliards d'euros sont collectivis&#233;s par la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a un &#238;lot collectiviste. C'est ce que je trouve tr&#232;s bien. Je regarde mon coll&#232;gue de droite, mais il y a un &#238;lot collectiviste. Et cet &#238;lot collectiviste, d'ailleurs, est mieux g&#233;r&#233; au vu de ses r&#233;sultats comptables que les technocrates de Bercy. Comme quoi il vaut mieux un bon syndicaliste qu'un mauvais macroniste, et m&#234;me il vaut mieux un mauvais syndicaliste qu'un bon macroniste en r&#233;alit&#233;. Bon, donc la cotisation, c'est l'outil du changement social pour reconna&#238;tre le travail. L'allocation familiale, c'est ce qui vient r&#233;tribuer le travail parental. La pension de retraite, c'est ce qui vient autoriser la personne &#224; s'investir dans l'associatif, dans un caf&#233; local, etc. Bref, &#224; travailler librement en dehors de la tutelle du capital et de l'obligation de lucrativit&#233;. Donc, c'est la cl&#233; de la libert&#233;. Et moi, je pense qu'en 2027, l'objectif doit &#234;tre de reconqu&#233;rir une s&#233;cu souveraine pour vivre toutes et tous libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup. Je passe la parole &#224; Cl&#233;mentine Autain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mentine Autain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien s&#251;r, on augmente les cotisations. moi, je suis tr&#232;s pour. Si on pouvait faire la s&#233;curit&#233; sociale de l'alimentation avec, &#231;a fait partie aussi de la d&#233;mocratisation potentielle de ces cotisations pour un gain. Je fais cette parenth&#232;se parce que ce n'est pas directement le sujet, mais moi je pense que c'est une mani&#232;re de penser aussi le travail : comment on extrait sa valeur ? et qu'est-ce qu'on fait de sa valeur ? et comment on la partage pour faire une soci&#233;t&#233; plus juste et donc plus d&#233;mocratique ? Et pour moi, la SSA fait partie de ces grands projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, je voulais revenir sur deux questions. La premi&#232;re, c'est celle du travail reproductif, puisque tu l'as &#233;voqu&#233; &#224; l'instant, mais c'est quand m&#234;me tr&#232;s important parce qu'on a parl&#233; du travail dans l'entreprise. Mais moi, je ne crois pas qu'on puisse d&#233;mocratiser le travail si on ne s'attaque pas aux t&#226;ches domestiques et parentales comme &#233;tant des espaces pens&#233;s en termes de partage. Puisqu'aujourd'hui, l'in&#233;galit&#233; est de mise et qu'on a une double, voire une triple journ&#233;e de travail qui p&#232;se avant tout sur les femmes, y compris en termes de charge mentale. Et donc, pour moi, la r&#233;duction du temps de travail fait partie des &#233;l&#233;ments qui permettent une meilleure prise en charge de ce travail reproductif. &#199;a ne suffit pas, mais c'est un &#233;l&#233;ment tr&#232;s important et je constate que la gauche a un peu abandonn&#233; ce combat pour la r&#233;duction du temps de travail. Je crois que ce serait important de reposer aussi entre nous ces questions-l&#224; et d'avancer vers... D'ailleurs, j'aimerais qu'on ouvre le d&#233;bat. Est-ce que c'est 4 jours ? Est-ce que c'est les 32 heures ? Mais qu'on parle de &#231;a ! Comment on avance vers &#231;a ? D'autant que, quand m&#234;me, la derni&#232;re fois o&#249; on a s&#233;rieusement fait baisser le ch&#244;mage, c'est quand on a fait les 35 heures. Alors, sans doute, on les a mal faites et moi, je me souviens que j'avais &#233;t&#233; dans la rue &#224; l'&#233;poque parce qu'il y avait plein de trucs qui ne me plaisaient pas en termes de flexibilit&#233; et d'in&#233;galit&#233;. N&#233;anmoins, la r&#233;duction du temps de travail, pour moi, reste quelque chose de tr&#232;s important et que nous devons porter &#224; gauche et qui permet de commencer &#224; penser le travail reproductif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les femmes sont rentr&#233;es sur le march&#233; du travail dans les ann&#233;es 60, elles y sont rentr&#233;es &#224; temps plein. Aujourd'hui, elles sont touch&#233;es par le travail &#224; temps partiel qui n'est pas choisi ou qui est choisi, mais qui est en fait un choix contraint. Et ce recul, il faut bien le mesurer. C'est qu'en fait, il n'y a pas un &#233;narque, il n'y a pas un dirigeant politique qui s'est dit mais les femmes rentrent &#224; plein temps sur le march&#233; du travail, qui va faire les 39 heures de travail que compte, l'INSEE &#8211; qui dit que, quand on a deux enfants, quand on est dans une famille, le temps parental et domestique, c'est 39 heures par semaine. Qui va le faire ? Evidemment, les mecs l'ont tr&#232;s peu fait, les femmes continuent &#224; le faire et puis elles sont devenues &#224; plat ventre et elles ont dit, ok, je recule, je fais du temps partiel. Donc, cette question-l&#224;, ce n'est pas une petite question sur la d&#233;mocratie dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que l'&#233;galit&#233; de salaire entre les hommes et les femmes, c'est une question qui a &#224; voir avec la d&#233;mocratie dans l'entreprise. De la m&#234;me mani&#232;re que la r&#233;gularisation des travailleurs sans papiers, c'est fondamental pour la d&#233;mocratie dans l'entreprise. C'est par l'augmentation des droits qu'on va r&#233;ussir &#224; faire vivre davantage cette affaire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me chose dont je voulais parler, c'est ce management. Et je terminerai l&#224;-dessus. Parce que je pense qu'il est fondamental et qu'on a une m&#233;thode possible. Je n'aime pas le dire en anglais, on peut le dire en fran&#231;ais, pouvoir agir, mais empowerment, l&#224;, je pense qu'on a une cl&#233; de pouvoir public. Il faut que &#231;a s'arr&#234;te, le new public management dans les services publics. Et &#231;a, c'est une d&#233;cision politique. On arr&#234;te avec la tarification &#224; l'acte, o&#249; on demande aux infirmi&#232;res, non seulement de faire ce qu'elles faisaient avant, c'est-&#224;-dire prendre la temp&#233;rature, la tension, etc, mais ensuite de prendre du temps pour, &#224; chaque chambre, indiquer qu'elles ont pris la temp&#233;rature. C'est d&#233;lirant. Voil&#224;, c'est d&#233;lirant. Des psys qui, &#224; chaque s&#233;ance, doivent rentrer ce qu'ils ont fait, comme si &#231;a avait du sens, &#224; chaque s&#233;ance, de raconter ce qu'ils ont fait dans un tableau Excel. Et c'est comme &#231;a, partout, partout, des N + 1 dans tous les sens, une gestion extr&#234;mement verticale et les gens qui p&#232;tent les plombs. C'est ce qui se passe dans le public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le public avait une autre culture, celle de la coop&#233;ration, celle du travail d'&#233;quipe. Parlez-en aux hospitaliers en particulier, il n'y a plus de travail d'&#233;quipe dans l'h&#244;pital parce que la logique d&#233;prime, parce que tout est, enfin, je ne vais pas tout d&#233;tailler, parce qu'on va tr&#232;s vite, mais en fait, voil&#224;, il reste une minute, mais en fait, il y a toute une logique de management qui atomise, qui individualise et qui, en fait, fait perdre des savoir-faire et rend les gens moins proches. &#199;a d&#233;shumanise et le travail est moins bien fait. Et comme il est moins bien fait, les gens sont plus malheureux au travail. C'est un cercle vraiment absolument vicieux. Eh bien, moi, je propose que le public se r&#233;approprie des m&#233;thodes de travail qui sont en meilleure coh&#233;rence plut&#244;t que d'avoir copi&#233; les m&#233;thodes du priv&#233; et qu'ainsi, on essaie de valoriser cette autre m&#233;thode et de contaminer les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dernier point sur l'IA, je crois que j'ai termin&#233;, parce que, en fait, quand on touche &#224; l'IA, on touche aussi aux enjeux &#233;colos. L&#224;, c'est pareil, &#224; quel moment il y a une ma&#238;trise ? Je veux dire, les data centers, ils poussent, on va, en tant que citoyen, &#234;tre l&#224;, mais est-ce qu'on se rend compte &#224; quel point on est en train non seulement de d&#233;truire la plan&#232;te, de ne pas du tout ma&#238;triser l&#224; o&#249; on veut l'utiliser, l&#224; o&#249; on ne veut pas l'utiliser, et contrairement &#224; ce qu'on croit, non seulement ce n'est ni intelligent, ni artificiel, mais c'est qu'il y a plein d'emplois, et des emplois qui sont au rabais. Au lieu d'avoir des qualifications plus hautes pour les travailleurs, on est dans un syst&#232;me aujourd'hui qui cr&#233;e du travail moins qualifi&#233;. Enfin, je veux dire, on marche vraiment sur la t&#234;te. Et donc que les travailleurs, les consommateurs, les citoyens, ne soient pas mis dans des cases les uns les autres, mais raccommod&#233;s entre eux pour &#234;tre pleinement, justement, d&#233;cideurs &#224; l'&#233;chelle de leur propre travail dans l'entreprise, mais aussi &#224; l'&#233;chelle plus globale. Bref, d'une phrase, je crois que ce qu'on doit faire, c'est &#234;tre pour un travail qui prend soin de la vie plut&#244;t que de l'&#233;puiser. Merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Marine Tondelier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Tondelier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre commencer par se rappeler que depuis la fin du 19&#232;me si&#232;cle, le progr&#232;s social, il a souvent &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; des termes quantitatifs qui &#233;taient li&#233;s &#224; deux choses. Premi&#232;rement, la r&#233;mun&#233;ration, donc l'augmentation des salaires, et deuxi&#232;mement, le temps de travail, la r&#233;duction du temps de travail. Y compris, la gauche a beaucoup fait &#231;a. Mais dans le mod&#232;le du salariat, la finalit&#233; du travail restait du seul ressort, en fait, de l'employeur, et ne devait pas &#234;tre interrog&#233;e. C'est &#233;galement le cas des mani&#232;res de produire et de travailler avec des m&#233;thodes de plus en plus sophistiqu&#233;es pour d&#233;velopper la productivit&#233;. Et moi, je vais vous parler de ces deux aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, sur la finalit&#233; du travail, du coup. Prenons l'exemple de l'urgence &#233;cologique qui met en lumi&#232;re l'impasse de ce mod&#232;le qui est aveugle &#224; l'empreinte du travail sur notre environnement, et les salari&#233;s doivent avoir leur mot &#224; dire sur la finalit&#233; du travail. Ils se mobilisent d'ailleurs de plus en plus sur le sujet. On l'a vu par exemple chez EDF, o&#249; il y a eu une mobilisation de salari&#233;s qui a permis de bloquer un projet de centrales hydro&#233;lectriques dans le d&#233;sert saoudien. Je l'avais vu aussi &#224; Lisieux, chez Sanofi, l'entreprise qui produisait le Doliprane, o&#249; les salari&#233;s avaient dit &#224; quel point c'&#233;tait eux, en fait, qui portaient les sujets de sant&#233; au travail, mais en fait, de sant&#233; environnementale dans les diff&#233;rentes instances o&#249; ils &#233;taient convi&#233;s. Et donc, dans le prolongement de la loi Climat et R&#233;silience de 2021, qui a donn&#233; les premi&#232;res pr&#233;rogatives &#233;cologiques au CSE, je pense qu'il faut donner v&#233;ritablement les moyens aux repr&#233;sentants des salari&#233;s de s'emparer des questions &#233;cologiques dans l'entreprise et de pouvoir bloquer &#233;ventuellement par exemple un projet climaticide avec un droit de veto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, deuxi&#232;mement, sur les modalit&#233;s d'organisation du travail, il y a beaucoup d'exemples terribles en ce moment, y compris dans le service public, qui est cens&#233; normalement porter d'autres valeurs, mais l'exemple du service public de l'emploi, par exemple, il est tr&#232;s &#233;vocateur, o&#249; les agents sont minut&#233;s et les... en fait, les rendez-vous ne doivent pas d&#233;passer un d&#233;lai qui est fix&#233; par le logiciel, sinon ils sont sanctionn&#233;s. Mais qui est p&#233;nalis&#233; ? Bah, c'est l'allocataire qui n'a pas le temps d'expliquer la complexit&#233; de sa situation. Si votre situation est simple, c'est simple. D&#232;s que c'est un peu compliqu&#233;, en fait, vous sortez des cadres, et &#231;a cr&#233;e une panique g&#233;n&#233;rale, du coup, dans le compteur, dans le minuteur de l'agent, qui lui-m&#234;me se retrouve &#224; la cha&#238;ne et qui n'est pas l&#224; pour &#231;a, &#231;a cr&#233;e beaucoup de dissonance cognitive. J'&#233;tais dans une association hier, un caf&#233; social, avec des travailleurs sociaux qui viennent aider des gens pour qu'ils aient acc&#232;s &#224; leurs droits, parce qu'ils n'arrivent plus &#224; y acc&#233;der. Donc des associations, sans l'Etat, malgr&#233; l'Etat, parfois m&#234;me contre l'Etat, se mobilisent pour que des gens qui ont travaill&#233;, qui ont acquis des droits, aient acc&#232;s &#224; leurs droits. Et l&#224;, les entreprises, avec le sabordage financier des entreprises, elles se retrouvent &#224; dire, &#171; bah nous, on doit nous-m&#234;mes prot&#233;ger nos travailleurs &#187;. Quand une travailleuse sociale arrive et qu'il y a 50 personnes dans la salle, elle ne prend pas sa pause d&#233;jeuner parce qu'elle dit, &#171; je ne vais pas laisser les deux derniers sur le carreau, donc allez, ok, je ne mange pas, j'ai les deux derniers&#8230; &#187;, et c'est comme &#231;a toutes les semaines, toute l'ann&#233;e, donc &#224; la fin, &#231;a cr&#233;e beaucoup de d&#233;tresse, y compris chez les travailleurs sociaux. C'&#233;tait hyper triste, la fin de ce rendez-vous, &#231;a me met tr&#232;s en col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc la gauche doit penser ces enjeux. Peut-&#234;tre aussi un mot sur la clause de conscience &#233;thique, qui a fait un peu l'actualit&#233;, l&#224;, avec ce qui s'est pass&#233; chez Grasset, mais en fait, on pourrait l'&#233;largir aux questions environnementales et aux conditions de travail, c'est-&#224;-dire qu'on mettrait une clause de conscience &#233;thique, &#231;a existe aujourd'hui pour les journalistes, et ils pourraient d&#233;missionner, en b&#233;n&#233;ficiant de l'assurance ch&#244;mage, lorsque, c'est comme lorsqu'un m&#233;dia change d'actionnaire pour un journaliste, l&#224;, un salari&#233; pourrait ne pas travailler sur tel ou tel projet, s'il n'est pas conforme &#224; des minima &#233;cologiques et sociaux qui avaient &#233;t&#233; d&#233;finis au moment de la signature de son contrat de travail, donc voil&#224;, c'est ambitieux, mais je trouve int&#233;ressant d'y r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais beaucoup de choses &#224; dire sur le travail reproductif, mais j'en parlerai une autre fois. des politiques f&#233;ministes du vivant, pour les m&#232;res et toutes celles et ceux qui jouent le r&#244;le de m&#232;re, parce qu'elles font des m&#233;tiers &#224; domicile, parce qu'elles sont dans l'enseignement, des hommes aussi, puis en fait les gens qui prennent soin du vivant, qui sont souvent des professions tr&#232;s d&#233;valoris&#233;es, mais j'ai un petit message de service pour terminer, alors monsieur Morel, vous ne vous sentez pas concern&#233;, vous &#234;tes en dehors de cette histoire, mais pour les autres, je trouve qu'on dit des choses hyper int&#233;ressantes, je trouve que la soci&#233;t&#233; qu'on d&#233;crit, j'ai envie de vivre dedans, mais je vois qu'on n'en prend pas le chemin pour des raisons autres que le fond dont on est en train de discuter, donc voil&#224;, pour tous les gens qui nous &#233;coutent et qui disent c'est bien ce qu'on dit, eh bien mobilisez-nous pour pouvoir le mettre en oeuvre d&#232;s 2027, sinon on laissera encore passer 5 ans &#224; se d&#233;sesp&#233;rer de tous les reculs sociaux ou des am&#233;nagements du code du travail, comme le disait monsieur Morel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Ruffin : &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, Thomas, moi j'ai envie d'approuver et d'applaudir. Le d&#233;bat sera de mon point de vue essentiel, quand je serai aux universit&#233;s d'&#233;t&#233; du Medef : avec la d&#233;mocratie par le haut, je l'ai dit, un tiers, un tiers, un tiers, capital, travail, ONG, etc., et la d&#233;mocratie par le bas, une demi-journ&#233;e pour les salari&#233;s, sans leur hi&#233;rarchie pour discuter de l'organisation du travail. C'est &#224; mon sens une n&#233;cessit&#233;, parce qu'il y a un concept que j'ai vraiment beaucoup aim&#233; dans Que Sait-on Du Travail, c'est le concept des planneurs, qui m'aidaient &#224; mettre un mot sur ce que je voyais, ce que des gens en face de moi vivaient, et qui faute du concept ne parvenaient pas &#224; s'en saisir. C'est-&#224;-dire que finalement le travail r&#233;el, il est trait&#233; par des gens qui sont &#233;loign&#233;s de &#231;a, les agences r&#233;gionales de sant&#233;, les cadres dans les minist&#232;res, dans les si&#232;ges sociaux, dans les cabinets-conseils, et c'est eux, depuis leurs tableaux Excel, qui donnent des ordres au travail r&#233;el. Ce sont des discussions que j'ai pu avoir avec des chauffeurs de bus, avec des ouvriers de cimenterie, avec &#233;videmment des soignants. En fait, rien que le fait d'avoir le concept de planneur, Pelloutier disait &#171; avoir la science de son malheur &#187;, aider &#224; comprendre ce qui &#233;tait en train de nous arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, c'est une perte d'emprise sur sa vie, et c'est une perte d'emprise sur son travail. Donc retrouver prise sur son travail est un enjeu, et c'est un enjeu en termes de sant&#233;, puisqu'on le voit, c'est dans des tableaux que vous livrez aussi, que quand il y a des changements dans les entreprises et que les changements se font sans &#234;tre inform&#233;s, ou alors en &#233;tant inform&#233;s, mais sans &#234;tre consult&#233;s, ou alors en &#233;tant consult&#233;s, mais sans que &#231;a ait d'influence sur la d&#233;cision, et bien ce sont des moments de cassure et des moments de d&#233;pression et de burn-out pour les salari&#233;s, alors qu'&#224; l'inverse, un changement, quand il est fait en &#233;tant inform&#233;, en &#233;tant consult&#233;, et en ayant de l'influence sur ce changement, les gens en sortent mieux qu'avant le changement. Et &#233;videmment, je passe de la question de la sant&#233; &#224; la sant&#233; de la d&#233;mocratie. Pourquoi moi je me suis engag&#233; sur ce terrain-l&#224; depuis 20 ans d&#233;j&#224; ? Parce que j'ai vu les d&#233;g&#226;ts que &#231;a faisait sur le terrain, du vote &#224; l'extr&#234;me droite. J'ai &#233;tabli le lien physiquement, charnellement, dans le m&#233;pris que puisaient les gens dans leur travail, et ce que &#231;a donnait en termes d'un vote de d&#233;sarroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors, j'en reviens &#224; la question de Thomas qui dit, mais que fait-on si le patronat ne veut pas ? Parce que le patronat ne veut pas. Il veut bien qu'on n&#233;gocie des &#224;-c&#244;t&#233;s, mais il ne veut pas qu'on n&#233;gocie le c&#339;ur du sujet. Le c&#339;ur du sujet, c'est la strat&#233;gie de l'entreprise, le c&#339;ur du sujet, c'est l'organisation du travail. Et &#231;a, il s'agit que &#231;a soit &#233;cart&#233;, quand bien m&#234;me il serait d'accord pour donner des contreparties en horaires, salaires, qui sont aujourd'hui difficiles &#224; avoir. Disons que la r&#233;ponse, oui, il faut de la loi, oui, il faut peser, mais la r&#233;alit&#233;, quand m&#234;me, c'est que l'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. On peut discuter avec des universitaires, et je vous remercie vraiment pour votre travail, on est tr&#232;s bien entre parlementaires, et il faudra qu'on ait les minist&#232;res, mais &#224; un moment, face &#224; la puissance du patronat, si jamais il n'y a pas quelque chose qui se l&#232;ve puissamment dans le pays, on voit toutes les forces qu'il va y avoir pour venir dire &#171; je crois que &#231;a ne va pas &#234;tre possible &#187;. Donc ils accepteront de donner quelques miettes, mais le c&#339;ur du sujet, si &#231;a ne se l&#232;ve pas d'en bas, s'il n'y a pas une puissance populaire, s'il n'y a pas un ressort qui s'&#233;l&#232;ve chez les travailleurs, on n'y parviendra pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisque ce qui nous a rassembl&#233;s, quand m&#234;me, et on en f&#234;te les 90 ans aujourd'hui, c'&#233;tait le Front populaire et le nouveau Front populaire, je voudrais terminer, moi, par une citation de Simone Weil, quand elle &#233;tait aux usines Renault. Oui, oui, Weil avec un W, mais ce n'est pas grave, on peut respecter les deux et consid&#233;rer que les deux ont particip&#233; grandement &#224; quelque chose, des pages brillantes de notre histoire. Eh bien, je ne sais pas. Je ne sais pas et &#231;a d&#233;pend sur quoi. Simone Weil disait &#171; on n'a pas eu la force d'attendre. Tous ceux qui ont souffert savent que lorsqu'on croit qu'on va &#234;tre d&#233;livr&#233; d'une souffrance trop longue et trop dure, les derniers jours d'attente sont intol&#233;rables. Il s'agit, apr&#232;s avoir toujours pli&#233;, tout subi, tout encaiss&#233;, en silence pendant des mois et des ann&#233;es, d'oser enfin se redresser, se tenir debout, prendre la parole &#224; son tour, se sentir des hommes pendant quelques jours, ind&#233;pendamment des revendications, cette gr&#232;ve est en elle-m&#234;me une joie, une joie pure, une joie sans m&#233;lange. Bien s&#251;r, cette vie si dure recommencera dans quelques jours, mais on n'y pense pas et on est comme les soldats en permission pendant la guerre. Et puis, quoi qu'il arrive, par la suite, on aura toujours v&#233;cu &#231;a. Enfin, pour la premi&#232;re fois et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d'autres souvenirs que le silence, la contrainte, la soumission, des souvenirs qui mettront un peu de fiert&#233; au c&#339;ur, qui laisseront un peu de chaleur humaine sur tout ce m&#233;tal, mais le meilleur de tout, c'est de se sentir tellement des fr&#232;res &#187;. Et vous dire qu'&#233;videmment plus petit, mais ne serait-ce que pendant les quelques heures que j'ai pass&#233;es sur le site d'ID Logistics ce vendredi, j'ai retrouv&#233; ce sentiment de fiert&#233; et de fraternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Morel : &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci &#224; vous. Alors, &#231;a ne vous surprendra pas, je vais apporter une parole un peu discordante sur un certain nombre de choses que j'ai entendues jusqu'&#224; pr&#233;sent. D'abord, dans un premier temps, je voudrais parler du dialogue professionnel. &#199;a a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure, et Thomas Coutrot disait que le MEDEF ne veut pas, mais le dialogue professionnel est &#233;voqu&#233; dans un accord national interprofessionnel qui a &#233;t&#233; sign&#233; par l'ensemble des organisations patronales et syndicales, qui date de novembre 2024. Donc, je ne sais pas ce qu'il ne veut pas, mais en tout cas, le dialogue professionnel est quelque chose qui est inscrit, et dans les r&#232;gles de l'art, qui est d&#233;fini, comme une forme assez int&#233;ressante d'organisation du dialogue qui se distingue du dialogue social institutionnel, c'est-&#224;-dire le dialogue social organis&#233; dans le cadre des instances obligatoires de repr&#233;sentation du personnel et dans le cadre de la n&#233;gociation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce dialogue professionnel, il faut le faire vivre, effectivement. Il faut le faire vivre parce qu'il a une l&#233;gitimit&#233;, et je trouve int&#233;ressant de trouver les voies et moyens d'&#233;largir ce qui a &#233;t&#233; donc accept&#233;, effectivement, dans un accord national interpro de 2024, je crois que c'&#233;tait celui sur &#171; l'emploi des travailleurs exp&#233;riment&#233;s &#187; (on n'employait pas le mot &#171; senior &#187;&#8230;), mais en tout cas, il est question de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre pr&#233;cision, on parlait du droit d'expression 2.0, effectivement, moi aussi, je crois beaucoup au droit d'expression, et je dirais, sous forme un peu taquine, que le droit d'expression 2.0, il a &#233;t&#233; issu des ordonnances de septembre 2017, puisque ce sont les ordonnances de septembre 2017 qui ont &#233;largi l'utilisation des technologies de l'information dans le cadre du droit d'expression, donc qui est stricto sensu, effectivement, le droit d'expression 2.0. Alors, il faut aller plus loin sur le droit d'expression, et il faut trouver, effectivement, les voies et moyens d'&#233;largir la place de ce droit d'expression. Est-ce que c'est une question de champ des sujets qui peuvent faire l'objet de ce droit d'expression ? Est-ce qu'il y a une question aussi, et qu'il ne faut pas occulter, d'articulation entre le produit de ce droit d'expression et l'intervention des institutions repr&#233;sentatives du personnel, les uns pourront avoir une crainte d'&#234;tre &#171; doubl&#233;s &#187; par les autres ? Donc il y a quelque chose, sans doute, &#224; regarder de ce point de vue-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, je vais parler du dialogue social, parce qu'effectivement, moi, je trouve positif l'&#233;largissement continu depuis 50 ans, c'est-&#224;-dire sur une p&#233;riode qui a connu des alternances, de nombreuses alternances, depuis les ann&#233;es 1980, la place de la n&#233;gociation collective en g&#233;n&#233;ral, et la place de la n&#233;gociation collective d'entreprise en particulier, n'a cess&#233; de s'&#233;largir, et c'est une bonne chose. On a aujourd'hui &#224; peu pr&#232;s 90 000 accords d'entreprise qui sont sign&#233;s par an, on avait une centaine par an dans les ann&#233;es 1990, on en avait quelques milliers par an dans les ann&#233;es 1980, et donc c'est un mouvement, et qui a &#233;t&#233; initi&#233; justement par le fait de donner plus d'enjeux &#224; la n&#233;gociation collective. Parce que quand on parle de d&#233;mocratie au travail, on parle en r&#233;alit&#233; de n&#233;gociation de r&#232;gles par des personnes l&#233;gitimes. On a chang&#233; en 2008 les r&#232;gles de l&#233;gitimation de la n&#233;gociation collective en fondant celles-ci sur l'&#233;lection. On est les seuls avec, je crois, l'Espagne d'ailleurs, en Europe, &#224; avoir ce syst&#232;me. Les autres pays d'Europe fondent la l&#233;gitimit&#233; plut&#244;t sur l'adh&#233;sion. On a fait le choix pr&#233;cis&#233;ment en 2008 de fonder la l&#233;gitimit&#233; des n&#233;gociateurs d'une part, et de ce qui est n&#233;goci&#233; d'autre part, sur l'&#233;lection. D'ailleurs, quand on lit les bilans annuels de la n&#233;gociation collective, qui sont toujours tr&#232;s int&#233;ressants, produits par la Direction g&#233;n&#233;rale du travail, on constate que dans 80% des cas, il y a des signatures d'accords sur des sujets extr&#234;mement vari&#233;s. Donc moi je crois au contraire effectivement qu'il faut continuer ce mouvement, et qu'il faut &#233;largir le champ de la n&#233;gociation collective, le champ de ce qui peut &#234;tre n&#233;goci&#233; au niveau de l'entreprise et au niveau de la branche. Je n'oppose pas les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, dernier point, je ne crois pas en revanche au fait de cr&#233;er une nouvelle institution repr&#233;sentative du personnel. On a une difficult&#233; dans un certain nombre de cas &#224; trouver des candidats, et &#231;a ne date pas d'hier, et donc je ne crois pas que le &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187;, en revenant &#224; des syst&#232;mes qui existaient auparavant, o&#249; il y avait d&#233;j&#224; une crise des vocations, o&#249; il y avait d&#233;j&#224; des difficult&#233;s, serait la panac&#233;e. Je crois plut&#244;t qu'il faut essayer de faire fonctionner ce qui existe, qui nous met d'ailleurs au diapason de ce qui existe dans beaucoup de pays d'Europe, o&#249; il y a une seule institution &#233;lue de repr&#233;sentation du personnel, et donc il faut la faire vivre. Alors il faut le faire vivre comment ? On parlait tout &#224; l'heure des assises du travail. Les assises du travail &#233;voquaient le fait d'engager des n&#233;gociations de branche sur la repr&#233;sentation de proximit&#233;. Et donc effectivement, il y a sans doute des choses &#224; regarder de ce point de vue-l&#224;, pour essayer d'am&#233;liorer les modes de fonctionnement de la repr&#233;sentation du personnel. Voil&#224;, merci &#224; vous, vaste sujet &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci &#224; vous, donc je pense que vous &#234;tes peut-&#234;tre frustr&#233;s parce qu'on n'a pas le temps pour les questions, mais il y a un ap&#233;ro. Simplement, si vous me permettez, une petite remarque pour terminer. Je vais donner la parole aux universitaires sur le point qu'on a sur ce sujet-l&#224;. Isabelle, vraiment une minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Ferreras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire en une minute, si ce n'est vous remercier d'abord pour votre engagement, votre pr&#233;sence. Nous rappeler que l'enjeu ici, c'est finalement, je pense, de soutenir cette intuition, cette attente de peser qu'ont les citoyens et les citoyennes fran&#231;aises. Et en ce sens-l&#224;, je voudrais juste passer ce message que finalement, on est aujourd'hui face &#224; une faim de plus de d&#233;mocratie, F-A-I-M. Et on n'est pas devant la fin F-I-N de la d&#233;mocratie. Et justement, si on veut faire le chemin vers la d&#233;mocratie, il faut tabler sur le meilleur, sur cette faim F-A-I-M, cette attente de peser. Et c'est par tous ces voies et moyens dont nous avons discut&#233;s que nous pourrons offrir ces r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Palier : Merci beaucoup. Thomas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, merci beaucoup. Vraiment, merci beaucoup de vous &#234;tre pr&#234;t&#233; &#224; l'exercice. Et je pense que si, dans l'ann&#233;e qui vient, on arrive &#224; multiplier les d&#233;bats et les propositions sur ce th&#232;me-l&#224;, on aura peut-&#234;tre une campagne &#233;lectorale un peu moins d&#233;connect&#233;e que d'habitude du quotidien des travailleuses et travailleurs. Apr&#232;s, je dirais que du point de vue des Ateliers Travail et D&#233;mocratie, je ne suis pas s&#251;r qu'on ait encore enti&#232;rement r&#233;ussi &#224; faire passer le message selon lequel c'est dans la question du travail r&#233;el, du travail quotidien, dans la fa&#231;on dont les gens sont confront&#233;s &#224; la perte de sens de leur travail et &#224; la recherche de comment retrouver ensemble du sens, reconstruire du collectif&#8230; On n'a pas enti&#232;rement entendu &#231;a aujourd'hui dans le d&#233;bat. Mais moi, je ne d&#233;sesp&#232;re pas du tout parce que je pense que c'est vraiment une question que vous commencez &#224; poser, et qui tracasse les gens au quotidien, et une question que le mouvement syndical se pose de plus en plus fortement. Certes, ce n'est pas une loi qui va r&#233;soudre par magie les contradictions tr&#232;s profondes que nous vivons actuellement. Mais si on commence &#224; avoir un changement culturel dans la fa&#231;on dont le mouvement syndical, dont les mouvements sociaux prennent au s&#233;rieux la question du travail, de l'organisation et des finalit&#233;s du travail, je pense qu'on a un potentiel de renouvellement des strat&#233;gies de changement social et de mobilisation populaire. Et je pense que c'est vraiment un point important sur lequel il faut qu'on continue &#224; discuter dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment d&#233;mocratiser le travail ? Des politiques d&#233;battent.</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Comment-democratiser-le-travail-Des-politiques-debattent</link>
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		<dc:date>2026-05-12T19:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Comment d&#233;mocratiser le travail ? 12 mai 2026, 17h30-19h30, Amphith&#233;&#226;tre Simone Veil, 28 rue des Saints-P&#232;res, 75007, Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence organis&#233;e en partenariat avec les Ateliers Travail et D&#233;mocratie et le r&#233;seau international Democratizing Work. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Cl&#233;mentine Autain (d&#233;put&#233;e de Seine-Saint-Denis), Hadrien Clouet (d&#233;put&#233; du groupe La France Insoumise), Olivier Faure (Premier secr&#233;taire du Parti Socialiste), Franck Morel (ancien conseiller social d'Edouard Philippe, secr&#233;taire national (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Initiatives" rel="directory"&gt;Initiatives&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sciencespo.fr/liepp/fr/evenements/comment-democratiser-le-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment d&#233;mocratiser le travail ?&lt;/a&gt; 12 mai 2026, 17h30-19h30, Amphith&#233;&#226;tre Simone Veil, 28 rue des Saints-P&#232;res, 75007, Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence organis&#233;e en partenariat avec les &lt;a href=&#034;https://atelierstravailetdemocratie.org/&#034;&gt;Ateliers Travail et D&#233;mocratie&lt;/a&gt; et le r&#233;seau international &lt;a href=&#034;https://democratizingwork.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Democratizing Work&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Cl&#233;mentine Autain (d&#233;put&#233;e de Seine-Saint-Denis), Hadrien Clouet (d&#233;put&#233; du groupe La France Insoumise), Olivier Faure (Premier secr&#233;taire du Parti Socialiste), Franck Morel (ancien conseiller social d'Edouard Philippe, secr&#233;taire national de Horizons en charge du travail et de l'emploi), Fran&#231;ois Ruffin (d&#233;put&#233; de la Somme), Marine Tondelier (Secr&#233;taire nationale des &#201;cologistes). D&#233;bat organis&#233; par le Laboratoire interdisciplinaire d'&#233;valuation des politiques publiques (LIEPP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o de ce d&#233;bat est disponible ici : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iPo61Si841Q&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=iPo61Si841Q&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation des propositions par Thomas Coutrot (Ires, Ateliers Travail et D&#233;mocratie), Isabelle Ferreras (FNRS/Louvain, Harvard CLJE, Chaire 3D&amp;C ULille) et Bruno Palier (LIEPP-Sciences Po).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re question : &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=1480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les manifestations principales du malaise au travail en France. Quelles sont les causes ?&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=1563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cl&#233;mentine Autain&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=1918&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hadrien Clouet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=2229&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Olivier Faure&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=2560&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Franck Morel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=2885&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Ruffin&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=3189&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marine Tondelier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me question : &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=3542&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Si l'entreprise est de fait une entit&#233; politique qui gouverne la vie de ceux et celles qui y investissent, et des &#233;cosyst&#232;mes &#233;galement, ne faut-il pas d&#233;mocratiser sa structure de pouvoir interne ? Et si oui, comment ?&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=3587&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marine Tondelier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=3871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Ruffin&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=4121&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Franck Morel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=4441&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Olivier Faure&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=4771&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hadrien Clouet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=5101&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cl&#233;mentine Autain&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me question : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iPo61Si841Q&amp;t=5485s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialogue professionnel, d'accord, mais comment l'instituer de fa&#231;on &#224; surmonter les r&#233;sistances du patronat qui ne veut pas accepter l'id&#233;e qu'on puisse, au niveau des collectifs de travail, discuter de l'organisation du travail ?&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=5534&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Olivier Faure&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=5807&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hadrien Clouet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=6101&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cl&#233;mentine Autain&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=6444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marine Tondelier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iPo61Si841Q&amp;t=6708s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Ruffin&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/iPo61Si841Q?t=7041&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Franck Morel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interventions, discussions, d&#233;bats autour du Manifeste</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Interventions-discussions-debats-autour-du-Manifeste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://atelierstravailetdemocratie.org/Interventions-discussions-debats-autour-du-Manifeste</guid>
		<dc:date>2026-05-05T11:22:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;12 mai 2026, 17h30-19h30, Amphith&#233;&#226;tre Simone Veil, 28 rue des Saints-P&#232;res, 75007, Paris : Comment d&#233;mocratiser le travail ? Conf&#233;rence organis&#233;e en partenariat avec les Ateliers Travail et D&#233;mocratie et le r&#233;seau international Democratizing Work. Pr&#233;sentation des propositions par Thomas Coutrot (Ires, Ateliers Travail et D&#233;mocratie), Isabelle Ferreras (FNRS/Louvain, Harvard CLJE, Chaire 3D&amp;C ULille) et Bruno Palier (LIEPP-Sciences Po). R&#233;action de responsables politiques : Cl&#233;mentine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Atelier-Travail-democratique" rel="directory"&gt;Atelier Travail d&#233;mocratique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 12 mai 2026, 17h30-19h30, Amphith&#233;&#226;tre Simone Veil, 28 rue des Saints-P&#232;res, 75007, Paris : &lt;a href=&#034;https://www.sciencespo.fr/liepp/fr/evenements/comment-democratiser-le-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment d&#233;mocratiser le travail ?&lt;/a&gt; Conf&#233;rence organis&#233;e en partenariat avec les &lt;a href=&#034;https://atelierstravailetdemocratie.org&#034; class=&#034;spip_out&#034;&gt;Ateliers Travail et D&#233;mocratie&lt;/a&gt; et le r&#233;seau international &lt;a href=&#034;https://democratizingwork.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Democratizing Work&lt;/a&gt;. Pr&#233;sentation des propositions par Thomas Coutrot (Ires, Ateliers Travail et D&#233;mocratie), Isabelle Ferreras (FNRS/Louvain, Harvard CLJE, Chaire 3D&amp;C ULille) et Bruno Palier (LIEPP-Sciences Po). R&#233;action de responsables politiques : Cl&#233;mentine Autain (d&#233;put&#233;e de Seine-Saint-Denis), Hadrien Clouet (d&#233;put&#233; du groupe La France Insoumise), Olivier Faure (Premier secr&#233;taire du Parti Socialiste), Franck Morel (ancien conseiller social d'Edouard Philippe, secr&#233;taire national de Horizons en charge du travail et de l'emploi), Fran&#231;ois Ruffin (d&#233;put&#233; de la Somme), Marine Tondelier (Secr&#233;taire nationale des &#201;cologistes). D&#233;bat organis&#233; par le Laboratoire interdisciplinaire d'&#233;valuation des politiques publiques (LIEPP).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La vid&#233;o de ce d&#233;bat est disponible ici : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iPo61Si841Q&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=iPo61Si841Q&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le cadastre des maladies &#233;liminables</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Le-cadastre-des-maladies-eliminables</link>
		<guid isPermaLink="true">https://atelierstravailetdemocratie.org/Le-cadastre-des-maladies-eliminables</guid>
		<dc:date>2026-04-21T15:48:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif d'animation des Ateliers Travail &amp; D&#233;mocratie</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Marc And&#233;ol a anim&#233; depuis 40 ans un observatoire des maladies professionnelles et environnementales autour de l'&#233;tang de Berre, l'Association m&#233;dicale pour la Prise en Charge des Maladies &#201;liminables (APCME). Les r&#233;sultats obtenus d&#233;montrent l'efficacit&#233; d'un autre mode de r&#233;gulation, non &#233;tatique, non bureaucratique, de l'action contre la plus cruelle des in&#233;galit&#233;s, celle qui se traduit par une vie plus br&#232;ve, par une dur&#233;e plus courte de la p&#233;riode en bonne sant&#233; : l'in&#233;galit&#233; face aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Atelier-Enquete-ouvriere" rel="directory"&gt;Atelier Enqu&#234;te ouvri&#232;re &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marc And&#233;ol a anim&#233; depuis 40 ans un observatoire des maladies professionnelles et environnementales autour de l'&#233;tang de Berre, l'Association m&#233;dicale pour la Prise en Charge des Maladies &#201;liminables (APCME). Les r&#233;sultats obtenus d&#233;montrent l'efficacit&#233; d'un autre mode de r&#233;gulation, non &#233;tatique, non bureaucratique, de l'action contre la plus cruelle des in&#233;galit&#233;s, celle qui se traduit par une vie plus br&#232;ve, par une dur&#233;e plus courte de la p&#233;riode en bonne sant&#233; : l'in&#233;galit&#233; face aux risques environnementaux, milieu de travail en premier. Il raconte cette exp&#233;rience &#224; Daisy Cunha, ergologue et professeure &#224; l'Universit&#233; de Minas Gerais (Br&#233;sil).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://atelierstravailetdemocratie.org/IMG/pdf/lecadastredesmaladieseliminable_1_5ab.pdf" length="8823539" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Manifeste en d&#233;bat</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Le-Manifeste-en-debat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://atelierstravailetdemocratie.org/Le-Manifeste-en-debat</guid>
		<dc:date>2026-04-21T15:16:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Coutrot</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vid&#233;o de la r&#233;union du 31/01/2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Initiatives" rel="directory"&gt;Initiatives&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Ateliers Travail et D&#233;mocratie ont convi&#233; des chercheur&#183;es (politiste, sociologue, philosophe, &#233;conomiste...) et des repr&#233;sentantes des conf&#233;d&#233;rations syndicales (CFDT, CGT, FSU, Solidaires) pour d&#233;battre du Manifeste pour la d&#233;mocratie du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=P5IM82ds_d8&amp;t=406s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&#232;re table-ronde&lt;/a&gt; : introduction Christine Martin et Thomas Coutrot (Ateliers T&amp;D) ; Genevi&#232;ve Azam (Revue Terrestres), Lina Cardenas (Solidaires), Isabelle Mercier (CFDR), Sabine Fortino (sociologue), Jo&#235;lle Zask (philosophe), animation Aur&#233;lien Alphon-Layre (Ateliers T&amp;D)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=LFtNLDCIUmQ&amp;t=32s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2 &#232;me table-ronde&lt;/a&gt; : Caroline Chev&#233; (secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale FSU), Dominique M&#233;da (sociologue), Mireille Stivala (bureau conf&#233;d&#233;ral CGT), Julien Talpin (politiste), animation Nicolas Spire (Ateliers T&amp;D)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des r&#233;actions &#224; la lecture du Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Des-reactions-a-la-lecture-du-Manifeste-pour-une-democratie-du-travail</link>
		<guid isPermaLink="true">https://atelierstravailetdemocratie.org/Des-reactions-a-la-lecture-du-Manifeste-pour-une-democratie-du-travail</guid>
		<dc:date>2026-04-20T15:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Alexis Cukier : &#171; Le recul du pouvoir d'agir sur son travail est un poison &#187;. article de la NVO (La Vie Ouvri&#232;re), 20 avril 2026, par Sarah Delattre. &#171; Un groupe de chercheurs et de syndicalistes publient un Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail. L'objectif ? Se r&#233;approprier collectivement cet objet politique pour changer le monde et mettre en avant les d&#233;marches syndicales qui se nourrissent du travail r&#233;el pour infl&#233;chir le rapport de force. Entretien avec Alexis Cukier, chercheur en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Debats-et-controverses-12" rel="directory"&gt;D&#233;bats et controverses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Alexis Cukier : &#171; Le recul du pouvoir d'agir sur son travail est un poison &#187;. article de la NVO (La Vie Ouvri&#232;re), &lt;a href=&#034;https://nvo.fr/alexis-cukier-le-recul-du-pouvoir-dagir-sur-son-travail-est-un-poison/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;20 avril 2026, par Sarah Delattre&lt;/a&gt;. &#171; Un groupe de chercheurs et de syndicalistes publient un Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail. L'objectif ? Se r&#233;approprier collectivement cet objet politique pour changer le monde et mettre en avant les d&#233;marches syndicales qui se nourrissent du travail r&#233;el pour infl&#233;chir le rapport de force. Entretien avec Alexis Cukier, chercheur en philosophie et ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Poitiers, coauteur de cet ouvrage collectif. &#187;, La suite &lt;a href=&#034;https://nvo.fr/alexis-cukier-le-recul-du-pouvoir-dagir-sur-son-travail-est-un-poison/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Insuffler une culture d&#233;mocratique dans les milieux de travail &#187;, entretien avec Julien Lusson, analyste du travail, par Catherine Abou El Khair / 09 avril 2026 dans &lt;a href=&#034;https://www.sante-et-travail.fr/insuffler-culture-democratique-milieux-travail&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sant&#233; et Travail, 9 avril 2026&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le 17 avril prochain, les Ateliers Travail et D&#233;mocratie publieront leur &#171; Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail &#187;, qui pr&#244;ne une meilleure reconnaissance de la parole des salari&#233;s au service de leur pouvoir d'agir sur les situations de travail et d'un r&#233;&#233;quilibrage des pouvoirs dans l'entreprise.&lt;/i&gt; Extrait : &lt;i&gt;&#034; [..] Or cette &#171; bataille du travail r&#233;el &#187;, comme disait [l'ergonome] Alain Wisner, ne va pas de soi. Avec ce manifeste, nous voulons notamment encourager les syndicats &#224; r&#233;investir ce levier de &#171; d&#233;mocratie par le bas &#187;.&lt;/i&gt; [..]&#034; La suite &lt;a href=&#034;https://www.sante-et-travail.fr/insuffler-culture-democratique-milieux-travail&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#034;M&#233;thodes et conclusions ne sont pas univoques. Mais tous s'accordent sur un point, r&#233;sum&#233; dans le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail publi&#233; par un collectif d'universitaires, d'ergonomes, de syndicalistes : &#171; Le travail est une grande question politique : ce qu'on y fait, la fa&#231;on dont on le fait, ce qu'il nous fait, contribue de fa&#231;on essentielle &#224; construire &#8211; ou &#224; d&#233;truire &#8211; la soci&#233;t&#233;. &#187; Il pourrait donc m&#234;me se faire solution : il y a dans le travail un enjeu d&#233;mocratique.&#034; (Annie Leclerc, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/02/le-travail-un-enjeu-democratique-comment-imaginer-que-ce-que-vit-un-travailleur-sept-heures-par-jour-cinq-jours-sur-sept-n-affecte-pas-son-rapport-au-monde_6676146_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, 2 avril 2026&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Mon soutien actif au Manifeste pour une d&#233;mocratie du Travail, s'illustre &#224; travers l'organisation de deux rencontres-d&#233;bat en pr&#233;sence de Thomas Coutrot : &#224; Valence (le 6 mai en collaboration avec l'UD CGT de la Dr&#244;me) ; &#224; Aouste-sur-sye (le 7 mai). Ces initiatives militantes s'inscrivent dans le cadre des activit&#233;s de l'association &lt;a href=&#034;https://assosamtravaille.wixsite.com/assosamtravaille&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#231;a m'travaille&lt;/a&gt; dont je suis un des contributeurs. [..] &#187;, (Serge Jamgotchian,7 mars 2026), voir la suite &lt;a href=&#034;https://atelierstravailetdemocratie.org/Reaction-au-Manifeste-Serge-Jamgotchian-7-mars-2026&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; J'ai pris connaissance de votre manifeste. C'est tr&#232;s int&#233;ressant. les pistes politiques me paraissent coh&#233;rentes et la conclusion rejoint mon ressenti de professionnel de terrain o&#249; je constate un grand isolement des salari&#233;s. Exp&#233;rimenter de nouvelles formes d'action collectives, au sein de l'entreprise et du territoire prendre soin des autres, de l'environnement sont des perspectives pouvant effectivement aboutir &#224; red&#233;finir le sens du travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant je reste un peu perplexe sur les strat&#233;gies &#224; adopter dans les petites entreprises pour lesquelles certaines propositions (par ex sur le temps de travail) me paraissent difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Ces entreprises de petite taille sont cependant majoritaires sur des territoires notamment ruraux. &#187; (V.D, 11 f&#233;vrier 2026)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;action au Manifeste, Serge Jamgotchian, 7 mars 2026</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Reaction-au-Manifeste-Serge-Jamgotchian-7-mars-2026</link>
		<guid isPermaLink="true">https://atelierstravailetdemocratie.org/Reaction-au-Manifeste-Serge-Jamgotchian-7-mars-2026</guid>
		<dc:date>2026-03-07T15:42:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Serge JAMGOTCHIAN, sergologie@gmail.com, 7 mars 2026, sur la base d'une contribution pour le congr&#232;s de la soci&#233;t&#233; internationale d'ergologie (SIE), 4-5-6 juin 2026, Cnam, Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon soutien actif au Manifeste pour une d&#233;mocratie du Travail, s'illustre &#224; travers l'organisation de deux rencontres-d&#233;bat en pr&#233;sence de Thomas Coutrot : &#224; Valence (le 6 mai en collaboration avec l'UD CGT de la Dr&#244;me) ; &#224; Aouste-sur-sye (le 7 mai). Ces initiatives militantes s'inscrivent dans le cadre des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Debats-et-controverses-12" rel="directory"&gt;D&#233;bats et controverses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Serge JAMGOTCHIAN, sergologie@gmail.com, 7 mars 2026, sur la base d'une contribution pour le &lt;a href=&#034;https://ergologia.org/7emecongres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;congr&#232;s de la soci&#233;t&#233; internationale d'ergologie (SIE), 4-5-6 juin 2026, Cnam, Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon soutien actif au Manifeste pour une d&#233;mocratie du Travail, s'illustre &#224; travers l'organisation de deux rencontres-d&#233;bat en pr&#233;sence de Thomas Coutrot : &#224; Valence (le 6 mai en collaboration avec l'UD CGT de la Dr&#244;me) ; &#224; Aouste-sur-sye (le 7 mai). Ces initiatives militantes s'inscrivent dans le cadre des activit&#233;s de l'association &lt;a href=&#034;https://assosamtravaille.wixsite.com/assosamtravaille&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#231;a m'travaille&lt;/a&gt; dont je suis un des contributeurs. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il conviendrait de questionner la r&#233;ception du Manifeste dans des milieux de travail peu visibles sur la sc&#232;ne de la conflictualit&#233; sociale et syndicale. Il s'agit par exemple des organisations du champ de l'Economie Sociale et Solidaire. Plus pr&#233;cis&#233;ment qu'elle peut &#234;tre la r&#233;ception du Manifeste dans les structures associatives de la branche sociale et m&#233;dico-sociale &#224; but non lucratif ? Ces &#233;tablissements et services dont la vocation est de soigner (le cure) et de prendre soin (le care) des personnes vuln&#233;rables - jeunes et moins jeunes - n'&#233;chappent pas au d&#233;litement des collectifs de travail et aux effets du &#171; management par le chiffre &#187; (T. Coutrot, C. P&#233;rez).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire en sorte que le Manifeste irrigue &#233;galement d'autres milieux de travail du secteur social et m&#233;dico-social, dont ceux destin&#233;s aux travailleurs en situation de handicap &#8211; en particulier les Etablissements et Services d'Accompagnement par le Travail (ESAT) ; sachant que ces lieux de productions marchandes ne rel&#232;vent pas du Code du travail mais du Code de l'Action Sociale et des Familles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, qu'elle peut &#234;tre la r&#233;ception du Manifeste aupr&#232;s de travailleurs ind&#233;pendants, de salari&#233;s int&#233;rimaires, d'entrepreneurs salari&#233;s en CAE&#8230; des professionnels souvent en qu&#234;te de nouvelles mani&#232;res de travailler comme par exemple celles et ceux qui fr&#233;quentent des lieux de travail partag&#233;s, distincts du domicile et des locaux de l'entreprise que l'on appelle des tiers-lieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ne conviendrait-il pas de mettre en lumi&#232;re la mani&#232;re dont certaines des propositions figurant dans le Manifeste sont d&#233;j&#224; plus ou moins &#224; l'&#339;uvre ou en gestation au sein de telle ou telle organisation ? Parmi ces propositions je pense en particulier &#224; celle relative au &#171; droit d'expression, d&#233;lib&#233;ration et d&#233;cision des salari&#233;&#183;es sur leur travail &#187;. Comment donner de la visibilit&#233; &#224; des d&#233;marches, des dispositifs qui d&#233;j&#224; promeuvent la mise en place et l'animation d'espaces/temps non subordonn&#233;s entre pairs sur le travail r&#233;el, &#224; l'instar de certaines interventions en sant&#233; au travail qui se r&#233;clament des &#171; ergodisciplines &#187; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le fascisme divise, le travail r&#233;unit</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Le-fascisme-divise-le-travail-reunit</link>
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		<dc:date>2026-02-06T16:59:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Coutrot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Que peut le syndicalisme contre la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite ? Guillaume Griveau, de la CGT, relate l'exp&#233;rience d'un bureau de poste &#224; B&#233;ziers. &lt;br class='autobr' /&gt; Bonjour &#224; toutes et tous, &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'appelle Guillaume Griveau, je suis syndiqu&#233; depuis 2011 &#224; la CGT Fapt de l'H&#233;rault, en responsabilit&#233; dans le syndicat d&#233;partemental en tant que Secr&#233;taire &#224; la Politique Revendicative de 2014 &#224; 2017 puis en tant que Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral depuis 2017 ; mon t&#233;moignage part d'une dynamique qu'on a mis en place dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Atelier-Enquete-ouvriere" rel="directory"&gt;Atelier Enqu&#234;te ouvri&#232;re &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que peut le syndicalisme contre la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite ? Guillaume Griveau, de la CGT, relate l'exp&#233;rience d'un bureau de poste &#224; B&#233;ziers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bonjour &#224; toutes et tous,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'appelle Guillaume Griveau, je suis syndiqu&#233; depuis 2011 &#224; la CGT Fapt de l'H&#233;rault, en responsabilit&#233; dans le syndicat d&#233;partemental en tant que Secr&#233;taire &#224; la Politique Revendicative de 2014 &#224; 2017 puis en tant que Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral depuis 2017 ; mon t&#233;moignage part d'une dynamique qu'on a mis en place dans notre structure d&#233;partementale &#224; destination des militants, et qui a eu des effets r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partis d'un module de formation qui existait &#224; la CGT, une formation conf&#233;d&#233;rale qui s'intitulait &#171; action revendicative et risque organisationnel &#187;. Cette formation, que nous avions suivie en d&#233;cembre 2015 avec un autre camarade du syndicat (nous y sommes aller &#224; 2 volontairement car nous avions l'ambition de d&#233;ployer le contenu), permettait d'articuler l'utilisation d'outils (CHSCT, CARSAT, &#8230;) et pouvoir d'agir des travailleurs. Le point de d&#233;part c'&#233;tait surtout que la souffrance au travail n'&#233;tait pas le fait des travailleurs mais du travail devenu malade ; donc agir sur le travail, avec les travailleurs, pour que le travail redevienne facteur de sant&#233; et d'&#233;mancipation &#8230; ce n'est pas un d&#233;tail si l'intitul&#233; de la formation commen&#231;ait par &#171; Action Revendicative et risque organisationnel &#187; et que la commission conf&#233;d&#233;rale qui pilotait la formation s'intitulait commission Travail/Sant&#233;/Emancipation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des &#233;changes r&#233;guliers dans le syndicat, nous avons d&#233;clin&#233; ce module de formation dans le syndicat d&#233;partemental, en l'adaptant pour construire un module de formation intitul&#233; &#171; R&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; notre travail &#187;. Quasiment tous les camarades de l'&#233;quipe conf&#233;d&#233;rale &#224; l'&#233;poque, avec qui nous avons gard&#233; contact &#224; ce moment, ont particip&#233; au lancement de la r&#233;flexion que nous avons engag&#233; dans le syndicat &#8230; nous les avions sollicit&#233; au d&#233;part pour qu'ils nous appuient dans cette aventure. Les cibles de cette formation &#233;taient &#233;videmment les militants, organis&#233;s ou pas sur leurs lieux de travail, ainsi que les dirigeants du syndicat d&#233;partemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la CGT FAPT, nous sommes organis&#233;s en Syndicat D&#233;partemental, o&#249; nous avons des Sections Syndicales (souvent par lieu de travail). Si notre participation &#224; la formation conf&#233;d&#233;rale nous permet de franchir un cap et d'impulser une dynamique de travail syndicale plus consciente sur les questions du &#171; travail &#187;, nous nous sommes rendus compte que nous avions d&#233;j&#224; des pratiques instinctives qui s'y apparentaient. Et nous avons aussi compris que cette dynamique prend du temps, beaucoup de temps &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons d&#233;ploy&#233; sur de nombreux sites et cibles mais j'ai choisi de vous faire un t&#233;moignage sur ce qui s'est pass&#233; au centre courrier de B&#233;ziers. B&#233;ziers, ce n'est pas anodin car c'est un contexte politique fortement marqu&#233; par l'extr&#234;me droite. (J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; ce t&#233;moignage &#224; l'occasion d'une initiative organis&#233;e par le Comit&#233; R&#233;gional CGT notamment sous l'impulsion de Fr&#233;d&#233;ric Boduco et Lionel Pastre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, en 2017, Habib, militant de la CGT sur le site, qui est repr&#233;sentant au CHSCT, fait l'objet d'actions hostiles de la part de militants d'extr&#234;me droite pendant les horaires et sur le lieu de travail (ils sont postiers sur le m&#234;me site) : un jour o&#249; il est absent car en r&#233;union CHSCT, ils tiennent des propos racistes &#224; son &#233;gard qui lui sont rapport&#233;s par ses coll&#232;gues de travail &#224; sa prise de service le lendemain. A la d&#233;couverte des propos tenus &#224; son &#233;gard, il est profond&#233;ment choqu&#233; et en col&#232;re. La direction ne l'aide pas et avec l'appui du syndicat, il porte plainte &#224; la gendarmerie : tout cela se passe quand m&#234;me sous la responsabilit&#233; de l'employeur ! Appuy&#233;s tacitement par la direction qui laisse faire, les militants RN montent une p&#233;tition qui vise &#224; minimiser les propos racistes tenus &#224; l'&#233;gard de notre militant et la font signer &#224; leurs coll&#232;gues de travail. Cette p&#233;tition est sign&#233;e par beaucoup de salari&#233;s qui je le rappelle baigne dans cette ambiance d&#233;l&#233;t&#232;re &#171; structurellement organis&#233;e &#187; : division entre les salari&#233;s, non remplacement des salari&#233;s absents (dont les RP CGT lorsqu'ils sont dans des absences institutionnelles pr&#233;vues), manque d'effectifs &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rendons sur site pour contester fermement les comportements et propos des fascistes, et nous mettons en place une dynamique avec les salari&#233;s en partant d'une premi&#232;re question : &#171; d'abord si vous aviez le pouvoir d&#233;cisionnaire dans l'entreprise, qu'est-ce que vous feriez pour am&#233;liorer votre quotidien et pouvoir travailler en sant&#233; et en s&#233;curit&#233; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; nous lan&#231;ons cette initiative, le collectif de travail est compl&#232;tement disloqu&#233;. Petit &#224; petit, les coll&#232;gues commencent &#224; venir aux r&#233;unions, puis de plus en plus nombreux. En fait, nous venons sur le site pour tenir des &#189; heures d'information syndicale (HIS) ; la semaine suivante nous organisons des AG pour faire valider les propositions travaill&#233;es durant les &#189; HIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes d'embl&#233;e confront&#233;s &#224; un certain nombre de difficult&#233;s, notamment le joug du syst&#232;me capitaliste qui emp&#234;che les salari&#233;s de r&#233;fl&#233;chir &#224; leur situation. On habitue tellement les salari&#233;s &#224; &#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;s de leur travail qu'il est difficile au d&#233;part de leur faire prendre conscience du r&#244;le qu'ils ont et de la possibilit&#233; d'une dynamique &#233;mancipatrice. C'est long &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence &#231;a dure environ 6 mois. Petit &#224; petit les gens participent davantage aux d&#233;bats dans les HIS et viennent davantage aux AG car ils voient une CGT qui anime les r&#233;unions, tient compte des propositions travaill&#233;es par les salari&#233;s eux-m&#234;mes et les fait valider par le collectif de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade, je tiens &#224; pr&#233;ciser que les espaces d'expression et d'&#233;change entre travailleurs sont indispensables, et que nous avons besoin d'en conqu&#233;rir de nouveaux. Le droit aux heures d'information syndicale mensuelle peut &#234;tre utilis&#233; &#224; cet effet plut&#244;t que comme un cours magistral syndical descendant. Il permet de rassembler les salari&#233;s et de les faire d&#233;battre collectivement &#224; partir de la question : &#171; si vous aviez le pouvoir d&#233;cisionnaire dans l'entreprise, qu'est-ce que vous feriez pour am&#233;liorer votre quotidien ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, on se retrouve confront&#233;s &#224; des salari&#233;s qui sont intarissables. Ils ont beaucoup de choses &#224; dire puisque tous les jours, ils doivent faire preuve d'insubordination pour contourner la prescription de leur travail : en effet, s'ils s'en tenaient &#224; la seule prescription, ils ne pourraient travailler correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers de ces d&#233;bats interactifs entre salari&#233;s, on met en &#233;vidence tout ce qu'ils font au quotidien et tout ce qu'ils pourraient faire, et on arrive &#224; construire avec eux un cahier revendicatif qui aborde les questions d'horaire, d'organisation du travail, d'am&#233;nagement des locaux, de la r&#233;ponse aux besoins y compris sur des questions extra-professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et un jour, l'&#233;tincelle : un d&#233;bat sur le projet de restructuration de la restauration collective du centre courrier, cristallise les tensions et am&#232;ne le collectif de travail &#224; d&#233;brayer sur le cahier revendicatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, on passe d'une situation o&#249; la pr&#233;sence active de l'extr&#234;me droite divise fortement le collectif de travail, &#224; une situation o&#249; celui-ci se resoude autour d'une plate-forme revendicative construite collectivement et d'une lutte pilot&#233;e par notre camarade CGT avec autour de lui tous les salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habib, qui &#233;tait vis&#233; par des attaques racistes, se retrouve &#224; la t&#234;te d'un mouvement qui durera une semaine et obtiendra satisfaction sur bon nombre de revendications, comme le comblement d'un certain nombre de postes de travail vacants, l'embauche de salari&#233;s en situation de pr&#233;carit&#233;, et par voie de projection, l'&#233;viction des deux militants d'extr&#234;me droite des locaux : l'un des 2 finis par &#234;tre r&#233;voqu&#233;, le 2i&#232;me est mut&#233; sur un autre site de l'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple me semble important dans notre contexte politique actuel : cette d&#233;marche syndicale qui, en partant de leur v&#233;cu, met en &#233;vidence ce que les travailleurs font en permanence, leur permet de prendre conscience de leur pouvoir d'agir et dans le m&#234;me temps de sortir de l'isolement, d'agir collectivement : ce qui permet aussi de lutter contre l'implantation et le d&#233;veloppement des id&#233;es d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'un exemple ; le d&#233;ploiement de cette dynamique &#224; partir de la formation que nous avons construite a permis dans d'autre cas de renforcer la syndicalisation, de faciliter la prise de parole des salari&#233;s dans les AG, ou parfois m&#234;me dans des n&#233;gociations avec l'employeur. Les salari&#233;s d&#233;couvrent qu'ils ont en fait un r&#244;le important, un pouvoir d'agir &#233;norme d&#232;s lors qu'ils se retrouvent et qu'ils discutent, d&#233;battent ensemble de ce qu'ils partagent au quotidien de leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment se passe votre boulot ? &#187; ; &#171; qu'est-ce que vous feriez pour am&#233;liorer votre quotidien au travail ? &#187; ; &#171; qu'est-ce que vous seriez pr&#234;ts &#224; faire pour obtenir ce que vous voulez ? &#187; : trois questions fondamentales !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand les salari&#233;s participent et prennent la parole, mettent en lumi&#232;re ce qu'ils font, ils deviennent plus facilement partie prenante et c'est beaucoup plus facile de construire une lutte et de passer &#224; la vitesse sup&#233;rieure pour mettre en &#339;uvre. &#199;a n&#233;cessite de sortir du r&#244;le de &#171; sachant &#187;, &#171; d'expert &#187; soit-disant plus l&#233;gitime que les salari&#233;s eux-m&#234;mes : en fait c'est celles et ceux qui font qui savent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#244;le de la CGT de faire en sorte que les travailleurs se r&#233;approprient ces sujets, de permettre la connexion entre cette dynamique de construction et les propositions revendicatives que nous portons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel antifascisme syndical ?</title>
		<link>https://atelierstravailetdemocratie.org/Quel-antifascisme-syndical</link>
		<guid isPermaLink="true">https://atelierstravailetdemocratie.org/Quel-antifascisme-syndical</guid>
		<dc:date>2026-02-02T14:33:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif d'animation des Ateliers Travail &amp; D&#233;mocratie</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail cherche &#224; stimuler la r&#233;flexion collective sur les strat&#233;gies concr&#232;tes d'action, notamment contre l'extr&#234;me-droite. Cette tribune d&#233;crit la d&#233;marche propos&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; Le mouvement syndical, sauf exceptions , se mobilise contre la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite. &#192; raison : un gouvernement RN durcirait sans aucun doute la r&#233;pression antisyndicale et les attaques contre les droits du travail. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais que peuvent vraiment faire les syndicats contre la diffusion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://atelierstravailetdemocratie.org/Prises-de-position" rel="directory"&gt;Prises de position&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Manifeste pour une d&#233;mocratie du travail cherche &#224; stimuler la r&#233;flexion collective sur les strat&#233;gies concr&#232;tes d'action, notamment contre l'extr&#234;me-droite. Cette tribune d&#233;crit la d&#233;marche propos&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement syndical, sauf exceptions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FO ne se prononce pas contre le RN au nom de l'ind&#233;pendance syndicale&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se mobilise contre la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite. &#192; raison : un gouvernement RN durcirait sans aucun doute la r&#233;pression antisyndicale et les attaques contre les droits du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que peuvent vraiment faire les syndicats contre la diffusion des id&#233;es racistes au sein du salariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs instances nationales ou f&#233;d&#233;rales publient des appels &#224; ne pas voter pour l'extr&#234;me-droite, et les militant&#183;es de terrain s'engagent dans des campagnes de d&#233;mystification du discours &#171; social &#187; du RN. L'association VISA, qui regroupe de nombreux syndicats au plan national et local&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes regroupe CGT, Solidaires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alimente les syndicalistes en arguments et brochures pour s'adresser aux salari&#233;&#183;es tent&#233;&#183;es par les id&#233;es n&#233;ofascistes. Cette lutte id&#233;ologique est importante car les syndicalistes sont au contact de millions de travailleuses et travailleurs que les partis de gauche ne touchent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois on peut s'interroger sur son efficacit&#233;. Les arguments rationnels ne suffisent pas, on le voit chaque jour, &#224; contrer le ressentiment, la haine et autres passions tristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une autre mani&#232;re, que pratiquent d&#233;j&#224; &#224; bas bruit de nombreuses &#233;quipes syndicales, pour contrer l'influence du RN : renforcer les collectifs de travail en re-cr&#233;ant du commun entre des salari&#233;&#183;es souvent isol&#233;&#183;es et humili&#233;&#183;es par les politiques des directions et l'organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce bureau de poste, des facteurs adh&#233;rents du RN harc&#232;lent un d&#233;l&#233;gu&#233; CGT combatif et racis&#233;, et font signer une p&#233;tition contre lui. Mais le syndicat organise une s&#233;rie de petites r&#233;unions entre coll&#232;gues pour discuter du travail, et des mani&#232;res d'en am&#233;liorer les conditions et la qualit&#233;. Petit &#224; petit, les r&#233;unions grossissent, jusqu'&#224; ce qu'&#233;clate la gr&#232;ve, qui obtient des r&#233;sultats. Les fascistes sont isol&#233;s et doivent bient&#244;t d&#233;gager du lieu de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette filiale de la SNCF pour le transport de fret, une partie des conducteurs conduisent des trains depuis l'Italie. Dans la section syndicale SUD-Solidaires, de cr&#233;ation r&#233;cente, certains adh&#233;rents tiennent des propos hostiles aux migrants, qui prennent parfois des risques importants en tentant de franchir la fronti&#232;re. En recueillant, par une enqu&#234;te militante, les difficult&#233;s rencontr&#233;es dans l'exercice du m&#233;tier, le syndicat &#233;labore un cahier revendicatif avec les salari&#233;-es. Une gr&#232;ve de plusieurs jours en 2025 d&#233;bouche sur des avanc&#233;es concr&#232;tes. De fait, les tensions internes autour de la question des migrants sont aujourd'hui largement dissip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tel atelier de maintenance ferroviaire, o&#249; les attitudes racistes sont monnaie courante, les ouvriers participent &#224; une &#233;tude ergonomique men&#233;e par un d&#233;l&#233;gu&#233; CGT. L'&#233;tude d&#233;bouche sur des revendications pr&#233;cises et ajust&#233;es, puis sur un d&#233;brayage qui aboutit &#224; une victoire sur plusieurs points importants. Le d&#233;l&#233;gu&#233; constate une nette diminution des propos racistes dans les ann&#233;es qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas &#233;tonnant : les travaux en sciences sociales sont de plus en plus nombreux &#224; montrer le r&#244;le des conditions de travail dans la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite. Priv&#233;s de la protection des collectifs de travail, des salari&#233;&#183;es dont le travail est p&#233;nible et r&#233;p&#233;titif, soumis &#224; des horaires d&#233;cal&#233;s, et qui n'ont jamais l'occasion de s'exprimer sur leur travail au cours de r&#233;unions organis&#233;es, nourrissent un ressentiment qui favorise l'abstention ou le vote RN. A l'inverse, les donn&#233;es statistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#233;tude &#171; Le bras long du travail. Conditions de travail et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; indiquent que ceux &#224; qui on donne parfois la parole tendent davantage &#224; voter pour des candidats de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;unions, m&#234;me quand elles sont &#8211; ce qui est le plus fr&#233;quent - organis&#233;es par la hi&#233;rarchie, sont donc un utile lieu de parole, sans toutefois modifier en profondeur les rapports sociaux au travail. Mais quand ce sont les syndicats qui s'engagent de fa&#231;on autonome pour donner la parole aux salari&#233;&#183;es sur leur travail, les &#233;tudes de terrain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Coutrot (coord.), S. Fortino, L. Goussard, C. Martin, C. Nizzoli, C. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;montrent un regain de l'action collective. Enqu&#234;ter pour faire &#233;merger tout ce que font les personnes pour arriver &#224; bien faire leur travail malgr&#233; le manque de moyens, organiser la discussion sur leur travail r&#233;el et en tirer des pistes d'action et de lutte, permet souvent de recr&#233;er de la confiance et de faire reculer le sentiment d'impuissance et le fatalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 600 000 &#233;lu&#183;es du personnel dans le secteur priv&#233;, et 360 000 dans le public : 1 million de personnes &#233;lues pour repr&#233;senter le travail. Un peu plus de la moiti&#233; sont syndiqu&#233;es. Ajoutons environ deux millions de personnes adh&#233;rentes &#224; un syndicat sans &#234;tre &#233;lues du personnel. Si une fraction seulement &#8211; mettons 10% - de ces trois millions de salari&#233;&#183;e s'emparait de la question du travail, de son sens, de ses finalit&#233;s, de son impact social et &#233;cologique, l'ambiance changerait dans ce pays : celles et ceux, fort nombreux, qui n'en peuvent plus d'&#234;tre pris pour des abrutis dans leur travail, retrouveraient de l'oxyg&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Baunay (Institut de recherche FSU), Bernard Bouch&#233; (syndicaliste Solidaires), Fabrice Bourgeois (ergonome), Thomas Coutrot (&#233;conomiste, membre d'Attac), Alexis Cukier (philosophe), Julien Lusson (militant associatif), Muriel Pr&#233;vot-Carpentier (ergonome et philosophe), Corinne Savart-Debergue (syndicaliste CGT), membres des Ateliers Travail et D&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FO ne se prononce pas contre le RN au nom de l'ind&#233;pendance syndicale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes regroupe CGT, Solidaires, FSU, CFDT, FO, UNSA, CNT, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'&#233;tude &#171; Le bras long du travail. Conditions de travail et comportements &#233;lectoraux &#187;, Document de travail Ires n&#176;1, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Coutrot (coord.), S. Fortino, L. Goussard, C. Martin, C. Nizzoli, C. Perez, G. Tiffon. R&#233;-enchanter le syndicalisme ? Les enqu&#234;tes syndicales CGT sur le travail r&#233;el. Rapport CGT-Ires, d&#233;cembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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